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Géographie de la France sinistrée : comment des villes entières se sont retrouvées plombées par la crise de l'industrie automobile
©BILL PUGLIANO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

A la casse

Géographie de la France sinistrée : comment des villes entières se sont retrouvées plombées par la crise de l'industrie automobile

Les récentes études portant sur l’évolution territorialisée de l’emploi en France depuis la crise de 2008 montrent que les grandes métropoles sont, en règle générale, beaucoup plus dynamiques que le reste du territoire hexagonal. Néanmoins, au sein même d’espaces dynamiques, certains territoires peuvent être perdants, contribuant à la paupérisation d’une partie de leur population.

Les récentes études (dont celles de Laurent Davezies, de l’Insee ou de France Stratégie) portant sur l’évolution territorialisée de l’emploi en France depuis la crise de 2008, réalisées à l’échelle des zones d’emploi ou des aires urbaines de l’Insee, montrent que les grandes métropoles sont, en règle générale, beaucoup plus dynamiques que le reste du territoire hexagonal. Néanmoins, aucune étude ne s’est intéressée à aller plus en détail, c’est à dire à l’échelle communale, qui permet d’affiner la question. En effet, au sein même d’espaces dynamiques, les grandes métropoles, certains territoires peuvent être perdants, contribuant à la paupérisation d’une partie de leur population. A contrario, il peut exister des espaces dynamiques dans des zones de la « France Périphérique » globalement déclinantes.

L’objet de cet article est donc d’analyser l’évolution de l’emploi dans les communes comptant plus de 10 000 emplois en 2013, en individualisant les 20 communes connaissant la plus forte croissance de leur nombre d’emplois des 20 communes subissant le déclin le plus important en pourcentage. Ce travail repose sur les données issues des recensements de l’Insee, qui, comme pour la population municipale, peuvent être entachées d’un biais du fait de la qualité insatisfaisante de la nouvelle méthode de recensement à l’échelle locale. Cependant, les tendances sur une période de cinq ans pour les communes affichant les plus fortes variations sont suffisamment franches pour ne faire guère l’ombre d’un doute. 

Concernant la liste des 20 « communes perdantes », il est possible de tirer plusieurs enseignements.

Le premier, qui confirme les analyses précédentes à l’échelle des aires urbaines ou des zones d’emploi, montre que les agglomérations de taille moyenne sont plus touchées par le déclin de l’emploi, puisque 11 des 20 communes concernées sont situées en-dehors des grandes métropoles, soit les agglomérations de Montbéliard (Sochaux), Saint-Omer (Arques),  Saint-Chamond, Flers, Saint-Dié-des-Vosges, Troyes, Laon, Montluçon, Douai, Mulhouse et Châteauroux.

Le deuxième enseignement, qui constitue l’apport principal de l’analyse à l’échelle communale, est l’impact majeur de l’industrie automobile, particulièrement touchée par la crise, et, plus particulièrement, du groupe PSA et de ses sous-traitants. Le déclin de l’emploi le plus élevé de France, soit une perte de 18 % en cinq ans, se retrouve à Sochaux, usine-mère du groupe PSA et les communes d’Aulnay-sous-Bois, Mulhouse et Flers (Faurecia) apparaissent aussi dans la liste. Par ailleurs, d’autres communes, où est présente l’industrie lourde, ont aussi fortement souffert, comme les verreries d’Arques ou le secteur de la métallurgie/pétrochimie de Fos-sur-Mer.

Enfin, dernier enseignement, qui n’en est pas des moindres, si l’analyse de l’évolution de l’emploi à l’échelle des aires urbaines témoigne des meilleures performances des grandes métropoles, il n’empêche que plusieurs communes d’Ile de France ont connu un fort déclin de l’emploi pour des raisons variées : Roissy-en-France et Orly, qui abritent les deux principaux aéroports de la capitale, car le transport aérien réduit temporairement ses effectifs en période de crise, Aulnay-sous-Bois du fait de PSA ou encore Brétigny-sur-Orge suite à la fermeture de la base aérienne 217. 

Concernant la liste des 20 « communes gagnantes », il est aussi possible de tirer plusieurs enseignements.

Comme pour la liste des 20 « communes perdantes », nous avons la confirmation du phénomène de métropolisation de l’emploi puisque 19 des 20 « communes gagnantes » sont situées dans des grandes métropoles les plus peuplées du pays, à commencer par la première d’entre elle, Paris, avec pas moins de 14 communes en Ile de France, trois autres se localisant dans la banlieue de Toulouse, une autre dans la périphérie de Lyon et une dernière dans les environs de Marseille. La seule « petite ville », qui constitue l’exception à la règle, est la commune de Pierrelatte, liée au développement de l’ensemble nucléaire de Tricastin (nouvelle usine Georges Besse 2), qui relève du complexe militaro-industriel.

La majorité des communes franciliennes les plus dynamiques se caractérisent par un développement de l’emploi tertiaire supérieur, consécutif de grandes opérations d’urbanisme à vocation de bureaux sur leur territoire, bien souvent en lieu et place d’anciennes friches industrielles, comme c’est le cas pour certaines communes limitrophes ou proches de la capitale : Issy-les-Moulineaux (Microsoft), Montrouge (siège du Crédit Agricole), Arcueil (Orange), Le Kremlin-Bicêtre (Crédit Agricole), Saint-Denis (siège de la SNCF), Bois-Colombes (IBM France), Meudon, Villejuif (Crédit Lyonnais), ou encore Gennevilliers (Thales). L’emploi progresse aussi fortement dans quelques communes de Grande Couronne qui ont mené des politiques actives de construction de bureaux et/ou d’entrepôts : Massy (quartier Atlantis à côté de la gare TGV), Chilly-Mazarin, Bezons (Atos) et Tremblay en France. Il se distingue aussi le cas particulier de Chessy avec l’extension du parc d’attractions Disneyland Paris. Il faut cependant garder en tête que nous avons affaire à la fois à des processus de création nette d’emploi et à des phénomènes de redéploiement de l’emploi de Paris intra-muros (ou de La Défense pour IBM France à Bois-Colombes) vers la périphérie proche. En province, les « communes gagnantes » témoignent principalement de l’impact de l’industrie aéronautique, et plus spécifiquement du groupe Airbus et de ses sous-traitants dans l’agglomération toulousaine (Colomiers, Blagnac et Balma) et à Marignane (Airbus Helicopters, ex-Eurocopter). Par ailleurs, la croissance de l’emploi à Saint-Priest, près de Lyon, est la conséquence de la mise en place d’un technopôle.

Un dernier enseignement permet de lutter contre une idée reçue, fortement diffusée dans le monde politique, le développement économique n’est pas systématiquement source de richesse pour les populations résidentes des territoires concernés. En effet, en Ile de France, l’emploi est très dynamique dans certaines communes à populations pauvres, comme Saint-Denis, Villejuif ou Gennevilliers, donc il n’y a pas de corrélation directe entre création d’emplois en un lieu donné et réduction massive de la pauvreté car la majorité des nouveaux emplois sont occupés par des personnes habitant à l’extérieur de la commune, les populations résidentes n’ayant pas le niveau de qualification requis pour pouvoir postuler.

En définitive, l’évolution de l’emploi à l’échelle communale pendant la crise apparaît fortement dépendante du dynamisme des secteurs d’activités présents, les territoires perdants le doivent à l’automobile, les territoires gagnants au tertiaire supérieur et à l’industrie aéronautique. Par ailleurs, les communes des grandes métropoles n’ont pas toutes été épargnées par la crise et création d’emploi ne signifie pas forcément amélioration de la situation sociale des populations résidentes du fait d’une inadéquation concernant le niveau de qualification entre l’offre et la demande.  

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