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Le ministre des Affaires étrangères finlandais a estimé qu'un éclatement de la zone euro permettrait à l'Union européenne de mieux fonctionner.
Le ministre des Affaires étrangères finlandais a estimé qu'un éclatement de la zone euro permettrait à l'Union européenne de mieux fonctionner.
©Reuters

La fin ?

Sortie de l'euro : la Finlande dit-elle tout haut ce que tout le monde pense tout bas ?

Le ministre des Affaires étrangères finlandais a abordé l'éventualité d'un "éclatement" de la zone euro. Il estime même que ce scénario permettrait à l'Union européenne de mieux fonctionner. Les "bons élèves" seront-ils (finalement) les premiers à quitter la zone euro ?

Bruno Lemaire et Mathieu Mucherie

Bruno Lemaire et Mathieu Mucherie


Bruno Lemaire est député UMP de la 1re circonscription de l'Eure et a été Ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l'Aménagement du territoire de 2009 à 2012 ainsi que Secrétaire d'État aux Affaires européennes de 2008 à 2009.

 


Mathieu Mucherie est économiste de marché sur Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Atlantico : Le ministre des Affaires étrangères finlandais a abordé l'éventualité d'un "éclatement" de la zone euro. Il estime également que ce scénario permettrait à l'Union européenne de mieux fonctionner. Après des inquiétudes sur la Grèce ou l'Espagne, les "bons élèves" de l'union monétaire constituent-ils finalement les pays le plus susceptibles de quitter la zone euro ?

Bruno Lemaire : La solidarité de l'euro dépendra de notre capacité à rester uni à 17 pays. Accepter la sortie d'un pays de la zone euro, que se soit la Grèce ou tout autre pays, créera un effet domino inéluctable qui traduira l'incapacité politique de l'Union monétaire à défendre ses intérêts et sauver la réalisation politique majeure que représente la monnaie unique.

Plus globalement, il n'est pas question de bons ou de mauvais élèves, mais de projet politique. Nous devons défendre l'euro à 17 ce qui nécessite de nouvelles perspectives politiques : une intégration plus forte, un renforcement des contrôles budgétaires ainsi qu'une union monétaire qui passe par un gouvernement économique européen et un ministre de l'Economie à l'échelle européenne.

Je ne crois absolument pas à cette stratégie de séparation de la zone euro entre ceux qui sont considérés comme "bons élèves" et "mauvais élèves".

Mathieu Mucherie : Les marchés distribuent les bons ou les mauvais points et permettent ainsi à des pays comme le Japon, les Etats-Unis ou l'Angleterre d'avoir les plus faibles taux obligataires à 10 ans (taux auxquels s'endettent les Etats, ndlr). Or, ces trois pays sont parmi les plus déficitaires dans le monde. Il n'y a donc pas de bons ou de mauvais élèves en soit.

Un pays comme la Finlande exporte majoritairement aux pays européens. Ils sont donc directement impactés par les difficultés en zone euro. Enfin, les impôts et charges sociales payés par Nokia représentent une part considérable des recettes fiscales du pays. Une entreprise en très grande difficulté...

Dans ce contexte, l'économie finlandaise a eu une croissance négative de -1% au deuxième trimestre - soit 4% de récession en rythme annuel - et les perspectives sont très sombres pour les 18 prochains mois. Une sortie de la zone euro serait donc une très mauvaise idée pour le pays nordique d'autant plus que si il devait adopter une monnaie locale, celle-ci serait appelée à s'apprécier alors que le pays exporte une très grande partie de son PIB.

Bien que le gouvernement finlandais se soit désolidarisé de la position du ministre, la crispation au sein du pays reflète-t-elle une opinion de plus en plus partagée en Europe ?

Bruno Lemaire : Il y a des crispations partout : en Finlande, en Italie, en Espagne ou en Grèce. La responsabilité des politiques est justement d'être sensibles à celles-ci.

Pour y remédier, la seule solution est l'adoption d'une perspective politique beaucoup plus ambitieuse et courageuse avec une convergence fiscale entre les différents Etats membres de la zone euro, une harmonisation sociale et une capacité à offrir un avenir politique à l'Europe entière.

Mais cette capacité des Etats membres, et en particulier la France, à offrir une vision politique de la zone euro fait cruellement défaut. Tant que nous ne savons pas dans quelle voie nous nous dirigeons, ces crispations et tensions se poursuivront sur le continent.

Mathieu Mucherie : Le Finlande ne représente qu'un très faible poids en Europe - à peu près le PIB d'une région française - et ne détient en aucun cas l'aura politique de l'Allemagne, la France ou l'Italie. Cette annonce n'a d'ailleurs pas fait réagir les marchés.

Cette position révèle cependant ce que des économistes comme Milton Friedman disaient il y a vingt ans : que la zone euro créera plus de tensions qu'elle n'apportera d'ententes entre les pays. Elle différencie les cycles et spécialise les économies alors qu'il n'y a pas d'union politique possible.

L'Europe s'est construite avec l'élaboration d'une union économique en amont d'une union politique. Il aurait fallu faire l'inverse. Il est donc peu surprenant que certains pays préfèrent désormais jouer leurs propres partitions.

Que traduisent ces déclarations sur la probabilité d'un éclatement de la zone euro ?

Bruno Lemaire : Ce qui explique ces frustrations et excès de nervosité réguliers est l'incapacité des gouvernements à fixer un cap politique clair. Nous n'arriverons pas à sortir de cette crise en continuant à adopter des solutions techniques de court terme.

La sortie définitive de la crise passe par des perspectives politiques beaucoup plus ambitieuses que celles sur lesquelles les chefs d'Etats et de gouvernements se sont engagés jusqu'à présent. Actuellement, les choses n'avancent pas aussi vite qu'elles le devraient.

Mathieu Mucherie : Il est difficile pour la Finlande de menacer la zone euro. Quitter la monnaie unique est en effet très difficile et, même si c'était le cas, cette option ne reflète probablement pas la volonté de la majorité des Finlandais.

Si le pays quittait la zone euro, il adopterait alors une monnaie locale qui, de par leur vision économique caractérisée par une très forte rigueur, s'appréciera. Mais une appréciation du taux de change de 20% peut faire perdre plus 10 ans de gains de compétitivité relatifs aux autres pays.

Malgré ses défauts, l'euro peut se maintenir s'il y a une volonté politique assez puissante pour que les pays réalisent des concessions suffisantes, à temps et adaptées. Cette volonté politique ne se jouera clairement pas en Finlande mais en Allemagne, où des élections se tiendront l'année prochaine, et au niveau de la Banque centrale européenne.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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