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Une image d'un meeting commun sur la Piazza del Popolo à Rome pour Matteo Salvini (Lega), Silvio Berlusconi (Forza Italia), Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) et Maurizio Lupi (Modérés).
Une image d'un meeting commun sur la Piazza del Popolo à Rome pour Matteo Salvini (Lega), Silvio Berlusconi (Forza Italia), Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) et Maurizio Lupi (Modérés).
©AFP / Alberto PIZZOLI

Union des droites

Italie : Giorgia Meloni triomphe au milieu de l'abstention et de la contre-performance de ses alliés

La coalition composée de Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, la Ligue de Matteo Salvini, et Forza Italia, le parti conservateur de Silvio Berlusconi, récolte environ 43% des suffrages dans le cadre des élections législatives. Le scrutin a été marqué par un fort taux d’abstention.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Quelles sont les leçons du scrutin en Italie et de la soirée électorale de dimanche ?

Christophe Bouillaud : Tout d’abord, l’augmentation de l’abstention. On aurait près de 9/10% de plus d’abstention par rapport aux élections de 2018.  C’est considérable. Cela amènerait à la plus faible participation pour une élection de ce type depuis 1946, soit 64% de votants seulement. Cela montre le faible intérêt d’une grande part des Italiens pour une bataille électorale bien trop courte et au résultat bien trop prévisible sans doute. 

Ensuite, comme prévu par les sondages d’il y a quinze jours, avant l’interdiction de leur publication, la coalition de droite l’emporte nettement, avec plus de 40% des suffrages, sans pouvoir toutefois atteindre les sommets qu’on lui promettait parfois. Cela tient à la contre-performance des deux grands alliés sur trois ayant participé au gouvernement Draghi, à savoir la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi. Finalement, c’est donc plus à un réalignement au sein de l’électorat de droite au profit du seul parti s’opposant au gouvernement Draghi, Frères d’Italie de Giorgia Meloni, auquel on assiste plutôt qu’à une nette percée de la droite dans l’électorat en général. La victoire de la droite résulte ainsi surtout de la configuration de l’offre électorale – une droite unie contre des adversaires de centre et de gauche désunis -et du mode de scrutin mixte – donnant de fait une prime à la coalition la plus large. Une alliance entre le PD et ses petits alliés du centre et de gauche avec le M5S aurait peut-être eu ses chances de gagner. En tout cas, la droite se situe en deçàdu seuil de 50% des votants et encore plus de celui de 50% des inscrits. La future majorité politique dans les deux Chambres ne pourra donc pas prétendre incarner une majorité démographique des Italiens. Il y a cependant fort à parier qu’elle le fera cependant avec tout ce que cela implique en termes de prétention à gouverner sans trop se soucier des oppositions… et des millions d’abstentionnistes. 

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Enfin, si les premières données se confirment, le prochain Parlement italien, même avec un tiers de parlementaires en moins, suite à la réforme constitutionnelle voulue par le M5S,restera marqué par un fort pluralisme : toutes les grandes tendances de l’opinion publique y seront représentés, à savoir la droite dans son pluralisme historique (partisans de Berlusconi, représentants de ses filiations néo-fasciste, autonomistes nordistes, et même démocrates-chrétiennes), la gauche dans ses diverses nuances (post-communistes, socialistes, écologistes), les divers centres laïcs ou post-démocrate-chrétiens, et même les démocrates populistes radicaux du M5S. Seuls les néo-communistes de l’Union populaire, les alliés de notre Mélenchon, ratent leur entrée au Parlement, tout comme, semble-t-il, les partisans d’une sortie de l’Italie de la zone Euro. 

A quel point ces résultats sont-ils une réponse à la période du gouvernement Draghi ?

Clairement, la grande gagnante est Giorgia Meloni, qui a eu raison du point de vue électoral de ne pas participer au gouvernement Draghi d’union nationale, contrairement à ses deux alliés de droite, la Ligue et FI. Et il se confirme que le choix du leader du M5S de ruer dans les brancards de ce même gouvernement Draghi au point de le faire tomber cet été était plus avisé qu’on aurait pu le croire sur le moment. Le M5S de Conte atteint un scorelui permettant d’apparaitre comme la troisième force partisane du pays, et ceci en menant une campagne presque exclusivement centrée sur le social, sur la défense du revenu de citoyenneté.Ce double mouvement à droite et à gauche de l’échiquier politique montre que le gouvernement Draghi n’a pas été perçu par une grande partie de l’électorat comme se préoccupant assez du bien-être immédiat des Italiens, il est vrai que ce dernier se concentrait plutôt sur une relance structurelle de l’économie transalpine grâce à une utilisation se voulant avisée des fonds européens. 

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Quel va être l’impact de ces résultats en Italie ?

Normalement, la coalition des droites devrait rester unie, et, Frères d’Italie étant arrivés largement en tête des partis de cette coalition, Giorgia Meloni prendre la tête du prochain gouvernement. Comme elle domine nettement du point de vue des suffrages obtenus ses deux partenaires, on peut supposer que, au moins un premier temps, elle aura toute latitude pour former un gouvernement à sa convenance, même s’il y aura sans doute des tiraillements entre alliés tant les rapports de force se sont complètement inversés depuis 2018. 

La transition entre les deux législatures et les deux gouvernements devrait donc se passer sans encombre. Ensuite, il s’agira de voter le budget de l’Etat pour 2023, et c’est à ce moment-là que la coalition de droite devra montrer sa cohésion. 

Dans un moment de tension internationale comme celui que nous connaissons actuellement, quel va être l’impact de l’arrivée au pouvoir d’une coalition menée par Giorgia Meloni ? L'Europe, nerveuse à l’approche de l’élection, peut-elle être ébranlée ?

La véritable inconnue c’est la gestion par ce nouveau gouvernement des droites de la situation ukrainienne. Giorgia Meloni s’est située sur une ligne « atlantiste » et pro-ukrainienne,elle faitmême partie du même parti européen que Droit et Justice, le parti au pouvoir en Pologne actuellement, ce n’est clairement pas le cas pour Silvio Berlusconiet Matteo Salvini. On verra déjà qui obtient les postes-clés de la défense, des affaires étrangères et des affaires européennes dans le prochain gouvernement italien. Comme elle est la grande gagnante du scrutin, Giorgia Meloni aura sans doute la main sur ces postes, d’autant plus que Sergio Mattarella, le Président de la République, se situe aussi sur une ligne « atlantiste » et voudra éviter qu’un ami, voire un agent, de Moscou n’occupe un de ces postes. 

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Bien sûr, les amis de Moscou au sein même de la majorité de droite feront tout pour orienter l’action du gouvernement Meloni en faveur de la Russie. Il faudra donc observer comment Meloni résiste à ces pressions. Paradoxalement, cela lui permettra peut-être d’obtenir beaucoup de ses partenaires européens, qui ne voudront pas du coupla mettre en difficulté, en particulier sur sa gestion budgétaire. Il faudra en effet éviter qu’elle ne soit tentée en réaction de« s’orbaniser » en matière de politique étrangère. 

On suivra aussi avec intérêt la bataille qui risque de se livrer entre alliés de la coalition de droite pour le contrôle de la RAI, de l’audiovisuel public. Quel message ce dernier sera-t-il autorisé à diffuser sur la situation en Ukraine ? 

C’est donc une situation très étrange qu’on risque d’observer où la ligne de front entre la Russie de Poutine et l’Ukraine de Zelensky risque de passer au milieu d’un gouvernement d’un pays fondateur de l’Union européenne.

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