Gauche sociale-libérale 1 - gauche à la papa 0 : comment les régionales ont tranché le débat idéologique (et quelques têtes) | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Gauche sociale-libérale 1 - gauche à la papa 0 : comment les régionales ont tranché le débat idéologique (et quelques têtes)
©Reuters

Stratégie gauche

Gauche sociale-libérale 1 - gauche à la papa 0 : comment les régionales ont tranché le débat idéologique (et quelques têtes)

Avec 31,72% des suffrages exprimés lors de ces élections régionales, le PS et ses alliés accusent un retard de près de 10 points sur la coalition LR-UDI-MoDem, tandis que le FN grignote et n'a plus que 4 petits points de retard. Un échec à méditer pour les socialistes, le tout en clarifiant ses positions idéologiques.

Jacques Julliard

Jacques Julliard

Jacques Julliard est journaliste, essayiste, historien de formation et ancien responsable syndical. Il est éditorialiste à Marianne, et l'auteur de "La Gauche et le peuple" aux éditions Flammarion.

Voir la bio »

En quoi les résultats des régionales peuvent-ils permettre une clarification idéologique de ce qu’est la gauche ? Les deux régions où elle disparaît, c’est, semble-t-il, le PS le plus populaire, alors que le PS social libéral, incarné par M. Le Drian et M. Rousset, se maintient. Que faut-il en déduire ?

Jacques Juillard : On peut se poser la question de savoir s’il s’agit d’un simple hasard ou au contraire d’un fait structurel. Je ne suis pas certain que l’électeur ait véritablement opté entre ces deux visions du socialisme. D’autant que dans chacune des régions, il n’avait pas le choix. C’était soit la gauche radicale, la gauche de la gauche, soit la gauche libérale. Mais il est vrai que le socialisme modéré, que l’on peut appeler hollandiste, a mieux résisté que les vieilles terres socialistes. Pourquoi ces dernières ont-elles davantage flanché ? Peut-être pas à cause de leur idéologie, d’autant plus que le socialisme marseillais n’est pas non plus d’un radicalisme social forcené (sourire), mais sans doute plus parce qu’il s’agit de vieilles terres où le socialisme s’était énormément bureaucratisé sans se renouveler. Si je compare avec la Bretagne, Emmanuel Todd et Hervé Lebras parlent d’une forme de christianisme zombi. Et je pense que le socialisme y a hérité, au moins pour partie, de ce christianisme zombi. On peut voir dans le cœur des citoyens un socialisme encore une fois très bureaucratisé. L’annonce de cet effondrement de ce socialisme traditionnel est déjà très ancienne dans la région de Marseille mais aussi en Picardie-Nord-Pas-de-Calais même si cette tendance avait été longtemps gommée et camouflée par la personnalité très humaniste et généreuse de Pierre Mauroy. Mais les bases de cet effondrement existaient déjà là-bas.

Les « affaires » socialistes dans le Nord ont probablement accentué cette tendance ces dernières années ?

C’est aussi à cela que je pensais. Ajoutez à cela que les fondements sociaux dans le Nord, c’est-à-dire, le charbon et la grande industrie, sont en plein déclin. Et il n’y a donc pas de renouvellement du terreau socialiste.  

En fonction du choix idéologique opéré, en quoi ce pourrait-être révélateur de la stratégie du PS ?

Je crois qu’il faut signaler que le socialisme modéré et libéral est plus populaire que le socialisme doctrinaire et fondé sur la redistribution. Lorsque l’on observe avec attention les sondages, on s’aperçoit, contrairement à ce qui est dit partout, que la population, notamment de gauche, est tout à fait favorable à un renforcement des entreprises, à savoir du capitalisme. Je me souviens notamment de l’un d’entre eux qui demandait : Est-ce qu’on aide suffisamment les entreprises ? Et la réponse était : « Non. » Autrement dit, l’orientation récente du socialisme plus libéral n’est pas du tout impopulaire. Ce qui est impopulaire c’est que ça ne marche pas. Mais cela ne fonctionne pas, peut-être parce qu’ils s’y sont pris trop tard, et parce qu’on a trop mélangé la chèvre et le chou, ce qui est conforme à la nature profonde du PS.

Les frondeurs ou la gauche de la gauche recrute davantage dans les milieux « bobos » que dans les milieux populaire, et notamment ouvriers. On voit bien que notamment le Front de Gauche a une clientèle ouvrière très faible. Ce sont les bourgeois qui sont les plus radicaux alors que la classe ouvrière qui a toujours été sociale-démocrate mis à part de la grosse « parenthèse » communiste. D’une manière générale, les ouvriers sont plus modérés dans leurs options économiques que la bourgeoisie radicale.     

En quoi la gauche de la gauche, les frondeurs, peuvent-ils stopper cette évolution ou au contraire l’enrichir ? Ont-ils encore du poids après ces régionales ?

On a toujours eu en France cette logique de frondeurs. C’est une forme de bourgeoisie radicale qui est coupée la plupart du temps des réalités ouvrières et populaires. C’est un classique en France. Mais je suis assez circonspect quant à leur avenir car ils n’ont pas de programme. La vérité c’est qu’il propose de reverser sous la forme de redistribution une partie de ce que François Hollande a consacré aux entreprises, c’est-à-dire à l’investissement. Et de ce point de vue là, lorsque l’on regarde ce que préconisent les frondeurs économiquement, c’est très faiblard. Ça ne débouche pas sur une véritable reconstruction de l’économie française. Or les classes populaires souhaitent qu’il y ait toujours des usines. Ils savent que sans elles, il n’y a pas d’ouvriers. Donc les frondeurs sont un phénomène beaucoup plus politiques que sociales.      

L’idée du grand remplacement théorisé par Renaud Camus et soufflée par Terra Nova au PS est-elle un échec temporaire ou définitif des socialistes au regard de ces élections régionales ?

A mon avis, c’est un échec. Je lisais très récemment que l’un des nouveaux dirigeants de Terra Nova, Thierry Pêche. Il désavouait le fameux article de Terra Nova sur ce que vous appelez le « remplacement ». Il se rend non seulement compte que c’est très impopulaire mais aussi qu’il n’y a pas de débouchés. Une gauche coupée du peuple ce n’est plus grand-chose. Et comme les électeurs préfèrent l’original à la copie ils préféreront le centre-droit à ce socialisme. Si une gauche, même modérée, abandonne le peuple ou renonce à la clientèle du peuple, elle n’est plus rien. Comme le disait Manuel Valls, celle-ci peut très bien disparaître. Donc je crois, effectivement, que le coup de semonce formidable c’est quand même cette implantation de plus en plus large du FN dans les couches populaires qui est un véritable affront pour tout homme de gauche.        

La gauche a-t-elle compris la menace du FN ? Et a-t-elle les bonnes solutions ?

Le problème c’est qu’il est un peu tôt pour répondre à cette question. Mais pour l’instant je dois avouer que je n’ai pas vu de changement. Cette tendance à réduire l’électeur à une sorte d’acteur économique. Tous les discours que j’ai entendus hier soir disent : « Le FN parle de l’immigration mais le vrai problème c’est le chômage. » On réduit l’électeur à sa fonction économique et on observe une sorte déni de sa capacité à raisonner en termes politique. C’est comme un choc de Pavlov. L’idée est de dire que quand il y a du chômage, le vote FN augmente. Or à cause de cela, on fait l’impasse sur la question de l’immigration, qui est très importante et même déterminante pour l’électorat Front national. Donc tant que la gauche socialiste ne se ré-enracinera pas dans les milieux populaires, il y aura cette réflexion bourgeoise à réduire l’ouvrier à sa fonction économique. Et je ne vois pas pour le moment, une prise en compte de cet enjeu là.      

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !