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Mitterrand : génie du symbolique
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Les forces de l'esprit

Mitterrand : génie du symbolique

Après le "au revoir" de Valéry Giscard d'Estaing aux Français, François Mitterrand accède au pouvoir et démontre dès son arrivée la maitrise des symboles politiques.

Jacques Charles-Gaffiot

Jacques Charles-Gaffiot

Jacques Charles-Gaffiot est l'auteur de Trônes en majesté, l’Autorité et son symbole (Édition du Cerf), et commissaire de l'exposition Trésors du Saint-Sépulcre. Présents des cours royales européennes qui fut présentée au château de Versailles jusqu’au 14 juillet 2013.

 

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Dès son élection, François Mitterrand, semble cultiver instinctivement la mise en scène du pouvoir dont il est investi le soir du 10 mai 1981, comme celle de l’autorité que la Constitution de 1958 accorde au chef de l’État.

Le défi n’était pas si simple à relever surtout après la cérémonie d’adieux orchestrée avec talent par son prédécesseur, retransmise à la télévision le 19 mai suivant. Le décor du studio d’enregistrement suggérait, dans une ornementation relativement dépouillée, l’atmosphère du cabinet de travail de l’Élysée. Sur le bureau Louis XV, devant lequel Valéry Giscard d’Estaing allait s’exprimer, une main bienveillante avait même placé un petit bouquet de fleurs.

Au terme de l’allocution, clos par un solennel : « Au revoir ! », survient alors de la part du metteur en scène, voire de l’acteur principal lui-même, un véritable trait de génie : avant que le rideau ne s’abaisse une dernière fois, comme les téléspectateurs pouvaient s’y attendre, le Président, au contraire, se lève. Dans un silence anxiogène, qui perdure quelques secondes, c’est-à-dire un siècle, le Président repousse son fauteuil, tourne le dos à la caméra, puis s’éloigne lentement.

À l’écran, l’image se fixe alors sur le siège présidentiel inoccupé, le temps que retentisse l’hymne national. Une sortie aussi magnifique ne pouvait être le fruit de l’improvisation. Les moindres gestes, les moindres détails ont été savamment calculés et répétés. Il revenait donc à François Mitterrand de trouver un nouvel enchaînement à une séquence médiatique si remplie d’émotion et, en apparence, si définitive.


Le "au revoir" de Valéry Gisgard d'Estaing aux Français, en 1981

Faire sien au cours, ou à l’issue, d’une cérémonie d’investiture, le siège présidentiel à peine abandonné par son compétiteur, aurait été pour François Mitterrand un geste tout à fait consacré, par lequel le nouveau chef de l’État aurait manifesté aux Français son autorité légitime. Mais la prégnance de l’image emblématique du fauteuil vide étant encore très vivace dans l’esprit du public et peut-être plus encore dans celui du vainqueur, une utilisation aussi immédiate aurait pu paraître non seulement comme une première erreur de communication, mais davantage, comme une confiscation personnelle, car trop hâtive, du siège présidentiel.

La posture assise lui étant pour l’heure symboliquement interdite, François Mitterrand devait donc se présenter debout dans l’attitude de ces innombrables généraux victorieux dont la puissance ne dure toujours qu’un temps. L’adresse du nouvel élu fut sans doute d’avoir su habilement manier, dans ces premiers instants si décisifs pour l’avenir, les composantes symboliques essentielles constitutives de l’exercice de la souveraineté.

L’événement que constitue la remontée de la rue Soufflot en direction du Panthéon, présente à cet égard les caractéristiques d’un exercice difficile parfaitement accompli. Incarnant désormais la « force tranquille », à pas mesurés, le nouveau président se dirige, pour prononcer son discours inaugural, vers un sommet, celui de la montagne Sainte-Geneviève. De part et d’autre de l’avenue, la foule debout l’acclame tandis que derrière lui, en retrait, avancent ses plus fidèles collaborateurs.

De la sorte, François Mitterrand évite de tomber dans un nouvel écueil, dans lequel s’engouffre aveuglément, pour suivre la mode américaine, la plupart des chefs d’État actuels : celui d’apparaître ou de parler debout devant une assemblée assise, situation qui depuis l’antiquité athénienne est, pour un chef d’État, une marque visible d’infériorité.

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