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Inflexibilité et défense des intérêts nationaux : ce que la France, l’Europe et le monde ont à attendre des élections générales allemandes du 24 septembre prochain
©John MACDOUGALL / AFP

Chou blanc

Inflexibilité et défense des intérêts nationaux : ce que la France, l’Europe et le monde ont à attendre des élections générales allemandes du 24 septembre prochain

Les élections générales allemandes se dérouleront le 24 septembre prochain, et devraient vraisemblablement aboutir à la réélection d'Angela Merkel à la tête du gouvernement.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Fabien Laurençon

Fabien Laurençon

Fabien Laurencon est agrégé d'allemand, diplômé de Sciences Po Paris. Il a enseigné l'histoire et la civilisation allemandes à l'université Sorbonne nouvelle Paris III et à Paris X. 

 

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Atlantico :  Les élections générales allemandes se dérouleront le 24 septembre prochain, et devraient vraisemblablement aboutir à la réélection d'Angela Merkel à la tête du gouvernement. Du point de vue européen, mais également du point de vue français, quels sont les enjeux réels de ce scrutin ? S'agit il de simple continuité, ou est ce que les jeux de coalition pourraient être susceptibles de modifier la ligne politique du gouvernement ? De quelle manière ?

Fabien Laurençon : la plupart des instituts de sondage outre-Rhin donnent en effet une avance confortable de 14 à 16 points pour la CDU-CSU sur le parti social démocrate (entre 38-40 % des intentions de vote contre 22-24% pour la SPD). On retrouve d'ailleurs sensiblement le même écart entre les deux grands partis qu'en 2013. 

Le retard de Martin Schulz paraît quasi insurmontable d'ici le 24 septembre. En termes de popularité, l'avantage d'Angela Merkel est encore plus net. 

Pour autant, si la reconduction de la Chancelière ne fait guère de doute, plusieurs éléments d'incertitudes demeurent et le jeu politique est bien plus ouvert qu'il y paraît à première vue. Le premier facteur d'incertitude tient à la composition de la future coalition. 

Selon le dernier sondage réalisé la semaine dernière par ARD, la première chaîne TV publique allemande, l'AfD continue par ailleurs sa progression à 10% d'intention de vote, devenant de facto le troisième force politique, Die Linke, la FDP et les Verts étant crédités respectivement de 9 et 8%. 

Pour la première fois dans l'histoire politique allemande, six partis seront désormais représentés au Bundestag (ce qui entraînera mécaniquement une perte d'une cinquantaine de sièges de députés pour la CDU-CSU et d'une trentaine pour la SPD). Enfin, ayons à l'esprit que 47% des Allemands interrogés à ce stade ne savent pas encore quels seront leurs choix (le second choix dans le système électoral allemand étant aussi décisif que le premier). 

Sur la base de ces projections actuelles, les deux extrêmes politiques à droite (AfD) comme à gauche (Die Linke) étant exclus, ni le bloc conservateur (droite démocrate-chrétiennne et libéraux), ni le bloc de gauche n'auraient la majorité absolue au Bundestag ; deux scénarii probables émergent dès lors : 

- soit une reconduction de la Grande Coalition, choix de la continuité absolue, mais qui obérerait les chances de la SPD dans quatre ans (mais comment se démarquer d'un parti et faire campagne contre lui alors qu'on a cogéré le pays avec ce dernier en bonne entente ?)

- soit une coalition dite "à la jamaïcaine" du tandem CDU-CSU + FDP et un troisième partenaire qui ne peut être que les écologistes comme c'est déjà le cas dans le Land de Schleswig-Holstein. La question est de savoir si le retour au Bundestag du parti libéral FDP, après quatre années d'absence, est susceptible d'induire des inflexions dans la politique allemande sur les principaux dossiers de politique étrangère: couple franco-allemand, relance de la zone euro, gestion de la crise migratoire, structuration d'une politique commune vis à vis de la Russie, Turquie. Au regard du programme électoral du parti libéral, des déclarations de ses dirigeants et surtout de ce que sera son poids politique réel dans la future coalition, la capacité d'initiative de la FDP sur ces sujets devrait être assez limitée. 

Qu'en sera-t-il en revanche des Verts ? Le parti saura t'il, comme il le fit sous l'impulsion de Joschka Fischer, transgresser ses tabous en matière de politique étrangère et de sécurité ?

L'autre incertitude tient à la viabilité de ce scénario - inédit - à trois partis, compte tenu des divergences croissantes entre le FDP et les Grünen (les déclarations critiques de Wolfgang Kubicki, secrétaire général de la FDP à l'égard des Verts il y une semaine vont dans ce sens). De même, le sujet de l'avenir de l'industrie automobile et d'une interdiction du moteur à essence à l'horizon 2030 dessinent une ligne de clivage nette entre les Verts d'une part, et la FDP, le SPD et la droite, Horst Seehofer (leader de la CSU bavaroise) en tête, de l'autre. 

Que ce soit l'un ou l'autre scénario, on peut raisonnablement faire le pari de la continuité dans les grandes orientations de la politique étrangère et européenne de l'Allemagne. Ces thématiques occupent - ce n'est d'ailleurs pas une spécificité allemande - une place très marginale dans la campagne électorale. Angela Merkel a résolument axé son discours "feelgood" sur la continuité qu'elle incarne mieux que quiconque, le "Weiter so", à savoir la perpétuation et la préservation, moyennant quelques ajustements ou correctifs, du modèle économique allemand. Enfin, le style politique de la chancelière, tel qu'on peut le déchiffrer après trois mandats, ne doit pas être sous-estimé : son processus de prise de décision marqué par la prudence (l'attentisme diraient ses détracteurs), souvent en réaction aux événements plus qu'en anticipation (crise financière de 2008), la prédispose peu à des ruptures politiques majeures pour son quatrième (et probable dernier) mandat. 

Cependant, sur un sujet particulièrement sensible en Allemagne, celui de l'immigration et de la politique migratoire, qui est la préoccupation numéro 1 des électeurs, bien devant l'économie et la sécurité intérieure, la Chancelière a montré qu'elle savait reprendre l'initiative. Dans son intervention en podcast la semaine passée, elle est ainsi sortie de son silence pour formuler un certain nombre de propositions, allant de l'aide au développement pour lutter contre les filières de passeurs à la création de canaux d'immigration de l'Afrique vers l'Europe. Dans la foulée, Merkel a annoncé sa venue à Paris cette semaine pour y rencontrer les chefs d'Etat français, italien, et leurs homologues du Tchad, du Nigéria et de Lybie pour discuter d'une stratégie commune, en prélude au sommet EU-Afrique prévu à l'automne. 

 

Christophe Bouillaud : En supposant que la CDU-CSU d’Angela Merkel réalise l’excellent score que lui promettent les sondages, il ne fait en effet guère de doute qu’elle doive se succéder à elle-même. De ce fait, l’électorat allemand aura tranché en faveur de la continuité intérieure, et du statu quo européen pour ce qui nous concerne directement. Il n’y aura donc pas a priori beaucoup de place pour des bouleversements, et cela dans tous les domaines (politique budgétaire européenne, gestion de l’Euro, question migratoire, etc.) qui ont occupé le devant de la scène européenne depuis 10 ans. 

Cependant, il faut distinguer au moins entre deux scénarios. Soit la grande coalition actuelle CDU-CSU-SPD continue. Cela suppose que le SPD avale encore une fois la couleuvre d’être le junior partner perdant de l’alliance avec la CDU-CSU, et, dans ce cas, on peut imaginer une plus grande insistance sur l’Europe sociale et un rapprochement avec les positions défendues par la France en matière de « gouvernement économique » de l’Europe. De même, si les Verts allemands sont en mesure de participer à un tel gouvernement ou de prendre le rôle tenu par le SPD, une inflexion en faveur de l’intégration serait possible.

Soit les résultats électoraux de la CDU-CSU permettent la formation d’une majorité avec l’aide du seul FDP (le parti libéral), c’est à dire la formation d’une coalition de droite traditionnelle, auquel cas la situation européenne et, par-delà française, se compliquent encore. En effet, une telle éventualité signifierait une attitude encore plus fermée du gouvernement allemand en direction d’une « union de transferts ». On en resterait au statu quo européen en vigueur où l’Allemagne n’entend pas payer pour ses partenaires moins bien lotis, et où elle entend bien que les règles de bonne gestion budgétaire soient respectées par tous, en particulier par la France et l’Italie. En outre, cela signifierait que le cas grec resterait en l’état, et qu’on renverrait donc à bien plus tard toute discussion vraiment sérieuse sur la dette publique de la Grèce. La fiction d’une Grèce sauvée par ses partenaires continuerait. 

Quels sont les scénarios post-électoraux envisageables en rapport au couple franco-allemand ? Si les propositions formulées par Emmanuel Macron pour accélérer l'intégration européenne ont pu être bien accueillies dans un premier temps, que peut on en attendre après le 24 septembre ? Quelles sont les limites que l'Allemagne ne franchira pas ?

Fabien Laurençon : Il faudra attendre l'issue des discussions sur le Koalitionsvertrag, à savoir l'accord de partenariat qui sera formellement signé par la CDU-CSU et son ou ses partenaires pour avoir une idée plus précise de la feuille de route en matière de politique européenne et franco-allemande du futur gouvernement. La désignation du futur ministre des affaires étrangères sera un indicateur utile, même s'il ne faut pas personnaliser la politique allemande, et encore moins son volet diplomatique tant la dimension collective gouvernementale prime en Allemagne. Traditionnellement, dans les coalitions passées, la FDP se voyait attribuer le portefeuille de l'Auswärtiges Amt (Christian Lindner, actuel leader du parti ?) même si l'actuel titulaire, Sigmar Gabriel (SPD) souhaiterait être reconduit à son poste. 

S'agissant du couple franco-allemand, le prochain gouvernement allemand devrait en toute logique s'inscrire dans la continuité complète de son prédécesseur, à fortiori si certains ministres clés (Wolfgang Schäuble aux Finances par exemple) devaient être maintenus. La convergence qui s'esquisse depuis l'élection d'Emmanuel Macron sur les sujets liés à la relance de la zone euro, ou la coopération en matière de défense devrait se poursuivre. Sur le dossier de la crise migratoire, le revirement de la Chancelière, désormais sur une ligne bien plus réaliste et constructive qu'à l'automne 2015, devrait également faciliter la convergence des positions entre les deux pays. 

Pour autant, la bienveillance dont bénéficie l'exécutif français à ses limites: le prochain gouvernement allemand, comme l'actuel, attendent désormais du concret, c'est à dire des réformes structurelles, en profondeur, de l'économie française, et en particulier des finances publiques du pays. C'est à l'aune de ces réformes que l'Allemagne jugera de la crédibilité de son partenaire, et c'est sur cette base que pourra se reconstruire une véritable relation de confiance côté allemand. 

Seconde limite : la réticence du gouvernement allemand, quelle que soit la couleur de la coalition, présente ou future, à toute mutualisation des dettes publiques européennes ou un financement par l'endettement d'une relance de la zone euro. 

Troisième invariant, subi plus qu'assumé ou voulu celui-ci: la difficulté à assumer ses responsabilités sur le plan programmatique militaire; l'engagement affiché par l'Allemagne dans le Livre blanc de 2016 de s'impliquer davantage dans les opérations militaires extérieures se heurte aux réticences de l'opinion publique. Le débat électoral sur la cible de 2% du PIB a souligné l'absence de consensus en Allemagne sur ce sujet entre les deux grands partis politiques. 

Enfin, quatrième limite: le néo-colbertisme des politiques allemands au profit de l'industrie allemande, et en particulier des secteurs considérés comme stratégiques (automobile, énergie...). La continuité est à prévoir dans le soutien et la défense du prochain gouvernement allemand à l'égard des entreprises jugées vitales. Les enquêtes de la presse allemande concernant le dossier du Dieselgate qui soulignent la porosité des intérêts entre les constructeurs automobiles allemands, les ministres concernés et les fédérations professionnelles en est une bonne illustration. Au niveau européen comme dans le cadre franco-allemand (programmes d'armements en coopération...), l'Allemagne saura se montrer inflexible et défendre ses intérêts économiques sans complexe. 

 

Christophe Bouillaud : Comme je l’ai dit, il me semble que tout dépendra de la nature de la coalition qui s’installera à Berlin.

Si elle est encore plus dominée par les conservateurs de la CDU-CSU et les libéraux du FDP, rien ne se passera : tout l’effort des autorités allemandes sera de maintenir le statu quo européen. Ce dernier reste dans l’ensemble extrêmement favorable à cet électorat conservateur et libéral. L’Allemagne connait pour ce dernier le plein emploi – les inégalités ne comptant guère pour cette majorité relative de satisfaits. Certes, à cause de la politique monétaire de la BCE, leur épargne est très mal rémunérée, mais les entreprises tournent à plein régime. La crise migratoire est maîtrisée. La sortie du nucléaire se passe sans trop de problèmes. L’inflation reste maîtrisée – sauf en matière de prix immobiliers. Mais, dans ce cas-là, les relations franco-allemandes pourraient même se détériorer, car Emmanuel Macron se verrait bloqué dans sa volonté de créer les conditions d’une « Europe qui protège ». Dans le cas contraire, les relations franco-allemandes devraient continuer à s’améliorer. Toutefois, même si le gouvernement est encore une fois un gouvernement de coalition avec le SPD, rien n’indique que l’Allemagne soit prête à accepter une « union de transferts », autrement dit un budget très conséquent qui prendrait des sommes conséquentes sur le contribuable allemand pour alimenter les caisses d’un autre Etat européen – comme avec les idées qui sont dans l’air d’une assurance-chômage européenne. Il suffit de voir l’attitude à l’égard de la Grèce. Toute concession financière à ce pays semble constituer un choix politiquement dangereux. De fait, au-delà de cet état de la majorité de l’opinion publique, toujours aussi convaincue qu’il suffirait que les autres pays mettent leur compte en ordre et fassent chez eux des réformes pour que tout aille mieux en Europe, il faut ajouter que les récentes décisions de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe signalent toutes qu’elle s’opposerait à toute évolution en ce sens – sauf à faire appel à un référendum sur la naissance d’une vraie fédération européenne (un « Bund » comme le sont l’Allemagne ou la Suisse). L’accord avec la France d’Emmanuel Macron se ferait sans doute pour aller vers plus d’intégration budgétaire et fiscale, mais sans que cela porte à de grands bouleversements. C’est la vieille ligne de la CDU-CSU qui devrait l’emporter : « Pas d’aventure ! »

Donc le plus probable est que l’on s’oriente vers des mesures prudentes qui ne sollicitent pas trop les finances allemandes, et n’effraient surtout pas les contribuables allemands. On cherchera encore une fois à louvoyer : pourquoi Angela Merkel changerait-elle d’un coup une méthode qui lui a permis de survivre à tant de crises ? 

Du point de vue de l'Allemagne, quels sont les enjeux prioritaires de ces prochaines années, notamment dans ses relations internationales, en pensant notamment aux défis posés par la Turquie, mais également par les critiques formulées par les Etats Unis sur le modèle économique allemand ? 

Fabien Laurençon : La dégradation des relations germano-turques a franchi une nouvelle étape depuis la tentative de putsch de l'été 2016, dont R.T. Erdogan accuse les mouvement güleniste d'être l'instigateur. 

La dérive autoritaire du gouvernement Erdogan qui était jusque-là source d'irritants limités entre les deux diplomaties (refus d'Ankara d'autoriser une visite de parlementaires allemands auprès du contingent allemand sur la base d'Incirlik en 2016, cas du journaliste germano-turc de Die Welt, Deniz Yücel, détenu arbitrairement depuis février 2017...), se double d'une volonté d'ingérence assumée dans le débat politique allemand. Pour la première fois dans l'histoire bilatérale des deux pays, un dirigeant turc appelle ouvertement à voter pour les autres partis que ceux de la Grosse Koalition, et à battre Merkel dans ce qui s'apparente à une volonté inouïe de déstabilisation du gouvernement allemand. 

Comment concilier une politique de fermeté sur les droits humains et un discours de modération vis-à-vis d'un pouvoir turc de plus en plus imprévisible, et néanmoins indispensable dans la solution de la crise migratoire européenne (ainsi que dans la lutte antiterroriste), partenaire qui s'éloigne de façon croissante du système d'alliances et de valeurs occidental, et qui brandit périodiquement le chantage de l'ouverture de ses frontières aux réfugiés comme l'a fait le ministre turc des affaires étrangères il y a dix jours, avec le poids politique d'une communauté turque ou binationale de 4 millions de personnes sur le territoire allemand ? C'est tout le défi posé au futur gouvernement allemand qui a choisi la réponse de la fermeté. 

S'agissant enfin des relations avec les Etats-Unis, le "Grand schisme" transatlantique laisse peu de marges de manoeuvre à l'Allemagne, hors Union européenne. En réponse au désengagement militaire américain, l'implication allemande aux côtés de la France sur les volets sécurité et défense est plus urgent que jamais - avec les limites évoquées plus haut. Côté allemand, les réactions officielles, en particulier de la Chancelerie, aux prises de position de Trump sur ce dossier ont été très mesurées. Nul doute que le prochain exécutif allemand fera vraisemblablement preuve du même attentisme prudent face à un président américain imprévisible, erratique et en sursis.

 

Christophe Bouillaud : Il me semble qu’il s’agit du maintien du statu quo. L’Allemagne contemporaine ne peut pas du tout être une puissance hégémonique à l’échelle mondiale, mais elle est l’un des pays qui bénéfice le plus du statu quo actuel en matière de relations internationales. Par exemple, elle milite de longue date pour le libre-échange, donc elle favorisera tout ce qui peut permettre de maintenir les marchés ouverts et tout ce qui peut permettre une plus grande ouverture des marchés. Quel que soit le gouvernement au pouvoir à Berlin, on imagine mal une volte-face sur ce point. Le protectionnisme n’est pas une option, sauf peut-être à l’extrême-gauche (die Linke) et encore avec des nuances. De même, elle devrait continuer à soutenir une ligne d’apaisement avec la Russie de Vladimir Poutine. 

Comme je l’ai dit en matière européenne, une Allemagne toujours dirigée par Madame Merkel chercherait sans doute à maintenir l’existant et à bouger le moins possible cet édifice fragile qu’est l’Union européenne actuelle. On comparera à ce sujet l’attitude d’Emmanuel Macron qui est en train de s’opposer frontalement aux dirigeants polonais actuels avec l’attitude infiniment prudente depuis 2010 d’Angela Merkel avec le très droitier Viktor Orban – qui, il est vrai, appartient toujours au même parti européen qu’elle, le PPE (Parti populaire européen). 

Sur la Turquie, c’est sans doute le point où, pour le coup, l’Allemagne peut désirer bouger, et faire bouger ses partenaires européens à sa suite. La présence de millions de personnes d’origine turque sur le territoire allemand, qu’ils soient citoyens allemands ou non, a conduit depuis longtemps à l’importation des conflits politiques turcs en Allemagne. Depuis le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016 en Turquie, la situation ne cesse en plus de se détériorer dans les relations germano-turques. En même temps, la Turquie respecte toujours le deal anti-migrants établi par A. Merkel au nom de l’Union européenne. Chaque partie veut encore éviter  une rupture. Cependant, les provocations d’Erdogan, y compris celles lors de la campagne électorale en cours en Allemagne, peuvent atteindre un niveau tel que les autorités allemandes, face à l’humiliation imposée par le président turc, n’auront d’autre choix que de rendre coup pour coup. Il faudrait sans doute peu de chose pour que l’opinion publique allemande bascule. Cela pourrait alors constituer un test de solidarité entre Européens. Il faut bien en effet constater, que, du point de vue des opinions publiques, la Turquie d’Erdogan n’a pas la même existence médiatique partout. Elle est au centre de l’attention en Allemagne, à la périphérie de cette dernière en France, et presque anecdotique en Italie. On peut dès lors imaginer que ce soit l’Allemagne qui devienne demandeuse de solidarité européenne, et qu’elle soit déçue dans ses attentes sur ce point. Les relations germano-turques sont peut-être le dossier qui va marquer les prochaines années de l’Union européenne. 

 

 

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