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Hausse des demandeurs d'emploi en août : pourquoi la situation des 50 ans et plus et des chômeurs de longue durée est particulièrement préoccupante
©Reuters

Promesses et faits

Hausse des demandeurs d'emploi en août : pourquoi la situation des 50 ans et plus et des chômeurs de longue durée est particulièrement préoccupante

Les données publiées hier par Pôle Emploi font état de 20 000 DEFM A supplémentaires (demandeurs d'emploi "fin de mois" tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi, sans emploi) en août 2015, pour arriver à un total de 3,57 millions (hausse de 0,6 % sur un mois et 4,6 % sur un an). Le drame de fond étant l’augmentation considérable (+10% en un an) des chômeurs de longue durée et de la catégorie des 50 ans et plus (+10 % en un an).

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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Atlantico : Comment expliquer la hausse du chômage sur le mois d'aout ? Ce mois peut-il être considéré comme représentatif ? Comment justifier, par ailleurs, la baisse du chômage des jeunes ?

Pierre-François Gouiffès  : Les données publiées hier par Pôle Emploi font état de 20 000 DEFM A supplémentaires (demandeurs d'emploi "fin de mois" tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi, sans emploi) en août 2015, pour arriver à un total de 3,57 millions (hausse de 0,6 % sur un mois et 4,6 % sur un an). Il ne faut pas exagérer les enseignements que l’on peut tirer des données d’un seul mois, données probablement plus importantes sur le plan politico-médiatique qu’en matière économique. Ce qui est important, c’est le fait la tendance générale n’est pas à la stabilisation et encore moins à la baisse pour des raisons tant conjoncturelles (la croissance de l’activité demeure faible) que structurelles. Le chômage des jeunes est stabilisé (mais avec un taux de chômage deux fois et demi supérieur au taux moyen) mais la situation est particulièrement préoccupante pour les 50 ans et plus (+10 % en un an).

Le gouvernement et François Hollande ont fait de la baisse du chômage en 2015 une véritable promesse. Peut-on encore y croire, ou est-ce définitivement terminé ?

Plus que tout autre président de la République ou même Premier ministre (souvenons-nous de la "bataille de l’emploi" de Dominique de Villepin il y a dix ans), François Hollande a fait de la baisse du chômage un marqueur puissant de son action et de sa réussite par la multiplication des engagements en la matière. Il faut donc d’abord se livrer à l’exégèse – un travail qui nécessite une certaine patience – des multiples déclarations faites tant par le Président que ses deux Premiers ministres ou l’un de ses trois ministres du travail successifs (Michel Sapin, François Rebsamen, Myriam El Khomri), déclarations qui visent souvent à actualiser, relativiser ou reporter les engagements énoncés précédemment.

François Hollande a en plus et à plusieurs reprises conditionné sa candidature à un nouveau mandat présidentiel à une inversion significative des chiffres du chômage. François Hollande annonçait par exemple sur TF1 le 9 septembre 2012 son engagement d’une baisse du chômage sous un an, un engament qui sera adapté plusieurs fois ensuite. Le dernier avatar est le couple constitué par sa déclaration assez générale lors de l’entretien télévisé du 14 juillet 2015  - "s’il n’y a pas de baisse du chômage, je l’ai dit plusieurs fois, je ne serai pas candidat" - et ses précisions lors du dîner annuel de l’Association de la presse présidentielle le 27 juillet 2015 - c’est dans l’année 2016 que cette baisse crédible doit apparaître. Il faut qu’il y ait une baisse du chômage tout au long de l’année 2016". Concernant l’année 2015, l’engagement pris était moins une baisse qu’une stabilisation du chômage. L’analyse des données démontre à ce jour le caractère plutôt périlleux de ces multiples promesses et en conséquence la nécessité permanente de les adapter. Concernant les seuls DEFM A, il y a eu seulement 6 baisses mensuelles contre 34 hausses mensuelles depuis mai 2012 et à fin aout 2015 676 800 DEFM A supplémentaires pour arriver au chiffre actuel de 3 571 600 (+23%). Pour l’année 2015, on compte à date (fin août 2015) 70 900 DEFM A en plus : il en faudrait autant en baisse sur les quatre derniers mois de l’année, ce qui n’est pas impossible mais compliqué compte-tenu du fait qu’il y a eu une baisse mensuelle seulement deux mois sur huit depuis le début de l’année.

Quels sont, aujourd'hui, les catégories qui risquent le plus de souffrir de la hausse du chômage ? Parallèlement, quels seront les plus épargnés ?

Je pense qu’il y a trois drames séparés. Le premier concerne les jeunes, puisqu’en dépit de bons chiffres récents l’accès à l’emploi des jeunes, en France comme dans tous les pays d’Europe du Sud, est particulièrement difficile avec un taux de chômage des moins de 25 ans de 24,2 % contre 10,3 % en moyenne. On constate par ailleurs une hausse particulièrement forte du chômage des plus de cinquante ans plutôt épargnés si on raisonne en stock (taux de chômage de 7,2 %). Mais le drame de fond est l’augmentation considérable (+10% en un an) des chômeurs de longue durée. Comme l’ont récemment écrit Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen au frontispice de leur ouvrage récent sur le droit du travail "depuis quarante ans, la France souffre d’une grave maladie sociale : le chômage de masse"). Espérons que la gravité de la situation amène la société française à accepter des solutions nouvelles pour soigner cette grave maladie.

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