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Et pendant ce temps-là à gauche, un autre trio infernal : entre Hollande, Valls et Montebourg, qui a les meilleurs fondamentaux sur l’électorat PS ?
©Reuters

C'est partout pareil

Et pendant ce temps-là à gauche, un autre trio infernal : entre Hollande, Valls et Montebourg, qui a les meilleurs fondamentaux sur l’électorat PS ?

Alors qu'a lieu ce dimanche le premier tour de la primaire de la droite et du centre, la gauche de gouvernement devra, elle aussi, faire un choix crucial dans les prochains mois. Entre François Hollande, Manuel Valls et Arnaud Montebourg, petit comparatif pour essayer de déterminer qui aurait le plus de chances de briller en mai 2017.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections. Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques. Il est notamment l'auteur de Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? (éditions de La Documentation Française, 2014) et Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) avec Anne Muxel (Classiques Garnier, 2019).

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François Hollande

Traits de personnalité : Depuis sa campagne électorale et son élection en 2012, les traits de personnalité que les Français reconnaissaient alors à François Hollande ont beaucoup changé. L’image du "candidat normal" s’est bien sûr considérablement dégradée sous l’effet de l’exercice du pouvoir. Mais François Hollande a conservé néanmoins, même si là encore c’est à la baisse, une image de proximité et de simplicité. Son action internationale, qui semble plutôt réussie avec le Mali par exemple, ne lui permet néanmoins pas de bénéficier d’une forte image de pouvoir exécutif au sens plein du terme, le pouvoir de commander. C’est sans doute à cause du fait qu’il n’a pas semblé pouvoir "commander" sur l’économie et le chômage. Le niveau d’impopularité qu’il a aujourd’hui atteint semble ne pas lui permettre de rebond dans l’opinion, sauf peut-être dans le cadre d’une campagne électorale qui polariserait sur le combat gauche-droite. Ce handicap de départ, si François Hollande souhaitait candidater pour 2017, est sans doute compensé par l’image forte qu’il a pu avoir au moment de Charlie. Le bénéfice de cette forte image s’est évaporé mais François Hollande a néanmoins marqué les Français à ce moment-là. Par ailleurs, son image de simplicité, même si elle a souffert de ses déboires personnels et de l’énigme de ses confidences auprès des journalistes, est une donnée intéressante dans un contexte où les Français doutent beaucoup des hommes politiques. 

Adaptation à l'électorat : Sous le mandat de François Hollande, la sociologie de l’électorat potentiel d’un candidat socialiste s’est rétrécie. Il existe toujours des zones de force, notamment dans le secteur public ou chez les cadres moyens, mais en général la sociologie est assez indifférenciée, sans réel "bastion sociologique". Cela vient du fait que l’exercice du pouvoir a déçu cet électorat et qu’il n’est pas facile pour des électeurs de gauche de fortement soutenir un candidat et son parti quand ceux-ci donnent le sentiment de ne pas avoir tenu leurs promesses. L’électorat socialiste est déboussolé. Mais François Hollande représente dans le même temps un point d’équilibre entre différentes composantes du PS et même de la gauche. Il est "social-démocrate" mais pas "social-libéral", en tout cas c’est ainsi qu’il se présente aux yeux des électeurs socialistes. Son principal problème reste néanmoins son bilan économique et notamment sur le front du chômage qu’il a lui-même érigé en juge de son action. 

Manuel Valls

Traits de personnalité : Manuel Valls dispose dans l’électorat d’une image de volonté, de verticalité et d’autorité. On a aujourd’hui oublié qu’il fut quasiment le seul ministre populaire du gouvernement Ayrault.  Son image d’autorité est parfois perçue moins positivement, comme de l’autoritarisme plutôt que de l’autorité. Les épisodes du 49.3 ont en effet marqué l’opinion à gauche.  Mais globalement, il dispose d’une base d’image intéressante pour une élection présidentielle car il s’agit d’élire un "chef"

Adaptation à l'électorat : Si Manuel Valls se présentait à la primaire de la gauche, il aurait tout d’abord une équation pas totalement simple à résoudre : il se présenterait car François Hollande aurait renoncé et il apparaitrait ainsi comme un candidat "par défaut". Par ailleurs, il ne pourrait se démarquer du bilan du chef de l’Etat, ayant été son second Premier ministre. Enfin, Manuel Valls ne fait pas, politiquement, consensus au sein du PS et plus largement de la gauche. Il occupe un créneau particulier, celui d’une gauche du réel, qui incarne aussi bien la loi et l’ordre public que l’économie de marché et l’ouverture de la France à l’intégration économique globale. Manuel Valls présenterait un avantage en termes d’adaptation à l’électorat au sens où son image colle bien à une facette du pouvoir présidentiel, le sens de l’autorité et du commandement. Sa posture assez verticale, ses appels constants aux valeurs républicaines, complètent assez bien ce tableau. En revanche, il est sans aucun doute beaucoup plus "clivant" que François Hollande au sein de la gauche. Il voulait, dès la primaire de 2007, débaptiser le PS, en finir avec les 35 heures. Il a longtemps incarné une sorte de "Tony Blair français", une image qui n’est pas la meilleure garantie de popularité dans la gauche française. Dans le même temps, il pourrait, dans le contexte de la menace terroriste, capitaliser sur son image d’autorité et de fermeté dans le domaine de la sécurité publique. 

Arnaud Montebourg

Traits de personnalité : L’un des principaux traits d’image d’Arnaud Montebourg est la volonté combinée à une certaine indépendance d’esprit. Le public a retenu l’homme du "made in France", celui qui défend les entreprises françaises, sans doute davantage que l’homme de la "démondialisation". Le public a aussi retenu sa sortie spectaculaire du gouvernement et "la cuvée du président".  Mais Arnaud Montebourg a sans doute une image moins nette que Manuel Valls dans le public : il a aussi l’image de quelqu’un de plus versatile, qui sort du jeu politique puis y revient. 

Adaptation à l'électorat : Arnaud Montebourg est sans doute celui des trois candidats que nous comparons ici le plus à même de rassembler des couches disparates de l’électorat de gauche dans une campagne présidentielle car sa posture "made in France" lui permettrait de s’attirer les votes de la frange la moins favorable à la mondialisation. Or, cette question fait débat et clivage à gauche. Il pourrait donc, plus facilement que Manuel Valls ou François Hollande, couvrir cette partie de la gauche qui va de l’extrême gauche à l’aile gauche du PS, en passant par Jean-Luc Mélenchon. Sa sortie du gouvernement lui permet, en plus, d’être en cohérence vis-à-vis du bilan de François Hollande. En revanche, sa posture présidentielle aura plus de mal à s’affirmer en tant qu’incarnation du pouvoir exécutif. Et dans le cadre d’une élection présidentielle cela compte quand même beaucoup. De même, il aurait du mal à convaincre l’aile droite de l’électorat socialiste qui a intégré les contraintes budgétaires et européennes. 

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