Hausse des salaires : petites leçons venues des Etats-Unis | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Hausse des salaires : petites leçons venues des Etats-Unis
©ARIF ALI / AFP

La preuve par le graphique

Hausse des salaires : petites leçons venues des Etats-Unis

De plus en plus d'entreprises américaines ont des difficultés à pourvoir certains postes. Les firmes sont alors contraintes d'augmenter les salaires de leurs employés afin de convaincre certains candidats. Cette pratique peut-elle être transposable en France ?

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

Voir la bio »

Atlantico.fr : Une proportion croissante d’entreprises américaines a des difficultés à pourvoir ses postes ce qui les poussent à augmenter les salaires de leurs employés. Cette situation est-elle transposable en France ?

Michel Ruimy : Cette tendance existe déjà en France mais ne concerne pas toutes les franges de la population active.

En effet, les quelque 20 millions de travailleurs non-cadres ont vu leur salaire brut progresser en 2018 et 2019. La rémunération annuelle moyenne a été revalorisée de près de 2% ces deux dernières années et, sur la dernière décennie, la variation globale a été de plus de 15%. Certes, les prix, eux aussi, ont évolué. Sur les dix dernières années, ils se sont accrus de près de 12%. La hausse des salaires a donc été supérieure à celle de l’inflation. C’est une bonne nouvelle pour la classe moyenne même si les travailleurs n’ont pas pour autant gagné au loto.

Cette revalorisation des feuilles de paie s’explique notamment par une reprise des embauches. Les patrons sont, en effet, prêts à payer plus pour attirer ou garder leurs collaborateurs. Pourtant, malgré cette compétition entre entreprises pour recruter, le chômage, en France, reste à un niveau élevé (8,5%). C’est un paradoxe qui ne cesse pas d’étonner. D’un côté, des entreprises qui peinent à recruter et, de l’autre, des demandeurs d’emploi qui ne parviennent pas à trouver un travail. Cette situation résulte d’une inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins des employeurs. 

Pour autant, a-t-on vraiment tout essayé pour résoudre ce décalage entre offre et demande de travail ? La mise en place d’un compte personnel de formation qui est attaché à une personne et non à une fonction est une très bonne chose mais le montant alloué est insuffisant. Avec 500 euros par an, le travailleur ne peut suivre que peu de formations alors que certaines actions essentielles coûtent parfois 5 000 euros ! Il conviendrait que son montant soit augmenté.

Quel est le lien direct entre cette pratique et l’augmentation de la croissance ?

Certains économistes estiment que la croissance repose avant tout sur la demande, d’autres la croient davantage impulsée par l’offre. 

Dans la mesure où les salariés ont certainement une inclination à consommer plus forte que ceux qui reçoivent des profits (les plus fortunés), une hausse de la rémunération devrait conduire à une hausse de la consommation. Cependant, si la demande augmente, les entreprises peuvent avoir moins d’incitations à investir (création d’une rente). D’un autre côté, si la part du travail diminue dans la répartition de la richesse créée c’est-à-dire si la part du profit augmente, les entreprises ont, a priori, plus de possibilités de financer leurs investissements. 

Mais, mis à part cet effet (ambigu) sur l’investissement, plusieurs choses amènent à penser que la hausse de la rémunération pourrait avoir un effet positif sur la productivité. C’est ce que suggèrent, par exemple, les théories du salaire d’efficience selon lesquelles une hausse des salaires motive les salariés à faire davantage d’efforts. D’autre part, cette augmentation des salaires, donc des coûts de production, peut conduire les entreprises à arbitrer entre travail et capital technique en innovant c’est-à-dire substituer de la main-d’œuvre par une introduction poussée de technologies dans le processus de production. 

Enfin, il ne faut pas non plus oublier que l’économie domestique n’est pas isolée du reste du monde. Or, une hausse des salaires, via ses effets sur les coûts de production, pourrait dégrader la compétitivité-prix des produits domestiques et ainsi déprimer les exportations. Une croissance économique tirée par la demande extérieure serait donc plutôt favorisée par un faible coût du travail.

Ainsi, si, sur le plan théorique, les choses sont loin d’être claires, la pratique montre qu’une hausse de la part du travail dans la répartition de la richesse créée est associée à un ralentissement de la croissance à court terme, mais à une accélération de celle-ci à long terme. 

Si l’aspect essentiel de la croissance pour l’économie n’est plus à démontrer, comment une telle pratique influe-t-elle sur la hausse du pouvoir d’achat et permet-elle de diminuer la pauvreté ?

Dans le contexte national actuel, il convient de prendre en compte un autre élément essentiel : pour améliorer l’emploi, il faut regarder notamment la politique de logement. En effet, les emplois se concentrent dans des zones où les travailleurs n’ont pas les moyens de se loger. Si vous devez mettre 100 euros par mois dans un plein d’essence ou autant dans votre logement, la proposition d’embauche est, de suite, moins attractive. Donc, si vous avez une hausse de votre salaire, il n’est pas certain que celle-ci améliore votre quotidien. 

D’autre part, dans un environnement peu inflationniste, si une augmentation de salaire accroît le pouvoir d’achat et réduit, dans une certaine mesure, la pauvreté, une diminution de la pression fiscale peut aussi avoir les mêmes conséquences. 

Tout ceci pour dire que la liaison entre hausse de salaire, accroissement du pouvoir d’achat et réduction des inégalités n’est pas aussi robuste que l’on croit. D’autant qu’il ne fait pas oublier que, sans redistribution, plus d’un Français sur cinq vivrait sous le seuil de pauvreté. En effet, le système redistributif permet de réduire de près de 8 points le taux de pauvreté en France. Dans l’immense majorité des cas,les prestations sociales, à elles seules, réduisent l’intensité de la pauvreté mais ne sont pas d’un montant suffisant pour passer au-dessus du seuil de pauvreté.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !