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Le quinquennat Sarkozy passé 
au crible d'un think tank libéral
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Le bilan des 5 ans

Le quinquennat Sarkozy passé au crible d'un think tank libéral

Publié tous les six mois ces cinq dernières années, le dernier baromètre du think tank libéral Institut Thomas More revient sur le bilan du Président de la République. Verdict mitigé, avec un point noir : l'état des finances publiques du pays.

Institut Thomas More

Institut Thomas More

Fondé en 2004, l'Institut Thomas More est un think tank d'opinion, européen et indépendant basé à Bruxelles et Paris. Il diffuse auprès des décideurs politiques et économiques et des médias internationaux des notes, des rapports, des recommandations et des études réalisés par les meilleurs spécialistes et organise des conférences, des rencontres et des séminaires sur ses thèmes d'études.

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A quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a désormais un bilan. Après cinq années d'un mandat effréné, menées tambour battant, dominées par une crise sans précédent, le président de la République, qu'il le veuille ou non, doit endosser la tunique du sortant. Avec le thème de « la rupture », il paraissait neuf en 2007. Il arrive en posture délicate, comptable de ce qui a été réalisé, pour 2012... Le verdict de notre 10e Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy : 9,5/20...

(Cliquez sur l'image pour agrandir)

Une note qui ne bouge pas par rapport à notre 9e Baromètre de novembre dernier. Une note sous la moyenne mais pas calamiteuse. Si certains échecs lui sont évidemment imputables, la crise a aussi sa part dans ce résultat. Si Nicolas Sarkozy veut convaincre des Français inquiets et réticents de lui faire une nouvelle fois confiance, il doit regarder son bilan en face, mesurer les réalisations, tirer les conclusions des échecs et offrir une vision à nouveau crédible. Éléments d’analyse, tirés de notre Baromètre…

Un rythme de réforme soutenu pendant tout le quinquennat

Longtemps, Nicolas Sarkozy a fait de la vitesse sa marque de fabrique et une méthode d'action. Son tempérament, l'attente soulevée par son élection de 2007, le besoin de réformes l'y poussaient. « Il y a urgence à réformer», répétait-il en début de mandat. Dès notre premier Baromètre (novembre 2007), nous remarquions un rythme intense, qui n'a pas faibli pendant ces cinq années, malgré la crise. Au final, le bilan sur ce point n'est pas mauvais :

  • Au 7 mars 2012, 55,6% des mesures sont engagées (« réalisées » et « altérées » ).

Une approche plus détaillée permet de faire la part entre ce qui est fait et bien fait (mesures « réalisées ») et ce qui est fait mais incomplètement (mesures « altérée ») :

  • Au 7 mars 2012, 47,43% des mesures sont « réalisées » et 8,17% des mesures sont « altérées »

 

Une cohérence de l'action qui a faibli en cinq ans

En même temps que le rythme d'action a été élevé pendant tout le mandat, la cohérence de la réforme – c'est-à-dire la conformité de la mesure finale à son annonce – a faibli progressivement :

  • Au 7 mars 2012, 47,43% des mesures sont cohérentes (« réalisées ) avec les promesses ou les annonces qui les avaient précédées. La note de 9/20 est accordée par notre indicateur de « Cohérence de l’action ». Les mesures cohérentes ont baissé de 23,84% par rapport au 9e Baromètre de novembre 2011 (62,28%).

Comment expliquer ce résultat ? Beaucoup de mesures étaient encore « en cours » (21,27%) ou « en retard » (24,4%) dans notre précédent Baromètre de novembre 2011. A l'heure du bilan, une part importante de ces mesures ne sont finalement pas réalisées. Ainsi, un peu plus d'un quart des mesures sont inachevées – c'est-à-dire qu'elles ont connues un début de mise en oeuvre qui n'est pas allé au bout avant la fin du mandat :

  • Au 7 mars 2012, 26,93% des mesures sont « inachevées ». A cela, il faut ajouter les mesures purement et simplement abandonnées au final :
  • Au 7 mars 2012, 17,47% des mesures sont « abandonnées ».

44,4% des mesures ont donc subi des ratés (« inachevées » ou « abandonnées ») dans le cours du quinquennat et constituent en quelque sorte le passif du bilan de Nicolas Sarkozy.

Les ratés du quinquennat majoritairement expliqués par la crise

Mais il convient de donner un sens à ce passif important. La crise et ses effets y tiennent une responsabilité certaine. Car, à y regarder de près, ce sont majoritairement les promesses de campagne du candidat de 2007 qui n'ont pu être conduites à bien. 

  • 69% des mesures « abandonnées » sont des promesses de 2007 (159 sur 231).

Nombre de ces promesses, de la baisse de la pression fiscale à celle du chômage par exemple, ont été rendues impossibles par la crise. Si on peut accuser Nicolas Sarkozy d'avoir trop promis, on ne peut le rendre responsable de la sévère récession qui a frappé la France. 

Pour autant, 7 mesures « abandonnées » sur 10 sont des promesses du candidat de 2007 : le manque de résultats concrets ressenti par un grand nombre de Français à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy tient tout entier dans ce chiffre.

Retraites, dialogue social, entreprises, sécurité : l'exécutif droit dans ses bottes

A l'approche du premier tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a d’abord besoin de ressouder son «électorat naturel », longtemps échaudé, autour de son action. Face à ses adversaires, il peut faire valoir certains résultats propres à satisfaire son socle électoral, ou à le reconquérir. Ainsi n'a-t-il rien lâché sur l'essentiel de la réforme des retraites de 2010 et a-t-il fait ce qu'il avait dit :

  • Retraites : notre Baromètre accorde la note de 14,5/20. La note de cohérence de la réforme est de 14/20 : cela signifie qu'il y a peu d'échecs ou de ratés (mesures « altérées », « inachevées » ou « abandonnées ») par rapport au nombre total des mesures.

Assumant l'épreuve de force avec les syndicats – convaincu que son « électorat naturel » lui en saura gré–, Nicolas Sarkozy n'a pas transigé. Il avait peu promis en matière de dialogue social et a globalement fait ce qu'il avait dit.

  • Dialogue social : notre Baromètre accorde la note de 11/20. La note de mise en oeuvre des réformes est de 15,5/20 : cela signifie qu'il y a une proportion satisfaisante de mesures déjà adoptées (« réalisées » et « altérées ») par rapport au nombre total des mesures.

La création d'emplois, la croissance, la création de richesses, chacun le sait, ce sont les entreprises. Avec le plan de relance en particulier, le gouvernement a cherché à maintenir pendant cinq ans le cap d'une politique qu'il voulait incitatrice :

  • Entreprises : notre Baromètre accorde la note de 14/20. La note de mise en oeuvre des réformes est de 15/20 : cela signifie qu'il y a une proportion satisfaisante de mesures déjà adoptées (« réalisées » et « altérées ») par rapport au nombre total des mesures.

Sur le front de la justice et de la sécurité, on assiste à un redressement spectaculaire – quatre points supplémentaires – depuis un an et demi. Bien lui en a pris puisque la campagne de 2012 a remis, à travers des évènements dramatiques, la sécurité au centre du débat :

  • Justice et sécurité : notre Baromètre accorde la note de 12,5/20. La note de mise en oeuvre des réformes est de 14/20 : cela signifie qu'il y a une proportion satisfaisante de mesures déjà adoptées « réalisées » et « altérées ») par rapport au nombre total des mesures.

On le voit donc, sur ces sujets historiquement clivants, sur lesquels l’exécutif espère que les Français lui seront reconnaissants de n'avoir pas cédé, les résultats sont globalement au rendez-vous.


Finances publiques : le point noir

Sur le front des finances publiques, s’il va sans dire que ni Nicolas Sarkozy ni le gouvernement ne sont responsables de la crise et de ses conséquences, force est de constater que trop peu fut entrepris avant qu’elle ne survienne et trop peu est fait depuis. La seule RGPP et ses sept petits milliards d'économies sur cinq ans ne pouvait pas tenir lieu de politique. Résultats :

  • Budget, réforme de l'Etat et décentralisation : notre Baromètre accorde la note de 6/20. La note d'efficacité de la réforme est de 6/20 : cela signifie qu'il y a une proportion très basse de mesures pleinement « réalisées » par rapport au nombre total des mesures.

Si de bonnes dispositions furent prises (non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux, fusion ANPE/Assedic, fusion des services d'impôts et de comptabilité), et alors que la crise de la zone euro est avant tout une crise de l’endettement public, on ne s’est tout simplement pas attaqué à la seule mesure à prendre dans un contexte tendu, la baisse de la dépense publique.

Fiscalité, pouvoir d'achat et emploi : le bilan sera-t-il suffisant sur les sujets qui préoccupent les Français ?

Fiscalité, pouvoir d'achat, emploi : des thèmes qui, à défaut d'être jusqu'ici au coeur de la campagne, comptent parmi les principales préoccupations des Français. Le bilan de l’action de Nicolas Sarkozy est-il satisfaisant ?
Sur la fiscalité et le pouvoir d'achat, le Président perd trois points depuis 2010, avec la remise en cause d’un certain nombre de dispositions de début de mandat – bouclier fiscal, droits de succession, etc. Élu sur un programme de baisse de la pression fiscale, Nicolas Sarkozy a dû revenir sur certains de ses engagements phares, au risque d'avoir peu à offrir en 2012 à des Français soucieux de l'érosion de leur pouvoir d'achat :

  • Fiscalité et pouvoir d'achat : notre Baromètre accorde la note de 10,5/20. La note d'efficacité de la réforme est de 10,5/20 : cela signifie qu'il y a une proportion tout juste satisfaisante de mesures pleinement « réalisées » par rapport au nombre total des mesures. De même sur l'emploi, qui perd un point en un an et demi, si le chômage reste la première préoccupation des Français et si les résultats ne sont guère au rendez-vous, l'exécutif a déployé l'essentiel de son dispositif et a géré en attendant une éclaircie qui n'est pas venue :
  • Emploi : notre Baromètre accorde la note de 10/20. La note d'efficacité de la réforme est de 9,5/20 : cela signifie qu'il y a une proportion tout juste insuffisante de mesures pleinement « réalisées » par rapport au nombre total des mesures.

Ayant peu de résultats à offrir aux Français sur ces questions qui les inquiètent, Nicolas Sarkozy espère que son « discours de vérité » sur les effets de la
crise suffira à ce qu'il ne soit pas sanctionné dans les urnes. Lourd pari...

Questions de société : les grands oubliés du quinquennat

On a beaucoup commenté l'échec du « Plan Espoir Banlieues » et notre Baromètre, semestre après semestre, enregistrait son naufrage. Mais à y regarder de plus près, c'est l'ensemble des questions de société, qui permettent la respiration de la société civile, qui a été oublié. Handicap, engagement des jeunes, vie associative, rien de majeur n'a été entrepris et les retards accumulés sont considérables. Seul le front de la laïcité a donné lieu à quelques mesures au printemps dernier – et explique le point gagné par rapport à notre 8e Baromètre :

  • Société : notre Baromètre accorde la note de 4,5/20. La note d'efficacité de la réforme est de 4,5/20 : cela signifie qu'il y a une proportion très basse de mesures pleinement « réalisées » par rapport au nombre total des mesures.

    L'ambition de Nicolas Sarkozy de faire de la France une « société apaisée » est-elle remise à 2017 ?


Lire l'étude entière du baromètre de l'Institut Thomas More.

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