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Une femme se fait vacciner contre la Covid-19 au Royaume-Uni.
Une femme se fait vacciner contre la Covid-19 au Royaume-Uni.
©Victoria Jones / POOL / AFP

SARS-Cov-2

Immunité collective à l’automne ? Voilà pourquoi c’est loin d’être aussi simple

Alors que beaucoup de questions se posent sur l'immunité collective et sur la stratégie du gouvernement face à la pandémie de Covid-19, des données en provenance du Royaume-Uni permettent de s'interroger sur l'efficacité des politiques sanitaires.

Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave est Biologiste médical, ancien Assistant Hospitalo-Universitaire en microbiologie et ancien Assistant Spécialiste en immunologie. 

Voir la bio »

Après ses premières déclarations du mois de juin à propos de "l'immunité collective" (https://twitter.com/C_A_Gustave/status/1404751691350745102?s=20), le Pr. Fischer récidive ce matin en évoquant l'atteinte d'immunité collective à l'automne, quand 90% de la population aura été immunisée, par vaccination ou par infection...

Décidemment, nos autorités sanitaires n'en finiront pas de malmener l'immunologie et la notion "d'immunité collective" !

Commençons par un rappel sur ce qu'est l'immunité grégaire (oui, c'est le terme exact puisque c'est une notion issue de la médecine vétérinaire)...

L'immunité grégaire est un concept permettant de calculer le pourcentage de bêtes à immuniser au sein d'un troupeau afin de protéger l'ensemble du cheptel.

Ce concept dépend directement du R-eff (le nombre de reproduction effectif) et vise à le rendre inférieur à 1 pour empêcher la circulation virale dans le troupeau...

Quand le pourcentage critique d'immunité grégaire est attient dans un troupeau, une bête ne peut plus transmettre le virus à plus d’une autre bête. Autrement dit, l'épidémie s'éteint spontanément.

Mais cela nécessite des conditions qui ne peuvent pas être réunies pour la COVID...

Tout d'abord, l'immunité acquise doit être "stérilisante". Un immunisé ne doit plus être ni contaminé, ni contaminant.

Ainsi, dans un modèle épidémiologique, chaque immunisé est exclu de la population exposée / susceptible au virus...

Pour le SARS-CoV-2, cette première condition n'est pas obtenue, ni par l'immunité naturelle (post-infection), ni par l'immunité vaccinale.

Les réinfections restent possibles. La transmission reste possible (https://twitter.com/DataDrivenMD/status/1420931469938024449?s=20)

Deuxièmement, le virus ciblé ne doit pas être capable d'échapper à l'immunité acquise.

Cela implique 2 conditions :

A] l'immunité doit être pérenne et ne pas s'atténuer avec le temps

B] le virus ne doit pas subir de dérive antigénique (échappement immunitaire)...

La condition A est déjà caduque vis-à-vis de SARS-CoV-2, pour lequel on note déjà une baisse de la réponse immunitaire à distance de l'immunisation, mais aussi une chute de la protection clinique :

La condition B est également caduque puisque de nouveaux variants émergent continuellement et se caractérisent notamment par une résistance partielle et une hausse à la neutralisation par nos anticorps, voire par un échappement à la reconnaissance par nos lymphocytes T...

L'exemple de la rougeole est souvent utilisé pour illustrer le concept d'immunité collective mais il est une exception très éloignée de la COVID et de SARS-CoV-2 (SC2) pour 3 raisons :

A] le virus de la rougeole se transmet, certes, par voie respiratoire, mais il reste très peu de temps dans les voies respiratoires (durant la phase prodromique), avant de passer en phase "virémique" (sang, cellules lymphoïdes et myéloïdes).

Le SARS-CoV-2 reste dans les voies respiratoires.

B] la protéine d'adhésion du virus de la rougeole tolère peu ou pas de mutations. Dès que sa structure change, le virus perd son pouvoir d'infection. Ainsi, le virus ne subit pas de dérive antigénique et ne peut pas échapper à notre immunité.

Le SARS-CoV-2 SC2 évolue et échappe.

C] le vaccin contre la rougeole (ROR) est un virus "atténué". C'est en fait une infection contrôlée, utilisant un virus modifié pour lui ôter sa virulence.

Suite à la vaccination, le virus atténué se réplique pendant des jours dans notre corps et induit une immunité robuste.

Tous les vaccins contre la COVID sont des vaccins dits "inertes", c'est-à-dire sans virus capable de se répliquer.

Ces technologies génèrent une stimulation immunitaire très fugace, et une immunité moins robuste et s'atténuant avec le temps.

Troisième condition pour l'immunité grégaire : le troupeau doit rester "clos", c'est-à-dire que :

- soit ses individus ne changent pas au cours du temps (pas d'arrivée de nouvelles bêtes)

- soit le pourcentage d'immunisés est constamment maintenu à un taux inférieur au seuil critique...

Ce troisième point est inapplicable pour l'Homme dont la population se renouvelle constamment, se déplace, voyage, migre, subi l'immunosénescence en prenant de l'âge (baisse d'activité du système immunitaire)....

Tout ceci peut m'être contesté, qualifié d'opinion ou pire...

Regardons alors des données de vie réelle pour voir si lorsque plus de 90% de la pop est immunisée, l'épidémie de COVID s'arrête ou pas... ou plus précisément, si elle repart ou pas...

Le Royaume-Uni fournit des données très régulièrement actualisées sur l'immunisation de sa population face à la COVID grâce aux études de séroprévalence réalisées par l'ONS et le PHE : https://ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/healthandsocialcare/conditionsanddiseases/articles/coronaviruscovid19latestinsights/antibodies

Les données de l'ONS et du PHE du Royaume-Uni montrent que dans tous les pays du Royaume-Uni, le pourcentage de population immunisée contre le SARS-CoV-2  est supérieur à 90% depuis le début juin au moins (dernière actualisation datant du 28/06/2021) !...

Cette immunisation repose sur la vaccination pour près de 60% des individus, et sur l'infection pour les 30% restants.

Le Royaume-Uni a donc atteint le fameux seuil "d'immunité collective" qu'on nous fait miroiter comme un arc-en-ciel (qui recule toujours au fur et à mesure qu'on s'en approche), depuis le début juin 2021 au moins !

Et pourtant son épidémie se poursuit très activement...

Pire, si on reprend les données épidémiologiques avec les nouveaux cas détectés chaque jour, on constate même une accélération de l'épidémie après mi-juin, et une décroissance récente qui commence à s'arrêter (à suivre pour surveiller un éventuel nouveau rebond).

On fait donc miroiter un horizon imaginaire, peut-être avec de bonnes intentions (soutien psychologique, incitation à la reprise...), mais avec probablement des résultats désastreux pour la crédibilité de la parole publique et scientifique quand la bise sera venue !

Pour retrouver le Thread de Claude-Alexandre Gustave, cliquez ICI

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