Goodyear : quand la CGT teste l'imprévisibilité des tribunaux | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
L'affaire Goodyear montre que la justice est très inégale sur le territoire. Des mêmes faits, ou très proches, peuvent donner lieu sans explication à des différences d'appréciation et de jugement selon le magistrat sur qui l'accusé a le malheur de tomber.
L'affaire Goodyear montre que la justice est très inégale sur le territoire. Des mêmes faits, ou très proches, peuvent donner lieu sans explication à des différences d'appréciation et de jugement selon le magistrat sur qui l'accusé a le malheur de tomber.
©Reuters

La justice inégale ?

Goodyear : quand la CGT teste l'imprévisibilité des tribunaux

Condamnés en première instance à neuf mois de prison ferme pour la séquestration de deux cadres dirigeants de leur entreprise pendant trente heure, les huit salariés de Goodyear mis en cause avaient décidé de faire appel.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

Voir la bio »

Le procès en appel des Goodyear s'est tenu hier. Il a permis de commuer la peine de prison ferme en prison avec sursis pour les accusés. La décision reste néanmoins lourde et tranche avec d'autres affaires similaires où les accusés ont été relaxés. Pour la CGT, c'est l'occasion de tester l'imprévisibilité d'une justice aléatoire qu'elle défend par ailleurs lorsqu'elle s'exerce au bénéfice des salariés.

Des faits similaires, des peines différentes

Sur le fond, l'affaire Goodyear montre que la justice est très inégale sur le territoire. Des mêmes faits, ou des faits très proches, peuvent donner lieu, sans raison explicable, à des différences d'appréciation et de jugement selon le magistrat sur qui l'accusé a le malheur de tomber ou de ne pas tomber.

Ainsi, quand Olivier Besancenot avait séquestré des cadres de la Poste, il avait bénéficié d'une relaxe. Pourquoi ce qui est admis à Paris ne l'est pas à Amiens ? Personne ne le sait, et peut-être n'y a-t-il pas d'explication autre que celle du caprice temporaire du magistrat.

Evidemment, ce qui insupporte la CGT dans ce dossier, c'est le caractère totalement imprévisible des décisions judiciaires.

Une réalité courante pour les employeurs

À chacun son tour, est-on tenté de dire. L'imprévisibilité de la justice est en effet le lot quotidien des employeurs, notamment ceux qui sont exposés au risque prudhommal. Selon la doctrine populiste en vigueur qui veut que les protections des salariés soient en expansion constante, beaucoup de salariés se sentent en effet autorisés à saisir les prudhommes de demandes fantaisistes en pariant sur la loterie que constitue cette justice non professionnelle. De fait, ce jeu de hasard peut donner de jolis lots de consolation aux salariés qui le tentent, au grand dam des employeurs qui comprennent rarement ce qui leur arrive.

La CGT a combattu l'encadrement du système

Rappelons là encore que la CGT, lors du débat sur la loi Travail, a combattu farouchement l'encadrement des indemnités de licenciement. Ce combat pouvait avoir du sens. Il n'en reste pas moins que la CGT ne peut raisonnablement prétendre distinguer de cette façon deux poids et deux mesures. On ne peut, un jour, lutter contre les restrictions des peines, et les revendiquer le lendemain.

Ce manque de cohérence frappe de plein fouet ses militants aujourd'hui.

La lutte révolutionnaire a du plomb dans l'aile

Plus profondément, c'est le principe de la lutte révolutionnaire et des formes anciennes de combat qui est mis en cause. Progressivement, la société française tolère de moins en moins l'action syndicale violente. Le fait mérite d'être relevé. Alors que la lutte anarcho-syndicaliste a longtemps bénéficié d'une perception bienveillante en France, notamment parmi les magistrats (ce qui explique la clémence des peines dans d'autres affaires identiques), la société française a changé en profondeur durant ces dernières années, et le recours à la violence dans l'action syndicale est de moins en moins bien vécu et accepté.

L'émergence de nouvelles formes de luttes

Dans le même temps, même si les syndicats cherchent à juguler ce mouvement, l'action syndicale a changé de visage. C'est particulièrement vrai dans le secteur du commerce où l'intersyndicale Clic-P a renouvelé en profondeur les formes de la lutte. Abandonnant le recours à la grève et à l'action collective comme mode d'action privilégié, Clic-P a structuré un mode opératoire essentiellement fondé sur l'action juridique.

Des Goodyear et de leurs séquestrations humiliantes aux recours contentieux de Clic-P, c'est l'histoire d'un certain syndicalisme qui se déroule sous nos yeux, et qui laisse planer un doute sur la viabilité de la tradition syndicale française dans un monde de plus en plus judiciarisé.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !