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Président du web

Vague "d'antihollandisme” sur le web : moins visible mais plus organisé que l’antisarkozysme

Sur la toile, quelques campagnes virales ont commencé à dresser un portrait caricatural de François Hollande. L'émergence d'un "antihollandisme" pourrait-elle reproduire la vague "antisarkozyste" qui a marqué le quinquennat puis la campagne de l'ancien président ?

Atlantico : Quelles premières conclusions peut-on tirer des premières campagnes anti Hollande sur le web ?

Alexandre Villeneuve : L'une des composante de cette tendance est entretenue par des mouvances d'extrême droite. Assez organisées, leurs démarches circulent car elles sont relayées par la presse. Dans tous les cas, ils comptent sur les images et sur le net pour faire connaître leurs initiatives. On est là dans le modèle de l'apéro saucisson-pinard qui avait beaucoup fait parler il y a quelques mois.

L'UMP, de son côté, a toujours été très active sur le net, même sous Nicolas Sarkozy. Des actions ont régulièrement été menées contre le Parti socialiste. On se souvient par exemple de l'achat des AdWord achetés pour dénigrer le PS, une démarche qui a été interdite par la justice.

Les militants de droite peinent à trouver les détails auxquels se raccrocher pour nourrir le buzz contre François Hollande. L'un de ceux qui a relativement fonctionné, c'est l'image des drapeaux étrangers sur la place de la Bastille. Ces photos ont été largement reprises par une partie de la droite, mais surtout par le Front national et le Bloc identitaire.

Dans l'ensemble, les campagnes virales mises en place sont relativement classiques. On prend une information et on cherche à la faire circuler via les réseaux sociaux et les blogs afin de capter l'attention de sites plus généralistes. Là encore, l'extrême droite a créé ses propres outils pour diffuser une information orientée : Metamédia, qui est un wikipédia version extrême droite ou encore des sites comme Novopress ou Fdesouche qui font office de médias attitrés à ces mouvances. Autant de relais qui doivent permettre de donner du souffle aux messages anti François Hollande. D'autant plus qu'ils n'ont pas toujours facilement accès à la presse.

Comparée aux campagnes « antisarko », cette vague « antihollande » a-t-elle le même impact ? La démarche est-elle la même ?

Au départ, les réactions contre François Hollande ne sont pas très spontanées. Le tout semble plutôt oganisé. Nicolas Sarkozy, lui, a rapidement fait des erreurs qui ont mobilisé contre lui des vagues de contestations directement issues de la communauté web.

L'affaire du tweet de Valérie Trierweiler pourrait donner de la matière à des remarques plus spontanées. C'est à la fois gênant, d'un point de vue politique, et drôle, d'un point de vue Internet. Ce type d'incidents est d'autant plus enclins à donner lieu à des campagnes web que les internautes aussi bien de gauche que de droite peuvent être agacés.

Nicolas Sarkozy, déjà en tant que ministre, s'était mis beaucoup de monde à dos. Les rancoeurs tournées vers lui étaient plus fortes que les oppositions qui existent pour l'instant contre François Hollande. L'ancien président est d'ailleurs le seul, à ma connaissance, à avoir fait l'objet d'un Google bombing : suites à des recherches massives associant son nom à « Iznogoud » puis à « trou du cul du web », on tombait sur des pages de Nicolas Sarkozy. Hors pour qu'une telle action fonctionne, il faut qu'elle soit relayée par des personnes influentes et par un nombre massif d'utilisateurs.

Il faut aussi prendre en compte le fait que François Hollande ne s'est pas encore fâché avec la communauté du web. Nicolas Sarkozy, au contraire, en mettant en place toutes les politiques liées à Hadopi, a participé à son statut de paria du net. Dans la foulée, une succession d'erreurs ont contribué à aggraver le phénomène. Le Libdup réalisé par les jeunes de l'UMP, par exemple, n'a en rien arrangé les choses : d'autant plus qu'ils n'avaient pas les droits sur cette musique !

Cela dit, il ne faut malgré pas tout oublié quelque chose : François Hollande vient tout juste d'être élu, il faudra qu'il tienne tout son quinquennat sans commettre ce genre d'erreurs. Les choses peuvent rapidement et facilement déraper : il suffit d'un tweet. Pour l'instant, il cherche même plutôt à arrondir les angles, en remettant Hadopi en cause par exemple, ce qui pourrait lui assurer une certaine magnanimité de la part des internautes.

Des campagnes comme celles-ci peuvent-elles avoir des conséquences visibles sur l'image de François Hollande dans l'opinion publique ?

Pour que de telles campagnes fonctionnent, il faut qu'elles reposent sur des erreurs réelles et flagrantes. François Hollande a évité de commettre de telles erreurs jusqu'ici. Le tweet de de Valérie Trierweiler pourrait être la base pour une telle démarche. Le vol en avion de Tulles à Paris le soir de l'élection peut-être une autre affaire qui le poursuivra.

Les vidéos que font régulièrement aussi bien la droite que l'extrême-droite ne réussissent pas à prendre car il n'y a pas un problème marquant pour stimuler l'aspect viral de ces éléments. Le yacht de Vincent Bolloré ou la célébration de l'élection de Nicolas Sarkozy au Fouquet's ont joué ce rôle en 2007.

Une campagne qui partirait d'une information fausse pourrait-elle circuler de la même manière ? Aurait-elle un impact ?

C'est déjà arrivé. Si elle paraît crédible et qu'elle est bien étayée, cela peut fonctionner, même si cela reste dans le domaine de la rumeur. Nicolas Sarkozy et ses proches trainent beaucoup de casseroles, qui ont été très visibles et médiatisées. Des éléments ont circulé sur le net sans toujours être vérifié, par exemple dans le cas du dossier Bettencourt.

Dans ces cas-là, le tout est d'être réactif et de vite désamorcer ces rumeurs.

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