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Malgré les soubresauts de l'économie, 2020 reste l'une des années les plus prospères de l'Histoire.
Malgré les soubresauts de l'économie, 2020 reste l'une des années les plus prospères de l'Histoire.
©KAZUHIRO NOGI / AFP

Verre complètement plein

François-Xavier Oliveau : « On l’oublie mais l’année 2020, souvent comparée à 1929, est la troisième année la plus prospère de l’histoire en termes de PIB mondial »

Dans "La crise de l’abondance", François-Xavier Oliveau rappelle que malgré la crise économique, nous vivons collectivement une période de prospérité inédite dans l'Histoire de l'humanité. L’alimentation, l’accès à l’eau ou à l’énergie, l’éducation, la santé n’ont jamais été aussi largement diffusés dans le monde.

François-Xavier Oliveau

François-Xavier Oliveau

Associé d'Initiative & Finance, François-Xavier Oliveau accompagne les entreprises dans leur transition écologique, à la fois en capital et sur le plan opérationnel. Il vient de publier La crise de l'abondance aux Editions de l'Observatoire. Il y interroge l'invraisemblable paradoxe d'une société plus riche que jamais mais traversée de crises majeures. Après avoir décrit le mécanisme d'innovation et de baisse permanente des prix qui nous donne accès à l'abondance, il propose des solutions concrètes pour maîtriser cette abondance. Son premier essai, Microcapitalisme (PUF, 2017, collection Génération Libre) a obtenu le prix du jury du comité Turgot. Il a enfin publié en avril 2019 une étude avec l'Institut Sapiens sur les impacts entre technologie, prix et monnaie, Pour la Création d'un dividende monétaire.

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Atlantico : Vous publiez « La crise de l’abondance » aux éditions de l’Observatoire. Pour vous, l’abondance de nos sociétés provoque des crises majeures. Comment expliquer ce phénomène paradoxal ?

François-Xavier Oliveau : Nous vivons en effet collectivement une prospérité historique. L’alimentation, l’accès à l’eau ou à l’énergie, l’éducation, la santé n’ont jamais été aussi largement diffusés dans le monde, y compris dans les pays pauvres. J’explique dans mon livre le rôle fondamental du progrès technique dans cet accès à l’abondance, et comment il fait baisser les prix depuis 200 ans. Je parle bien de tous les prix : exprimés en euros actuels, un steak de bœuf coûtait, en 1910, environ 90 € le kilo ; un Paris-Marseille en 3e classe de chemin de fer 1 500 € ; une bicyclette 5 400 €. On l’oublie, mais l’année 2020, souvent comparée à 1929, est la troisième année la plus prospère de l’histoire, après 2019 et 2018, en termes de PIB mondial. La baisse des prix nous permet aujourd’hui de consommer bien plus de ces biens et services.

Le problème est que nous ne savons pas maîtriser cette abondance. Notre consommation excessive dégrade les écosystèmes et provoque un bouleversement climatique. Notre manière de créer de l’argent est absurde, provoquant une explosion de la dette, un creusement des inégalités et une inflation des actifs. Enfin, l’abondance de nos esclaves mécaniques, des robots aux logiciels, libère notre temps mais remet douloureusement en cause notre rôle social par le travail.

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Quelles solutions proposez-vous pour résoudre ces crises ?

L’abondance est un changement historique fondamental. Pendant des millénaires, la rareté a été la norme de l’économie : la consommation était limitée par la capacité à produire. Aujourd’hui, c’est le contraire : nous pouvons produire ce que nous voulons. Nous disposons de capital, de force de travail et, contrairement à ce qu’on croit, d’énergie et de ressources en quantités largement suffisantes pour couvrir tous nos besoins et même plus.

En comprenant la source de l’abondance, qui est la baisse des prix grâce au progrès technique, on aboutit assez naturellement aux solutions nécessaires à la résolution de ces crises. Elles sont très contre-intuitives à nos esprits biberonnés à la rareté. Elles incluent en effet un prix à donner à la nature, autrefois consommée gratuitement, ou encore des distributions monétaires directes aux citoyens sans contrepartie, sorte de dividende de l’abondance. Elles peuvent paraître choquantes, et c’est normal : nos raisonnements restent logiquement ancrés dans la logique de la rareté.

Le libéralisme est-il en cause ?

Non, au contraire. Le libéralisme joue un rôle essentiel dans l’accès à l’abondance. Ce sont l’innovation et sa diffusion par l’économie de marché qui nous ont sortis de la misère. En revanche, il n’est pas possible de penser de la même façon le libéralisme à l’ère de la rareté et à celle de l’abondance. Frédéric Bastiat se réjouissait de la gratuité des matières premières, il faut au contraire leur donner un prix aujourd’hui. Pour obtenir la croissance, salaires et taux d’intérêts furent des armes essentielles pour allouer au mieux le travail et le capital. Mais quand le problème vient d’une demande à la fois insuffisante et non soutenable, ces outils ne fonctionnent plus, et doivent être complétés par d’autres.

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La crise sanitaire et ses 1001 visages (le manque de lits de réanimation, la pénurie des masques ou de doses de vaccin à l’échelle européenne, la remise en cause des systèmes de santé) ne sont-ils pas contradictoires avec cette vision de l’abondance ?

En effet, l’abondance n’empêche pas les pénuries de court terme. Nous en avons connu beaucoup depuis un an, masques, gel hydroalcoolique, puis vaccins et aussi, désormais, matières premières ou semi-conducteurs. Mais il ne faut pas confondre ces tensions temporaires avec une rareté durable. Tous ces problèmes viennent d’une inadaptation provisoire de l’offre à la demande, pas d’une rareté structurelle. En réalité, je suis surpris qu’il n’y ait pas eu plus de pénuries tant le choc de la Covid-19 a été violent sur le tissu productif.

Les chaînes de production et d’approvisionnement vont se rétablir dans les prochains mois, la capacité de produire des vaccins s’accroître. Ces pénuries vont disparaître progressivement, et nous allons rapidement retrouver la norme de l’abondance : une offre supérieure à la demande. Je ne crois donc pas du tout à un retour de l’inflation. Nous verrons tout au plus un gonflement temporaire des prix, qui ne fera qu’accentuer les pressions déflationnistes ultérieures quand les chaînes logistiques seront reconstituées.

A l’inverse, sur le plan financier, les stratégies du « quoi qu’il en coûte » et les plans de relance ambitieux - presque sans limite - d’un point de vue économique et financier, ne sont-ils pas des exemples concrets d’une forme de corne d’abondance déployée par les gouvernements pour limiter l’impact économique et les ravages de la pandémie de Covid-19 ?

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Oui, en effet. Les gouvernements ont mis en place dans l’urgence des dispositifs d’abondance monétaire et fiscale. Certains ressemblent beaucoup à ce que je décris, comme les chèques distribués aux ménages aux Etats-Unis. Mais n’oublions pas que l’argent coulait à flots bien avant 2020, et les taux étaient déjà négatifs. Compter sur un retour de la croissance pour rembourser la dette est donc une illusion. Depuis 1980, malgré un doublement du PIB de la France, nous avons multiplié notre dette par douze !

Cet argent abondant, parfois qualifié de « magique », nous semble incompréhensible avec le prisme de la rareté. Nous entrons dans des débats stériles sur le remboursement ou l’annulation de la dette. L’utilisation du prisme de l’abondance que je propose dans mon livre appelle au contraire à envisager la pérennisation de ces dispositifs sous la forme d’injection directes, ciblées vers les citoyens, permettant de compenser la baisse perpétuelle des prix et d’avoir un environnement macroéconomique stable, notamment en termes de prix. Le dispositif serait beaucoup plus juste socialement, et éviterait de donner à l’Etat un pouvoir démesuré comme nous le faisons aujourd’hui en lui fournissant de facto une planche à billets gratuite et illimitée.

L’abondance et les propositions contenues dans votre ouvrage pourraient-elles être la clé pour le monde d’après par exemple face aux questions environnementales, aux difficultés dans le monde du travail ou sur la question du revenu universel ? Comment surmonter cette crise de l'abondance et parvenir à retrouver un cercle vertueux ?

L’enjeu est en effet de maîtriser cette abondance. Nous avons une chance inouïe de vivre à notre époque, mais nous devons apprendre à la maîtriser. L’abondance ne se matérialise pas qu’en croissance, mais aussi en baisse de prix et en gain de temps. Chacun de nous doit pouvoir choisir l’équilibre qui lui convient entre se procurer plus de biens et de services, avoir plus de temps libre ou bien épargner davantage. Les solutions que je propose permettent précisément de pouvoir construire cette liberté avec des outils stabilisant l’économie quels que soient les choix individuels. Une taxation environnementale intégralement redistribuée permet de taxer la pollution plutôt que le capital ou le travail, incitant le marché à la mise en place de la nécessaire transition écologique sans peser sur le pouvoir d’achat. L’injection monétaire directe permet d’exiger l’équilibre des comptes publics et de ramener l’Etat à un rôle d’arbitre, en lui ôtant le rôle démesuré qu’il détient aujourd’hui. Le revenu universel accompagne la séparation progressive que nous voyons déjà entre le revenu et le travail, permettant à chacun de choisir un projet qui lui convienne, indépendamment de la capacité de l’économie à le rémunérer. Cela peut paraître utopique à nos esprits habitués à la rareté. Mais c’est en réalité parfaitement accessible à l’ère de l’abondance, à condition d’opérer un changement radical dans nos façons de penser.

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François-Xavier Oliveau publie "La crise de l’abondance" aux éditions de L’Observatoire

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