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Le numéro 2 du FMI John Lipsky (à gauche sur la photo) assure la transition à la tête du FMI.
Le numéro 2 du FMI John Lipsky (à gauche sur la photo) assure la transition à la tête du FMI.
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Coup de tonnerre international

Ceux qui se réjouissent d'un FMI sans DSK...

La politique menée par Dominique Strauss-Kahn ne faisait pas que des heureux. Interventionnisme en Europe et audaces conceptuelles en matière de politique économique : le front des mécontents devrait essayer d'imposer une nouvelle direction cantonnée à la technique.

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves-ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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Les ennuis de DSK vont imposer une refonte de l’équipe dirigeante du FMI, d’autant plus marquée que le numéro 2 et numéro 1 de transition, l’Américain John Lipsky, a annoncé récemment qu’il souhaitait partir cet été.

Le premier aspect de cette refonte devrait concerner  l’origine géographique du successeur de DSK. Depuis la création des institutions de Bretton Woods, la règle implicite est que le directeur du FMI est un Européen et celui de la Banque mondiale un Américain. Les Américains, qui dominent le jeu institutionnel mondial, veulent rompre cette règle pour donner plus de visibilité aux pays émergents. L’Europe aura donc du mal à conserver le poste.

Au-delà du symbole politique de cette déconvenue européenne, quelles seraient les conséquences d’une telle évolution ? Dans l’immédiat, on peut en voir deux.

La première touche la crise de la zone euro. De nombreux pays ainsi d’ailleurs qu’en son temps Jean-Claude Trichet, se sont plus à souligner que le FMI a été créé pour résoudre des problèmes de déficits de balance des paiements courants. Or ce n’est pas le cas en Europe, où se posent des problèmes de finances publiques. L’intervention en Grèce du FMI tend à redresser les comptes d’un État alors que la mission du FMI est de redresser les comptes d’un pays. Concrètement, le FMI impose une politique d’austérité à des pays qui manquent de dollars alors qu’en Europe, certains États ont du mal à se procurer des euros. En se précipitant sur le dossier européen,  le FMI de DSK s’est substitué à la BCE de Jean-Claude Trichet. Certes, ce fut  pour la plus grande satisfaction des Allemands persuadés que la réputation de brutalité de l’institution serait utile. Mais ce fut pour le plus grand dépit des institutions européennes normalement appelées à agir. Cet activisme européen du FMI n’a pas agacé que Trichet. Il a irrité également les Japonais et certains émergents qui ont souligné que les moyens mis à disposition du Fonds ont été dans cette affaire détournés de leur objet premier.

La seconde porte sur les audaces conceptuelles en matière de politique économique. Olivier Blanchard, ami de DSK et chief economist du FMI, a lancé en février 2010 un débat sur la possibilité de laisser filer l’inflation à 4%, s’attirant les foudres de la Bundesbank et les sarcasmes de la Réserve fédérale. Le changement à la tête du FMI sera l’occasion de rappeler que l’institution n’est pas un think tank chargé de nourrir le débat sur la politique économique. Le prédécesseur de DSK, l’Espagnol Rodrigo de Rato, avait été discrètement mais fermement poussé vers la sortie deux ans avant la fin de son mandat pour avoir pris trop d’indépendance dans ses commentaires sur les twin deficits américains. Et certains au Congrès commençaient à s’irriter de l’activisme de DSK. L’isolationnisme ambiant à Washington et le provincialisme qui s’installe à Bruxelles et à Berlin militent pour un retour à une approche  très technique des dossiers traités par le FMI.

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