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Le programme économique de Bayrou est-il plus proche de Hollande ou de Sarkozy ? Les réponses de son conseiller...
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Le programme économique de Bayrou est-il plus proche de Hollande ou de Sarkozy ? Les réponses de son conseiller...

Jean Peyrelevade clarifie les propositions du candidat Modem.

Jean Peyrelevade

Jean Peyrelevade

Jean Peyrelevade fait partie de l'équipe de campagne de François Bayrou pour l'élection présidentielle.

Ancien conseiller économique du Premier ministre Pierre Mauroy, il fut également directeur adjoint de son cabinet.

Économiste et administrateur de plusieurs sociétés françaises et européennes de premier plan, il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’évolution du capitalisme contemporain.

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Atlantico : François Bayrou a convoqué la presse mercredi à son siège de campagne, afin de présenter son programme économique et "mettre les idées en ordre". De fait, il n'a pas hésité à remettre en cause les propositions avancées par ces deux rivaux Nicolas Sarkozy et François Hollande. Comment se positionne le programme économique de François Bayrou par rapport à ces derniers ?

Jean Peyrelevade : D'un côté, il y a un non candidat qui n'a pas de programme puisqu'il est non candidat, et de l'autre, il y a un programme qui ne répond à aucun des deux efforts principaux qu'il faut produire pour redresser ce pays, c'est à dire assainir les finances publiques et redresser l'appareil productif. Nous sommes donc parfaitement confortables et sereins, puisque nous sommes les seuls à tenir un discours sérieux.

A nous désormais de convaincre le peuple.


La première pique de François Bayrou visait le Président en exercice, puisqu'il s'est dit  "frappé par le manque de cohérence dans l'intervention de Nicolas Sarkozy", précisant que la TVA sociale pèserait nécessairement sur le coût de la vie. François Bayrou n'envisage-t-il pas une hausse directe de la TVA (1% sur 2012-2013, et un autre sur 2013-2014) qui diminuerait le pouvoir d'achat des Français ?

Oui, mais ce que nous reprochons à Nicolas Sarkozy dans cette affaire, c'est de détourner la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) de sa fonction habituelle, celle de financer le budget de l'État.

Dans ce cas précis, il explique aux Français que pour compenser les allègements des charges consenties aux entreprises, il augmentera la TVA. Il brouille en quelque sorte les repères des Français, en leur expliquant que la TVA est aussi faite pour la sécurité sociale. Enfin, il tisse un lien entre allègement des charges aux entreprises et augmentation des prix due à celle de la TVA, ce qui devrait le rendre plus qu'impopulaire.

Nicolas Sarkozy répond pourtant qu'il ne croit "en rien à une augmentation des prix", du fait notamment de la concurrence, citant l'exemple allemand.

Je n'y crois pas une seule seconde. Pour ma part, je reste convaincu qu'il ne fallait pas croiser les lignes, et financer une telle opération par le biais de la CSG (contribution sociale généralisée), et non celui de la TVA. De la sorte, il n'y aurait eu aucun risque d'augmentation des prix.

Dans le cas présent, le résultat reste sensiblement le même dans le programme François Bayrou, une hausse des prix et donc une baisse du pouvoir d'achat. Ne pensez-vous pas que cela puisse être dommageable sur le plan électoral ? 

Oui, mais en contre-partie la hausse directe de la TVA contribue à la réduction du déficit public, ce qui n'est pas le cas de la solution proposée par Nicolas Sarkozy.

Il y a donc dans le programme de François Bayrou une contre-partie positive, si je puis dire. Qui plus est, nous pensons que cette campagne se jouera sur la vérité, et que pour l'instant, François Bayrou est le seul candidat à oser la vérité. D'où les points d'augmentation de TVA clairement affichés, une fois de plus pour réduire le déficit public.


François Bayrou pointe également du doigt le manque de cohérence et de crédibilité de François Hollande, notamment sur les réductions budgétaires. Pourtant, nombreux sont les analystes politiques qui pointent du doigt une ressemblance entre les programmes économiques du candidat socialiste et de M. Bayrou, exception faite de petites touches cosmétiques sur la fiscalité et la protection sociale.

Non ce n'est pas vrai, elles sont fondamentales. Il y a deux grandes différences.

Quand on se penche sur le programme budgétaire de François Hollande, il y a 20 milliards d'euros de dépenses nouvelles (d'après son estimation) qui ne sont financées qu'à hauteur de 5 milliards par des réductions de dépenses. Pour le reste, il s'agit de 15 milliards de ressources - à nouveau - fiscales, elles-mêmes affectées à des dépenses nouvelles.

Deuxièmement, et mis à part ces 20 milliards d'euros de dépenses nouvelles financées, il y a par ailleurs une augmentation des ressources fiscales nettes de 29 milliards d'euros, dont 17 milliards proviennent des grandes entreprises et 12 milliards des ménages. En contre-partie, il ne réserve que 5 milliards d'euros sous la forme d'aides pour le système productif. N'oublions pas que le système productif français est un des grands problèmes du pays (croissance), et M. Hollande fait peser sur ce dernier 12 milliards de prélèvements. Pour quelqu'un qui veut redresser l'appareil productif du pays, cela peut paraître une légère contradiction. 

Du côté de M. Bayrou, il y a beaucoup plus de réduction de dépenses, puisqu'elles sont égales aux augmentations de recettes (50 milliards d'économies en dépenses et 50 milliards de recettes, soit un total de 100 milliards sur trois ans). Deuxièmement, il n'y a quasiment pas de prélèvements sur les entreprises, mais au contraire des aides. Ce qui est capital pour relevé l'appareil productif, et la croissance.


Pour en revenir aux dépenses et recettes, François Bayrou entend raboter les niches fiscales à hauteur de 20 milliards d'euros. En définitive, une grande partie de la classe moyenne ne risque-t-elle pas de payer le prix fort ?

Je ne crois pas. Toutes les statistiques montrent que les niches fiscales profitent à la dernière tranche (par part) des personnes imposées sur le revenu (imposition à 41%). Il n'y a donc que très peu de niches fiscales qui profitent à la classe moyenne.

La vraie question n'est donc pas la réduction budgétaire des niches fiscales, mais si potentiellement on risque par là même de détruire des emplois. Je pense évidemment aux emplois à domicile, et il nous faudra donc être prudent sur les limites de ce rabotage. Il nous faudra prendre les niches fiscales une par une, non sur l'angle des revenus à qui elles profitent, mais sur celui des effets induits sur l'emploi.


L'exonération des heures supplémentaires est directement concernée, et elle ne concerne pourtant pas seulement les plus hauts revenus ?

Je suis très étonné de la décision antérieure de Nicolas Sarkozy, qui revient à dire qu'il y a deux taux d'imposition en France, suivant si les personnes travaillent sur des horaires normaux ou des heures supplémentaires. Cela crée une inégalité devant l'impôt qui n'a aucune justification. Il n'est donc pas choquant de s'attaquer à cette niche fiscale.


Sur l'imposition justement, les plus hauts revenus se verront taxer à 45%, et 50% pour ceux gagnant plus de 250 000 euros, pour un total de 10 milliards d'euros de recettes. Comment pourriez-vous compenser une inefficacité de cette mesure, du fait des paradis fiscaux par exemple ?

Je ne vois pas pourquoi cela ne marcherait pas... Sachant que je ne sais pas comment on peut échapper à l'impôt, à partir du moment - bien évidemment - où l'on est résident français.

Ensuite, il n'a pas encore été question des ressources complémentaires, telle la taxe sur les transactions financières, ou de ce qu'on peut envisager, c'est à dire la suppression des déductibilités excessives des emprunts pour acquisition. En Allemagne par exemple, les intérêts ne sont déductibles de l'impôt sur les sociétés que dans une certaine limite.

Il nous faudra nous pencher sur l'exemple allemand, puisque les entreprises françaises ont un excès d'endettement, mais pas assez de fonds propres, et peut-être est-ce un bon moyen de redresser la barre.

Nous pouvons également revenir le cas échéant sur la diminution des droits de succession. Nous avons donc des marges de manœuvre sur le plan budgétaire.

Pour finir sur l'équilibre budgétaire, la guerre des chiffres semble déclarée entre l'UMP, François Hollande et le candidat du mouvement démocrate. Les premiers parlent d'équilibre budgétaire en 2016, le candidat socialiste en 2017, et François Bayrou, optimiste, table sur 2015. Comment compte-t-il réussir ?

Nos propositions appellent évidemment à être précisées dans des discutions détaillées avec différentes parties prenantes. L'idée simple étant de geler les dépenses budgétaires en valeur pendant deux ans, jusqu'en 2014 compris.

Autrement dit de ne pas augmenter leur volume, tout en intégrant l'inflation. Il est ainsi prévu 301,7 milliards de dépenses budgétaire jusqu'en 2014, avec une inflation de 1,7% en 2012, puis de 2% pour les deux années suivantes. 

Avec nos recettes en hausse en parallèle, nous pensons pouvoir atteindre cet objectif pour fin 2015.


Concernant les taxations financières, une proposition de la Commission européenne est déjà sur les rails et devrait voir le jour courant 2014. Pourquoi se réapproprier en pleine campagne une mesure déjà engagée au niveau européen qui s'imposera d'elle-même au niveau national ?

Nous suivrons bien évidemment les propositions de la Commission européenne, puisque nous n'avons aucune réticence par rapport à cela. Mais s'il on en parle, c'est aussi parce que rien ne certifie aujourd'hui que ce soit réellement mis en place.


Ne craignez-vous pas une délocalisation des banques françaises à la City de Londres, comme le suggérait le Premier ministre britannique David Cameron ?

Les banques françaises ne se déplaceront pas à cause de cela, d'autant plus qu'à la City, il y a un droit de timbre appliqué aux transactions sur les actions, qui existait auparavant en France, mais que l'on a supprimé.

Propos recueillis par Franck Michel 

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