J-7 avant l’élection pour la présidence de l’UMP : qui incarne et propose quoi ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
L'UMP va élire son président le weekend prochain.
L'UMP va élire son président le weekend prochain.
©REUTERS/Benoit Tessier

Le match

J-7 avant l’élection pour la présidence de l’UMP : qui incarne et propose quoi ?

Selon un sondage Odoxa pour i>Télé et Le Parisien, une semaine jour pour jour avant l'élection pour la présidence de l'UMP qui doit se tenir le 29 novembre, 63% des sympathisants se prononcent pour Nicolas Sarkozy, 31% pour Bruno Le Maire et 5% pour Hervé Mariton.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

Voir la bio »

Les professions de foi des trois candidats à la présidence de l’UMP :

Les « professions de foi » des candidats (aussi bien pour une élection interne à la présidence d’une formation politique que pour la moindre des élections cantonales…) ne constituent pas « l’apha et l’omega » de la communication politique… Il convient donc de considérer aussi bien la forme que le fond de ce type de document avec beaucoup de précaution… voire de recul. Mais, pour autant, tout candidat à une élection indique toujours, quand on l’interroge, qu’il réserve un soin particulier à ce « moment » de la compétition. Entre autre raison parce qu’il s’agit souvent du seul document que l’électeur (militant pour une élection interne à un parti ou citoyen dans une consultation électorale quelconque) va avoir en main et sur lequel il va se forger une opinion voire déterminer son vote. Dans la réalité les candidats surestiment certainement l’impact de leur profession de foi. Quand on interroge les électeurs sur les motivations de leur vote, ils ne placent pas la forme ou le fond de la profession de foi en tête de leur déterminant électoral. Ce qui s’explique au moins par deux arguments. D’une part les électeurs ne veulent pas apparaître comme « influençables » (et influencés) par de la « com’ politique », donc ils maquillent pour partie leur réponse. D’autre part  le degré de compréhension (voire de lecture) des textes proposés est souvent très faible… Et n’a donc que peu d’impact sur le comportement de chacun. On constate, néanmoins, que pour des élections internes à une formation qui s’adressent donc à un public intéressé par la chose politique, adhérent et même militant, plutôt plus conscient politiquement et idéologiquement que la grande masse des citoyens-électeurs, le degré de connaissance des textes et des propositions concurrentes est plus élevé. Mais là encore il faut nuancer… Nombre de votants, dans une élection interne, se décident aussi par atavisme, grégarisme, sans grande autonomie décisionnelle personnelle… Le phénomène des groupes affinitaires, pour ne pas parler des clans, au sein d’une formation politique joue aussi très fortement.

Dans la forme on constate que deux des trois candidats (Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire) utilisent en ouverture et en conclusion de leur profession de foi, un texte manuscrit. Seul Hervé Mariton use de ce « rituel » par un « Chers Amis » introductif sans mention manuscrite finale destinée à retenir l’attention. Nicolas Sarkozy utilise par deux fois les adjectifs possessifs : « mes » et « mon » (« Mes chers Amis », « Avec mon amitié »). Cela dit bien ce que cela veut dire : il veut « posséder » l’UMP et il « donne » à ses militants une chose unique et singulière : « son » amitié. Le passage du pluriel (en « accroche » : « mes chers amis ») au singulier (en « formule de politesse » : « mon amitié ») est aussi parfaitement signifiant : c’est à chacun que Nicolas Sarkozy s’adresse en concluant son propos. Il accorde une amitié collective qui devient personnelle. Il propose une sorte de transmutation du « chacun » à « l’unique » comme lorsque la « vox populi » devient la « vox Dei »… Et désigne aussi une sorte de « Dieu sauveur » de l’UMP. Cette impression est renforcée par la « devise » de la profession de foi : « Rassemblons-nous, pour la France ». Manière de passer d’ailleurs au-dessus du parti… La logique de la compétition aurait voulu qu’il écrive : « Rassemblons-nous, pour l’UMP »… On comprend ainsi directement que la présidence de l’UMP n’est pas l’enjeu principal et final de ce retour dans la mêlée politique. Dans le même temps Hervé Mariton, dans une toute autre logique, met l’accent dans son slogan de campagne, sur « la droite » et les « convictions ».. Avec très vite, en gras et très visible : « Président de l’UMP, je ne serai pas candidat aux primaires » (en « stoppeur » du texte et en gras dans le corps du texte ).  Dernier élément notoire chez Sarkozy, très soucieux de la mise en scène de son image : une grande photo-portrait de lui au verso de la profession de foi. La personnalisation (que l’on retrouve aussi chez Mariton) est forte, elle l’est bien plus que chez Le Maire à l’évidence (au moins dans l’affichage, car au fond elle est tout aussi importante, bien évidemment).

Reste donc Bruno Le Maire.De mon point de vue, sa proposition est la plus subtile et la plus complète. D’abord ses deux textes manuscrits… Comme Nicolas Sarkozy il ouvre et conclue son propos à la main. L’accroche est intéressante : « Chers amis militants ». Il y a la notion « d’amis » : on notera au passage que le terme « compagnons » cher à de Gaulle et ensuite à Chirac, propre au gaullisme de la Résistance et au RPF puis au  chiraquisme du RPR a disparu du vocabulaire UMP… Peut-être qu’aujourd’hui une majorité des militants de l’UMP imaginent que le mot « compagnon » renvoie au concubinage ou, pire, au « mariage homosexuel » ( un comble !...). Mais les « amis » de Le Maire sont aussi des « militants ». C’est bien vu... C’est à  la fierté militante que s’adresse Le Maire. En « stoppeur » de son texte, on a une mention de 4 lignes (longue donc) qui débute par « Je suis candidat pour vous redonner la fierté de militer »… Autrement dit : « N’ayez plus honte d’être militant dans un parti que d’autres ont mis au bord du dépôt de bilan… ». En conclusion Bruno Le Maire délivre un message carrément surprenant : « Surprenez ! Soyez libres ! ». C’est très étonnant comme « final ». Cela rappelle le « N’ayez pas peur ! » de Jean-Paul II lors de son premier voyage de Souverain pontife en Pologne, le 2 juin 1979, prélude à la naissance de Solidarnosc à l’été 1980…. Il y a comme une injonction à la « révolte » chez Le Maire à l’adresse des militants.. A la révolte contre  qui ?... Contre le candidat qui apparait, du fait de son retour, comme celui qui devait « tuer le match » : Sarkozy lui-même… « Les militants », leur dit Le Maire, doivent « surprendre »… « Surprendre qui ? » : toutes celles et ceux qui ont pensé que là encore l’affaire était entendue avec un Sarkozy de retour en majesté. Et quand on remonte dans la lecture de ce message final personnel (puisqu’il est manuscrit, il est donc forcément « personnel et authentique »…) on trouve quelques lignes plus haut, dans un autre texte mis en exergue (en gras) : « Je veux que nous retrouvions notre identité de droite républicaine avec nos valeurs, nos convictions, nos propositions ». Cette phrase est riche et intéressante.. On y retrouve la scansion ternaire propre au style gaullien, qui parle aux plus vieux et aux plus cultivés des militants (trois fois « nos ») ; on note la référence à la « droite républicaine » (pour bien montrer qu’il existe une autre droite, infréquentable, « l’extrême-droite » incarnée par le FN…, qu’un autre candidat à la présidence de l’UMP aurait tendance à côtoyer d’un peu trop près au moins dans les thématiques abordées… : suivez mon regard…) ; et on note enfin la référence « à l’identité retrouvée ». Mais c’est dans la phrase, moins visible, juste au-dessus, qu’on lit une véritable critique « au rasoir » de Sarkozy : « Vous avez droit à un Président qui vous écoute et qui vous respecte : depuis plusieurs mois que je suis en campagne, je vous écoute et je vous respecte ». Tout est dans le non-dit ici… Lacan aurait dit : « Tout est dans le nom-tu » (du verbe « taire »).. ou dans le « nom à tuer » (i.e Sarkozy).

Sur les thématiques développées par les uns et les autres :

On peut, bien évidemment, regarder et observer thème par thème, comme le fait Hervé Mariton de manière synoptique (dans une sorte de tableau comparatif des boitiers d’appareils photos testés par le labo d’une célèbre marque de distribution de produits culturels qui, jadis, « agitait les idées ») et très pédagogique, les principaux thèmes développés par les candidats. Il est pratique d’en considérer quatre.

1) Les propositions relatives à l’UMP. Sur ce plan-là c’est Nicolas Sarkozy qui veut « faire du passé table-rase ». Il est le plus rénovateur et « transformeur » (sans relation… encore que… avec les figurines bien connues des enfants des années 80…). On notera que Bruno Le Maire ne veut pas de fusion avec l’UDI (« fusion signifie confusion ») (encore une vraie gracieuseté à l’égard de Nicolas Sarkozy). Mais la vraie question qui se pose à chacun des candidats en fait, celle qui n’est ni posée ni, forcément résolue, c’est comment reprendre une entreprise en faillite avec une dette abyssale…

2) Les propositions économiques et sociales. Dans ce domaine, Hervé Mariton affiche clairement un libéralisme économique assumé : sur la durée hebdomadaire du travail (retour aux 40 heures par exemple) quand ses deux autres concurrents (surtout Le Maire) sont plus pusillanimes en la matière. La position d’Hervé Mariton n’est pas très surprenante au regard de sa trajectoire politique… Il a été un des fondateurs du Parti Républicain puis de Démocratie Libérale (proche de Madelin) au sein de l’UDF. Il s’inscrit bien dans la tradition d’un néo-libéralisme affirmé et affiché. Il est très frappant de constater, aussi bien dans l’économie que dans d’autres domaines, combien Nicolas Sarkozy renvoie à son projet 2012. Comme s’il n’avait pas « updaté » (pardon pour l’anglicisme mais il fait sens en la matière) son logiciel politique ou propositionnel. A l’évidence pour filer la métaphore informatique : il n’y a pas de version 3.0 de Nicolas Sarkozy, après la 2.0 qui était celle de 2012 et la 1.0 de la victoire de 2007. Il faut sans doute y voir la marque du « syndrome » habituel en matière de défaite politique qui tient à « l’éthique de conviction » excessivement développée chez certains acteurs politiques : « Je n’ai pas perdu parce que mes idées et mes propositions étaient mauvaises, j’ai perdu parce que les électeurs n’ont rien compris à mes propositions, donc je les ressers et ressors en les martelant plus fort et ils vont bien finir par les considérer comme formidables… ».

3) Les propositions institutionnelles et régaliennes. On retrouve chez Nicolas Sarkozy en matière de « simplification du mille feuilles territorial » le retour du conseiller territorial qui était contenu et adopté par la loi du 16 décembre 2010 sur la réforme territoriale et que les socialistes ont  pulvérisé dès leur arrivée au pouvoir (ne sachant d’ailleurs pas du tout quoi mettre à la place d’ailleurs… mais ça c’est une autre question !...). Chez Bruno Le Maire : l’élément le plus important tient à la suppression de 177 sièges de députés et à une autre proposition significative : l’incompatibilité entre le statut de fonctionnaire et celui d’élu (il a d’ailleurs lui-même démissionné de la fonction publique d’Etat, en octobre 2012, alors qu’il est énarque et haut fonctionnaire, administrateur civil au Ministère des Affaires étrangères). La proposition est bien dans l’air du temps, elle ne peut qu’être reçue positivement par des militants qui sont assez hostiles aux fonctionnaires dans leur majorité… Quant à Hervé Mariton, du point de vue des institutions, comme en économie, il taille dans le « gras » (sic) et supprime deux des quatre niveaux territoriaux, fusionnant communes et intercommunalités et départements et régions et renvoie le Conseil Economique, Social et Environnemental à la poubelle de l’histoire. On relèvera, par ailleurs, que toujours dans la « veine » de 2012, Nicolas Sarkozy poursuit, par le référendum « sociétal », sa volonté de court-circuiter les « corps intermédiaires » en instaurant un dialogue direct entre le peuple et lui. Au risque d’étonner, on y verra, d’ailleurs, un retour au « gaullisme orthodoxe » des origines, au gaullisme du Général dans le discours de Bayeux (16 juin 1946)  un an avant la création du  RPF ou dans la pratique du référendum « quasi-plébiscitaire » de de Gaulle entre 1958 et 1969… Il faudrait d’ailleurs que Nicolas Sarkozy (qui n’a aucunement recouru au référendum dans ses 5 ans de présidence de la République, à l’inverse de Mitterrand - 2 fois - et de Chirac – également 2 fois - ) indique aux Françaises et aux Français s’il compte appliquer à ces consultations, le « régime électoral » qui a été celui du général de Gaulle : « Si c’est non… je mets fin immédiatement à mes fonctions ! ».

4) Les propositions sur les sujets de société. On sait que sur ces questions les positions des uns et des autres ont pu changer. Surtout d’ailleurs du côté de Nicolas Sarkozy. Pour faire simple on considérera que sur un axe dont les polarités seraient : « tradition » et « transformation », Hervé Mariton défend des positions traditionnelles proches du « Mariage pour tous » et de « Sens commun » quand Bruno Le Maire se situe du côté de la transformation. Au milieu se situe Nicolas Sarkozy. Mais comme ce dernier est un adepte de la « guerre de mouvement » et qu’il change constamment l’axe de sa course, passant d’un pied sur l’autre avec une vivacité de « trois-quart aile » (où l’on découvre qu’un adepte du vélo et du foot peut aussi pratique le « rugby politique »), il a bien évidemment tenté de contourner Mariton sur sa droite le 15 novembre dernier lors d’un fameux meeting de « Sens commun »… Sauf qu’il a mis un pied en touche et que l’arbitre et la totalité des spectateurs dans le stade, vu que la scène est repassée 1000 fois au ralenti, l’ont vu…

Quelle victoire pour Nicolas Sarkozy ?

Au final, ce qui compte le plus, c’est peut-être le dernier sondage publié le 21 novembre 2014 par iTélé et La Parisien-Aujourd’hui, réalisé par Odoxa. Nicolas Sarkozy est pointé à 63%, Bruno Le Maire à 31% et Hervé Mariton à 5%. Le score estimé d’Hervé Mariton ne surprend pas. Il existe à l’UMP un « bloc catho » plutôt favorable aux thématiques sociétales défendues par Mariton qui a fait preuve d’une réelle constance (pour ne pas parler d’un réel courage) en la matière. Il est donc normal qu’il rallie sur ce point les tenants de ces valeurs. Et il est sans doute probable que toute tentative de « débauchage » de ces militants se retourne contre celui qui s’y exerce (a fortiori s’il est deux fois divorcé…). Le score prêté à Bruno Le Maire révèle le fruit d’un travail de terrain dans les fédérations départementales rigoureux et systématique, « à l’ancienne » en somme…  Cette technique fondée sur des réseaux que l’on crée, que l’on constitue, que l’on fait vivre est consubstantielle à la « tactique de congrès »… Ce fut celle de François Mitterrand dans le passé, celle de Jacques Chirac au RPR, celle de François Hollande pendant ses dix ans à la tête du PS… Ce fut même celle de Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2007.. y compris avec sa prise de pouvoir à la tête de l’UMP en 2004… Est-ce qu’elle fonctionne encore pour lui en 2014 ? Est-ce que la magie opère encore ? … 4000 personnes à Bordeaux au Hangar 14 le samedi 22 novembre à la rencontre de l’ancien président de la République, plus de 100 journalistes accrédités, les chaines d’infos en continu mobilisées pour la circonstance… pour saisir une poignée de mains, un regard, des paroles, entre deux futurs éventuels concurrents… Entre Alain Juppé, l’hôte bordelais et Nicolas Sarkozy, le candidat… à la présidence d’un parti qu’il veut réformer « du sol au grenier »… Quelle sera la part de mise en scène et la celle de la sincérité ? Quelle sera la part de l’écume et celle de la « vague Sarkozy » ? Réponse dimanche soir prochain avec les résultats du vote interne à l’UMP… Mais si Nicolas Sarkozy ne dépasse pas les 70% des voix des militants UMP, lui qui pensait obtenir 95% des suffrages au moment de l’annonce de son retour, ce sera plus qu’un camouflet, ce sera une victoire à la Pyrrhus… Expression forgée suite à la victoire (très coûteuse en vies humaines) de Pyrrhus Ier, roi d’Epire, sur les Romains à la bataille d’Héraclée en 280 avant JC.. Et à propos de « raclée » !....

Propos recueillis par Franck Michel / sur Twitter

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !