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Google sera-t-il notre médecin demain ?
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Docteur Google

Google sera-t-il notre médecin demain ?

Après les Google Glass, après le rachat de la start-up à l'origine du thermostat intelligent Nest, Google se lance dans la lentille intelligente. Une lentille high-tech capable de mesurer le taux de sucre dans le sang afin de rendre service aux diabétiques.

Roland Moreau

Roland Moreau

Roland Moreau est biophysicien et inspecteur général des Affaires sociales.

Il a notamment écrit L'immortalité est pour demain (Bourin Editeur, 2010). 

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Atlantico : Pour éviter le désagréable moment de la piqure aux diabétiques, Google a mis au point une lentille intelligente mesurant le taux de sucre dans le sang à partir des larmes. Google souhaite que son prototype soit certifié par l'administration américaine des médicaments (FDA). Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le fonctionnement de cette lentille intelligente ? Est-elle fiable ? Est-ce un prototype sérieux ?

Roland Moreau : Il s’agit d’une lentille de contact que l’on place sur la cornée de l’œil  afin de mesurer le taux de glucose dans les larmes . Un capteur de glucose miniaturisé et une petite puce connectée sont placés entre les deux couches de matériaux  de la lentille. Cette nouvelle technique permet de mesurer le glucose des larmes en temps réel. Il est prévu d’intégrer dans le dispositif des signaux lumineux destinés à prévenir les utilisateurs lorsque les seuils de taux de glucose sont dépassés.                                                                          

Cet ingénieux procédé serait extrêmement utile pour tous les patients atteints de diabète . Pour les diabétiques de type 1 (insulino-dépendants) il éviterait les multiples piqûres quotidiennes pour mesurer la glycémie et déterminer le dosage de l’insuline à injecter. Pour les diabètes de type 2 (les plus fréquents) il permettrait de mettre en œuvre une prévention individuelle particulièrement efficace. En fonction de son taux de glycémie, chacun pourrait adapter soi-même son régime alimentaire, son activité physique  et son éventuel traitement antidiabétique. Cette innovation apporterait donc, à la fois, une amélioration considérable de la qualité de vie des diabétiques insulino - dépendants et une diminution du nombre des diabétiques de type 2.

Il faut  souligner que la progression du nombre des diabétiques est impressionnante. Il existe trois millions de diabétiques en France et leur nombre a  presque doublé en 10 ans. A l’échelle mondiale, l’ OMS considère qu’’il s’agit d’une véritable « épidémie » dont les effets sont dévastateurs en raison de la gravité des complications ( cécité, complications cardiovasculaires, insuffisance rénale …)

Si l’utilité de la lentille de contact de Google est – en théorie – indiscutable, sa fiabilité n’est pas encore établie. Il faudrait en particulier étalonner de façon rigoureuse le taux de glucose dans les larmes en fonction du taux de la glycémie sanguine. Seul un essai sur un très grand nombre de sujets (normaux et diabétiques) permettra d’affirmer le sérieux de cette  innovation.

Les ingénieurs de smartphones et autres produits high-tech ont à peu près fait le tour des innovations. En outre, les Google Glass ont déçu pas mal de spécialistes les ayant testées. Alors le secteur médical est-il l'avenir du high-tech ?

Le domaine médical est effectivement un secteur d’avenir pour les high- tech, comme on peut le voir dans les développements récents tels que le cœur artificiel, les bras et les mains artificiels commandés par le cerveau, la télécommande d’un ordinateur directement relié au cerveau.                                                   

Il semblerait que le domaine médical soit aussi un secteur d’avenir pour Google qui a créé récemment sa filiale Calico dont l’objectif est de « relever le  défi de l’âge et des maladies associées ». On peut s’interroger sur cet intérêt soudain de Google pour la médecine. Les dirigeants de Google ont compris que les médecins et les laboratoires de recherche recueillent et analysent un nombre énorme d’informations sur les malades qu’ils suivent. Or  le pouvoir et la richesse de Google reposent sur les gigantesques bases de données… On mesure les conséquences et les dérives « big brotheriennes » de cette prise de contrôle de Google sur la santé des populations ! Le secret des données médicale personnelles volera en éclats et, inéluctablement, les assurances, les laboratoires pharmaceutiques et les employeurs accèderont à ces données qu’ils achèteront très cher à Google.  

L'homme "santé high-tech" de Google s'appelle Ray Kurzweil. La presse le présente comme un fou ! Et pour cause, il croit en l'immortalité via l'intelligence artificielle ! Nous serions en effet, d'ici 30 ans, capables de transférer notre personnalité dans un ordinateur et ainsi devenir immortels… Mais jusqu'où Google va-t-il aller dans le médical ? Quels sont ses projets les plus délirants ? Ces projets sont-ils réalisables ?

Raymond Kurzweil est un génie de l’informatique, mais ses élucubrations sont particulièrement inquiétantes. Il appartient depuis longtemps au mouvement transhumaniste, créé aux Etats-Unis il y a une trentaine d’années, et qui a pour objectif d’augmenter toutes les performances et caractéristiques humaines (intelligence , force physique , longévité..) par tous les moyens techniques (manipulations génétiques, bio-nanotechnologies, neurosciences, informatique…). Ce mouvement, soutenu officiellement par le gouvernement américain, n’est pas un club de farfelus : il regroupe des titulaires du prix Nobel, des dirigeants d’entreprises mondiales (dont Google ), et des milliers d’universitaires et de chercheurs. La récente arrivée de Raymond Kurzweil dans l’équipe dirigeante de Google n’est pas innocente et son projet donne froid dans le dos. Il  consiste à téléverser le contenu informationnel d’un cerveau humain sur un support digital. Ce n’est pas seulement la mémoire, mais les logiciels de l’intégralité du fonctionnement du cerveau (intelligence, sentiments…) qui seraient enfermés  dans une structure physique ad aeternam, à moins qu’un être humain compatissant – ou malveillant – ne coupe le courant !

Cette démarche va beaucoup plus loin que l’intelligence artificielle ou les modèles mathématiques de cerveau  tels que celui qui se  développe actuellement à l’école polytechnique de Lausanne (projet Blue Brain). Il s’agit bien d’un transfert de la conscience humaine sur un support matériel : une immortalité  désincarnée. Fort heureusement , ce projet n’est pas réalisable en l’état actuel de nos connaissances théoriques, mais les savoirs progressent rapidement et l’on ne peut rien prédire à l’horizon de plusieurs siècles.

En revanche , d’autres projets faisant appel à la « médecine régénératrice » ou à l’utilisation de molécules qui « réparent » les dégâts du vieillissement à l’échelle cellulaire permettent d’envisager une augmentation importante de l’espérance de vie (150 à 200 ans) dans un avenir relativement proche, sans doute quelques décennies.

Le dessein de Google est-il louable ? Se veut-il un médecin mais high-tech, ou, souhaite-t-il davantage entrer dans notre vie pour mieux nous surveiller… voire nous contrôler ?

Avec Google, le diable n'est pas dans les détails mais dans ses projets à long terme. Des innovations techniques ponctuelles telles que la lentille pour les diabétiques ou la voiture sans conducteur sont particulièrement louables puisqu’elles permettront, si elles se réalisent , d’éviter chaque année dans le monde des dizaines de millions de décès ou d’invalidités par complications du diabète ou par accident de la route. Il s’agira alors d’initiatives intelligentes et remarquablement efficaces en termes de santé publique .

En ce qui concerne les grand projets , proches d’un délire de toute puissance, tels que le recueil et la gestion des données médicales mondiales ou le transfert de cerveaux humains, Google tend à devenir Big Brother et Frankenstein réunis !

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