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Le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde.
Le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde.
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Interview politique

JC Lagarde : "Sur la réforme du collège, on va me dire que j'accepte "Vallaud" et que je refuse "Belkacem" ? Un peu de dignité ferait du bien à tous"

Jean-Christophe Lagarde l'affirme sans ambages, pour lui, si la droite revient au pouvoir, il faudra abroger la réforme des collèges entreprise par Najat Vallaud-Belkacem. Le président de l'UDI est l'invité de notre interview politique hebdomadaire.

Jean-Christophe Lagarde

Jean-Christophe Lagarde

Jean-Christophe Lagarde est président de l'UDI depuis 2014, député de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis depuis 2002.

Soutien de François Bayrou pendant la campagne présidentielle de 2007, il rejoint ensuite le Nouveau Centre, puis fonde, en 2012, le parti de centre-droit Force européenne démocrate. En septembre 2012, il rejoint l'UDI lancée par Jean-Louis Borloo.

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Atlantico : L’ensemble des leaders de la droite ont demandé le retrait de la réforme des collèges. Y êtes-vous aussi favorable ? Estimez-vous que ce soit possible ?

Jean-Christophe Lagarde : Nous souhaitons le retrait de cette réforme que le Gouvernement essaye d'imposer au forceps contre l'avis des enseignants, des parents d'élèves, de nombreux intellectuels et de responsables politique de droite, du centre et de gauche. C'est une démarche absurde car une bonne réforme de l’Éducation Nationale nécessite un minimum de consensus. En effet, il lui faut du temps et traverser les échéances politiques pour produire des effets. Or, si M. Valls persiste dans ce coup de force, il faudra abroger cette réforme si les français choisissent l'alternance en 2017. Car sur le fond, le raisonnement du PS est contre la promotion du mérite républicain à laquelle nous sommes attachés et n'aidera en rien les élèves en difficultés. Supprimer le droit d'apprendre le latin et le grec à 20% d'élèves les privera de connaître les racines de notre langue et de notre culture, sans pour autant permettre aux 20% d'élèves qui entrent en 6ème sans maîtriser la lecture et l'écriture de rattraper leur retard. C'est une réforme qui retire des atouts à ceux qui peuvent en avoir sans en donner plus à ceux qui en manquent ! C'est la même chose pour la suppression des classes bi-langues. En fait, faute de savoir comment faire pour que les élèves en difficulté s'en sortent, le Gouvernement fait le choix d'abaisser le niveau des meilleurs pour que l'écart soit moins grand. En quoi cela aide-t-il les plus faibles ? Cela ne fait que pénaliser ceux qui pouvaient mieux réussir...

Selon vous la bataille doit-elle aussi porter sur les programmes ?

Je considère invraisemblable que MM. Hollande et Valls refusent même un débat sur la réforme des collèges et sur celle des programmes. Sont-ils si peu sûrs de leurs arguments ? Ont-ils si peur de la communauté éducative ?  Est-il interdit de demander pourquoi l'enseignement du siècle des Lumières ne sera plus obligatoire au collège ? Ce n'est pas qu'un débat de spécialistes, de techniciens, de pédagogues. Cela concerne la Nation car on forme aussi de futurs citoyens. Comment comprendre vraiment notre société moderne sans connaître le mouvement encyclopédiste, le rationalisme, l'humanisme, la réflexion sur la démocratie et l'exigence de progrès, de connaissances, d'inventions qui en découlent et nous ont fait sortir du Moyen-Age. A force de niveler par le bas, on va ghettoiser l'école de la République, car ceux qui en auront les moyens vont aller ailleurs pour mieux former leurs enfants.

L’accent n’est plus mis sur les Lumières mais l’enseignement de la colonisation a été ajouté. N’est-ce pas important ?

Mais je suis favorable à ce qu'on apprenne aussi les périodes sombres de notre histoire. La Nation française a eu de très belles heures de gloire, de richesses intellectuelles et culturelles qui participent encore au rayonnement de notre pays et qui le façonnent toujours. Elle a eu également des périodes d'ombres. Pourquoi ne vouloir retenir que l'ombre et refuser les lumières ? C'est une sorte de raisonnement, d'idéologie anti-française qui me révolte. Ça nuit à notre capacité de former des citoyens.

Le débat et parfois tombé très bas entre la majorité et l’opposition à propos de cette réforme. Qu’est-ce que, selon vous, cela révèle ? Ne sait-on plus débattre de questions de fond ?

Lorsque M. Cambadélis a parlé de racisme au prétexte qu'on critiquait la réforme portée par Mme Vallaud-Belkacem, que curieusement il n'appelait que "Belkacem", c'était minable. On est là dans la manipulation, la diversion pour fuir le sujet de fonds. En vertu de ses origines, on n'aurait plus le droit de dire ce qu'on pense de son travail ? A l'UDI, nous restons sur le fond, quelques soient les porteurs provisoires d'un projet. Nous approuvons ce qui donne plus d'autonomie aux établissements pour s'adapter aux difficultés spécifiques de leurs élèves. Même si je regrette qu'on n'aille pas plus loin dans l'individualisation des enseignements pour les élèves en difficulté. Ce qui pose problème ce n'est pas le collège unique mais le collège uniforme. En revanche, nous refusons tout nivellement par le bas, la suppression des langues anciennes, des classes bi-langues, le trafficotage de l'histoire et même la méthode du passage en force. On va me dire que j'accepte "Vallaud" et que je refuse "Belkacem" ? Un peu de dignité ferait du bien à tous car le sujet est sérieux !

Concernant l'immigration, le débat sur les quotas a lui aussi été assez pauvre. On a, de surcroît, peu entendu l’opposition. Est-ce parce que Manuel Valls a pris des positions très fermes qui ont laissé peu d’espace à la droite ?

Peut-être n'a-t-on pas été assez écoutés. C'est pourtant simple. On ne peut pas laisser des gens se noyer en mer à cause de leur détresse et de trafiquants de la pire espèce. Nous avons le devoir de les sauver. Arrivés en Europe, il y a les demandeurs d'asile réellement menacés dans leur pays pour leurs opinions. Ceux là sont des victimes et doivent être accueillis dans le pays où ils désirent reconstruire leurs vies. Les autres fuient des pays en guerre, ou profitent d'absence d’État, par exemple en Libye, pour franchir les frontières. On trouve par exemple des maliens ou des sénégalais qui ne sont que des émigrés économiques. Comme il n'est pas possible de les accueillir, les gouvernements devraient organiser leur retour dans les pays d'origine au lieu de pratiquer la communication du coup de menton et ensuite de laisser filer. Certains pays refusent de les réadmettre sur leur sol alors qu'ils bénéficient de nombreuses aides de l'Union européenne. Je demande à M. Junker de conditionner les aides européennes à des accords de réadmission des émigrés clandestins et à un meilleur contrôle des frontières de ces pays. Enfin, il y a les populations qui se réfugient dans des camps en Syrie et en Irak pour ne pas être massacrées par les barbares de Daech en raison de leurs croyances religieuses. Nous devons avoir une politique commune pour accueillir ceux qui ne veulent plus vivre là-bas, notamment les chrétiens d'orient ou les Yazidis.

Par ses positions fermes, le Premier ministre semble faire bouger les lignes, empiétant parfois sur le terrain du centre, on l’a vu aussi avec la loi Macron. Cela vous laisse-t-il de l’espace ?

Hélas oui. J'aurais aimé entendre le Premier ministre dire que nous devons avoir une politique européenne de l'immigration. Nous proposons que chaque pays fixe le nombre d'étrangers qu'il a besoin d'accueillir chaque année, dans quel secteur d'activités se trouvent les besoins de son économie. Ensuite, il faut réviser le traité de Schengen qui ne correspond plus, 25 ans après, aux enjeux d'aujourd'hui. La liberté d'installation pour les étrangers non communautaires doit être supprimée. Le pays qui leur donne un titre de séjour estime en avoir besoin. Pas forcément son voisin. L'Allemagne va avoir besoin de millions d'étrangers pour pallier son déficit démographique. Si elle délivre des titres de séjour aux personnes dont elle a besoin et que ceux-ci vont vivre ailleurs où on n'a pas besoin d'eux, on marche sur la tête ! J'aurai aussi aimé que le Gouvernement se saisisse de cette crise pour entraîner l'Europe vers un puissant effort d'aide au développement en Afrique. Car c'est la seule solution pour éviter cette pression migratoire que nous ne pouvons accueillir. Tant que des gens mourront de faim ou n'auront aucune perspective de vivre dignement, ils chercheront par tous les moyens à rejoindre "l'Eldorado" que paraît être l'Europe à leurs yeux. C'est de notre responsabilité morale et de notre intérêt vital que de nous engager dans le développement de ce continent. L'Europe devrait soutenir le projet de Jean-Louis Borloo d'électrification de l'Afrique. Car l'accès à l'électricité pour ce continent, c'est l'accès à l'eau, à l'éducation, à la santé, au développement dont sont privés 80% d'africains. Il suffirait de mobiliser 4 milliards par an pendant douze ans. Et au lieu de rester une menace migratoire et terroriste pour notre continent, l'Afrique deviendrait une formidable potentiel de croissance, de marchés nouveaux et de partenariat gagnants-gagnants.

Vis-à-vis de l’UMP vous avez aussi une position compliquée. Plus compliquée que celle de François Bayrou qui est dans l’opposition systématique.

En quoi M. Bayrou est-il dans une opposition systématique à l'UMP alors qu'il veut des listes communes dans toutes les régions et a fait de même lors des départementales ? Notre vision est simple. Si l'opposition veut redevenir majoritaire, il faut qu'elle accepte sa diversité et soit capable d'additionner ses différences. Si on reste sur le schéma d'un parti unique qui se voudrait unique et hégémonique, comme de 2002 à 2012, nous irons droit à la défaite. Dans cette diversité, il y naturellement concurrence ce qui n'empêche pas des alliances. Nous croyons aux coalitions pas à la soumission.

Quelle va être la position de l’UDI lors des régionales ? Allez-vous faire des listes uniques avec l’UMP ? Chantal Jouanno a-t-elle vocation à rejoindre la liste de Valérie Pécresse ?

Lors des municipales et des départementales, les français ont montré qu'ils aspiraient au changement. Notre devoir, à Nicolas Sarkozy et à moi même, est de leur offrir les meilleures options pour permettre ce changement. Pour l’Île-de-France comme pour les autres régions, nous en discutons. Mais là encore, une alliance ne peut qu'être équilibrée, sinon de nombreux français nous tourneront le dos. Nous devons d'abord être d'accord sur les projets dans les régions. Ensuite, il faut un équilibre sur les candidats tête de liste et dans les listes pour garantir que chaque sensibilité de l'opposition soit respectée. C'est dans ce cadre qu'un accord global ne peut passer que par l'acceptation de nos trois têtes de listes en Bourgogne-Franche-Comté avec François Sauvadet, dans la région Centre avec Philippe Vigier et en Normandie avec Hervé Morin.

Où en êtes-vous en Auvergne Rhône-Alpes ? En février vous disiez : "avec Laurent Wauquiez, qui a marqué une droitisation extrême au cours de ces derniers mois et de ces dernières années, nous ne pourrons pas être sur la même liste", est-ce toujours le cas ?

Il est clair que les positions affirmées ces derniers temps par Laurent Wauquiez ne correspondent pas aux positions centristes. Mais je vous l'ai dit, je suis partisan de la diversité de l'opposition. Reste à voir si nos projets sont compatibles pour cette grande région européenne, qui sera la 6ème en Europe. De cela aussi, notre chef de file régional Franck Reynier discute avec l'UMP et le Modem.

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