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Frexit : ce que l'histoire du Non de 2005 ou du Oui à Maastricht nous apprend sur l'issue probable d'un référendum sur une sortie de la France de l'Europe
©REUTERS / Neil Hall

Leçons

Frexit : ce que l'histoire du Non de 2005 ou du Oui à Maastricht nous apprend sur l'issue probable d'un référendum sur une sortie de la France de l'Europe

Alors que plusieurs sondages sur la question de l'appartenance de la France à l'Union européenne ont vu le jour depuis le vote sur le Brexit, l'histoire récente nous montre que l'opinion des Français sur ce sujet peut être particulièrement volatile.

Erwan Lestrohan

Erwan Lestrohan

Erwan Lestrohan est directeur d'études à l'Institut BVA.

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Atlantico : Au lendemain du Brexit, les sondages montraient que dans l'hypothèse d'un référendum similaire en France, une majorité des citoyens français auraient voté pour rester au sein de l'Union européenne. Le sondage effectué par YouGov pour Itélé et le Huffington Post le 7 juillet confirme cette tendance : 49% des Français comptent rester dans l'Union, contre 30% qui veulent en sortir. Cependant, le cas du référendum de 2005 montre bien que la situation peut s'inverser rapidement : le camp du Non avait alors gagné plus de 10 points d'intentions de vote dans les quelques mois précédant l'échéance électorale. Une telle situation est-elle encore envisageable en France ?

Erwan Lestrohan : C’est en effet envisageable. Il faut d’abord avoir en tête que, sondages après sondages, deux tiers des Français ont tout de même exprimé leur volonté de rester dans l’Union européenne. Toutefois, si le débat se posait aujourd’hui de l’appartenance de la France à l’Union européenne, on constaterait un effritement dans l’opinion. Dans la mesure où on observe un resserrement des "pour" et des "contre" quand il y a une intensification des débats. On a pu observer ce phénomène avec le Mariage pour Tous. Ou encore, s’agissant de la Loi Travail : il y a plus d’opposition aujourd’hui que lorsque l’avant-projet de loi avait été évoqué.

Le référendum sur la ratification du traité de Maastricht, même s'il a finalement vu le Oui l'emporter, a été l'occasion d'observer une évolution similaire. Qu'est-ce qui explique cette volatilité de l'opinion des Français concernant l'Europe ?

Tout d’abord, concernant l’Europe, ce qu’il faut avoir à l’esprit, c’est que lorsqu’un projet est mal connu ou qu'une institution a des contours peu maîtrisés, les opinions sont susceptibles d’évoluer négativement avec l’intensification du débat. L’Europe est caractéristique du phénomène. L’Union est une institution mal connue des Français. A priori ils montrent envers elle de la bienveillance, voire de l’indifférence, mais dès lors qu’elle est mieux connue, les Français expriment plus de défiance. Ils sont par exemple 71% à se déclarer pessimistes pour l’avenir de l’Europe. Mais au niveau global, ils sont plus europhiles qu’eurosceptiques, selon ce que montrent nos enquêtes. Ils sont ainsi toujours favorables au maintien de la France dans l’Union euréopenne.

Pour autant, il y a un fond d’attachement à la spécificité française et notamment au modèle social français, qui peut expliquer une défiance vis-à-vis de l’Union. Tout comme le fait que certains Français voient d’un mauvais oeil le poids de la mondialisation, et donc de l’Europe sur leur situation personnelle. On retrouve plus significativement parmi les eurosceptiques des employés et des ouvriers ou des moins de 35 ans, des personnes plus récemment entrées dans le marché de l’emploi. Tandis que chez les europhiles, on retrouve plus facilement dans les profils des positions sociales plus "solides", comme les cadres et les 35 ans et plus.

Peut-on s'attendre à ce que l'idée d'un référendum pour le maintien dans l'Europe devienne un thème de la campagne présidentielle de 2017 ? Quels candidats l'évoqueraient ? Et pour en dire quoi ?

Dans la mesure où la question de la place de la France dans l’Union européenne et de son rôle ont été plus particulièrement évoqués depuis 2014, avec notamment l’arrivée du Front national à la première place des élections européennes, on peut imaginer que ce sera un thème incontournable aux présidentielles de 2017. D’autant plus que, selon les sondages d’opinion, la qualification de Marine Le Pen semble elle-même incontournable au second tour. La sortie de l'Union est l'un des thèmes majeurs de son programme et le sujet demeure très important pour son électorat.

Plus largement, davantage que la question de l’appartenance à l’Union, c’est plutôt celle des conditions et les modalités de cette appartenance qui passerait au premier plan en cas de débat. Si tant est qu’un référendum sur la question attire les foules. Il ne faut pas oublier en effet que, malgré la vigueur des clivages partisans, les référendums sociétaux jouissent en général d’une faible participation en France. Ce qui est peu efficace du point de vue de la consultation citoyenne, on en conviendra. 

Ce qui serait efficace en revanche, ce serait que les candidats, dans leur ensemble, prennent la parole sur le sujet, en évoquant précisément l’impact de l’appartenance de la France à l’Union européenne. Il faudrait exposer à l’ensemble des citoyens ce que l’Europe leur apporte, ce à quoi elle contribue en terme d’efficacité politique et d’amélioration de leur quotidien. Et cela, afin que les Français puissent clairement en identifier les bénéfices, voire les inconvénients. Cela aurait le mérite d’offrir un débat tangible et clarifié, qui trancherait avec un imaginaire qui en est resté à une question de remise en cause de la souveraineté nationale. 

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