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Une salle de classe à Lyon, le 15 octobre 2021.
Une salle de classe à Lyon, le 15 octobre 2021.
©PHILIPPE DESMAZES / AFP

Facteur clé

Investir dans l’éducation et le capital humain est un ingrédient important pour la croissance… et voilà à quel point

Balazs Egert, Christine Maisonneuve et David Turner proposent une nouvelle mesure du capital humain. Cet indicateur, qui se définit par la somme des connaissances, des compétences et des caractéristiques personnelles des individus est un facteur déterminant de la croissance

Balázs Égert

Balázs Égert

Balázs Égert est économiste à l'OCDE. Il a travaillé auparavant à la Banque centrale d'Autriche (2003-2007). Il a été chercheur invité à la Banque de réserve d'Afrique du Sud (2007), à Bruegel (2006), au CESifo (2006), à la Banque nationale tchèque (2006), à la Banque centrale de Hongrie (2005), à la Banque de Finlande/BOFIT (2004/2005) et à la Banque d'Estonie (2002). Il a obtenu son doctorat à l'Université de Paris X-Nanterre (2002).

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Christine de La Maisonneuve

Christine de La Maisonneuve

Christine de La Maisonneuve est économiste au Département des affaires économiques de l'OCDE et travaille actuellement sur l'évaluation quantitative des réformes structurelles au sein de la Division de l'analyse macroéconomique. Elle a beaucoup travaillé sur le capital humain, la santé et les soins de longue durée, les questions de vieillissement et les scénarios de croissance à long terme. Elle a également contribué à de nombreuses enquêtes économiques sur les membres de l'OCDE et les économies émergentes.

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David Turner

David Turner

David Turner était chercheur au Bureau de modélisation macroéconomique de l'ESRC de l'Université de Warwick, où il analysait les propriétés des modèles macroéconomiques britanniques, avant de rejoindre l'OCDE en 1991.  Il a occupé divers postes à l'OCDE, mais est chef de la Division de l'analyse macroéconomique depuis 2009, où ses principales responsabilités comprennent actuellement la supervision de la base de données macroéconomiques de la BAD utilisée par le Département des affaires économiques ainsi que la supervision de l'analyse de la production potentielle, la modélisation des effets des réformes structurelles et les projections à long terme pour l'économie mondiale.  

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Atlantico : Comment définissez-vous le capital humain et pourquoi estimez-vous qu'il est important d'étudier et de réévaluer sa mesure ? Quel est l'objectif de cette nouvelle mesure ?

Balazs Egert, Christine de La Maisonneuve, David Turner : Le capital humain est défini de manière générale comme les connaissances, les compétences et les autres caractéristiques personnelles qui rendent les gens productifs. Il s'acquiert à l'école mais aussi tout au long de la vie professionnelle. Le capital humain est un facteur déterminant de la croissance, mais il est difficile de le mesurer. Il est souvent approché par le nombre moyen d'années de scolarité. Cependant, les années de scolarité moyennes représentent la quantité d'éducation et non sa qualité. La même durée de scolarisation ne signifie pas la même quantité de connaissances et de compétences si la qualité de l'éducation diffère selon les pays. La littérature empirique la plus récente a combiné la quantité (comme le nombre moyen d'années de scolarité) et la qualité (les résultats des tests des élèves) en une seule mesure du capital humain. Cependant, le calcul impose souvent un poids arbitraire et égal aux deux composantes. Une autre faiblesse de nombreuses études est qu'elles sont basées sur des mesures contemporaines qui concernent le plus souvent les étudiants testés à l'âge de 15 ans, ce qui est peu susceptible d'être représentatif des compétences de l'ensemble de la population en âge de travailler. L'objectif de notre nouvelle mesure est de remédier à ces problèmes.

Grâce aux données du programme PISA de l'OCDE, vous avez élaboré une nouvelle mesure agrégée du stock de capital humain. Comment avez-vous procédé ? Quelle est la nouveauté de votre approche et quelles sont les divergences potentielles ?

Pour établir un lien entre la croissance économique d'une économie et son capital humain, nous avons besoin d'une mesure qui représente les compétences de l'ensemble de la main-d'œuvre. Les résultats des tests pour adultes (enquête PIAAC de l'OCDE), qui mesurent les compétences de l'ensemble de la population en âge de travailler, constitueraient un bon indicateur de la qualité du capital humain. Toutefois, l'enquête PIAAC ne dispose pas de séries chronologiques et sa couverture nationale est limitée. En revanche, les résultats des tests des élèves (enquête PISA de l'OCDE), qui mesurent les compétences des élèves à l'âge de 15 ans, ont une série chronologique et une couverture nationale beaucoup plus longue, mais ils ne concernent que les élèves de l'enseignement secondaire. Par conséquent, nous établissons un lien solide entre les scores aux tests PIAAC pour adultes, d'une part, et les scores aux tests PISA pour élèves de ceux qui ont passé le test pour élèves à l'âge de 15 ans (et le nombre moyen d'années de scolarité), d'autre part. Nous calculons ensuite la nouvelle mesure en tant que moyenne pondérée par cohorte des scores PISA passés (représentant la qualité de l'éducation) de la population en âge de travailler et des années moyennes de scolarité correspondantes (représentant la quantité d'éducation). La nouveauté de notre approche est que, contrairement à la littérature existante, nous estimons empiriquement les poids relatifs des composantes de qualité et de quantité. 

Quelle est la situation de la France dans votre nouvelle mesure du capital humain ? 

La nouvelle mesure du stock de capital humain de la France est globalement équivalente à la moyenne de l'OCDE mais inférieure à celle de l'Allemagne, du Canada, du Japon, de la Corée et des pays nordiques (voir le graphique ci-dessous). Le classement de la France selon notre nouvelle mesure est cohérent avec le classement selon PIAAC et PISA. Notre stock de capital humain a augmenté de 2,4% entre 1987 et 2020. 

Quelles sont vos observations concernant le lien entre le capital humain nouvellement mesuré et la croissance économique ? 

La nouvelle mesure du capital humain montre un lien positif robuste avec les niveaux de productivité et de revenu par habitant pour les pays de l'OCDE, ce qui suggère que les améliorations du capital humain s'accompagnent de gains de productivité et de production macroéconomiques. En outre, notre analyse suggère que le potentiel de gains de productivité à long terme est beaucoup plus important grâce à des améliorations de la composante qualitative que quantitative du capital humain. Les délais avec lesquels ces gains se matérialisent sont toutefois très longs, notamment parce qu'il faut près de cinq décennies pour qu'une amélioration durable des compétences des étudiants se traduise pleinement par une amélioration des compétences de l'ensemble de la population en âge de travailler. 

Comment vos travaux peuvent-ils aider à mieux comprendre l'effet des réformes des politiques éducatives sur la productivité et le revenu par habitant ? L'enseignement pré-primaire n'est-il qu'un point de départ pour la poursuite des études ?

Une caractéristique intéressante de notre nouvelle mesure du capital humain est qu'elle permet d'évaluer l'effet des réformes des politiques éducatives sur la productivité et le revenu par habitant. Toute politique d'éducation, qui peut être mesurée quantitativement au moyen d'un indicateur et liée à des changements dans les résultats des tests des élèves peut alors être reliée à la nouvelle mesure du capital humain et donc à la productivité. En effet, nos travaux actuels utilisent l'enseignement pré-primaire pour démontrer l'effet des réformes des politiques éducatives, mais dans nos travaux futurs, nous explorerons un grand nombre de politiques éducatives, y compris, entre autres, la responsabilité et l'autonomie des écoles, le suivi des élèves et les qualifications des enseignants. Nous analyserons également la manière dont les politiques de formation et de perfectionnement des adultes influencent, par le biais du capital humain, les résultats macroéconomiques.

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