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En Chine, la politique de contrôle des naissances a été mise en application à partir de 1979.
En Chine, la politique de contrôle des naissances a été mise en application à partir de 1979.
©Reuters

Bond en avant

Vers la fin de la politique de l’enfant unique en Chine : une bonne nouvelle pour l’économie mondiale

En vigueur depuis 1980, la politique de l'enfant unique est désormais ouvertement contestée en Chine. Une bonne nouvelle pour la seconde économie du globe, qui semble s’essouffler.

Mary-Françoise Renard

Mary-Françoise Renard

Mary-Françoise Renard est professeur à l’Université d’Auvergne (Faculté des Sciences Economiques et de Gestion) et est responsable de l’IDREC (Institut de Recherche sur l’Economie de la Chine) au CERDI

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Le drame de l’avortement forcé d’une femme enceinte de 7 mois a fait récemment l’objet d’une très vive indignation en Chine et à l’étranger. Si cette pratique n’est malheureusement pas nouvelle, certaines réactions le sont. En effet, le gouvernement chinois a laissé la presse insister longuement sur cet évènement, ce qui conduit à penser que les autorités autorisent les critiques sur la politique de l’enfant unique, alors même que certains experts chinois ont pris position contre elle. Pourquoi cette politique a-t-elle été mise en place ? Quelles en sont les principales conséquences ? Dans le contexte actuel, doit-elle être remise en question ?

Officiellement adoptée en septembre 1980, la politique de l’enfant unique visait à restreindre la croissance de la population pour obtenir un chiffre total de 1,2 milliard de personnes en 2000. Elle a été très efficace puisque ce résultat a pratiquement été obtenu et dix ans plus tard, le recensement de 2010 conclut à une population de 1,33 milliard d’habitants. Les contraintes ont été assouplies ces dernières années et on estime souvent à moins de 40% la part de la population y étant soumise.

Le résultat, mécanique, est le vieillissement de la population : en 2010, 16,6% de la population a moins de 14 ans contre presque 23% en 2000 et 13,3% a plus de 60 ans contre un peu plus de 10% en 2000. A ce rythme, un tiers de la population chinoise aura plus de 60 ans en 2050. Cela représente évidemment un coût élevé en termes de retraite et de dépenses de santé. Cette politique a aussi entrainé un fort déséquilibre de genre en raison de la préférence des Chinois pour les garçons. Il y avait en 2010, 105 hommes pour 100 femmes, ce qui implique à terme un déficit de naissances.

Cette transition démographique rapide accroit désormais la vulnérabilité économique et sociale de la Chine en touchant le cœur de sa dynamique de croissance : le marché du travail.

C’est une main d’œuvre abondante et bon marché qui a permis à la Chine d’être « l’atelier du monde » dans un contexte de forte demande extérieure et de faible protection sociale. Mais depuis quelques années, le coût du travail a beaucoup augmenté ce qui a un impact direct sur la compétitivité de l’économie. Si les coûts et donc les prix augmentent, la productivité d’une part et la qualité des produits d’autre part doivent augmenter aussi.

La Chine doit notamment accroître le contenu technologique de ses produits, ce qui nécessite une main d’œuvre qualifiée importante et… jeune. L’évolution vers une montée en gamme dans un contexte de ralentissement de la demande extérieure représente à court terme un risque d’accroissement du chômage et une modification de la structure du marché du travail.

Or, l’évolution démographique, conjuguée au ralentissement de l’économie, va, à l’avenir, modifier la donne. Le contrôle des naissances instauré pendant plus de 30 ans va conduire à un affaiblissement de la part de la population active par rapport à la population inactive. La Banque mondiale estime que le ratio de dépendance des personnes âgées sera en 2030 de 34% dans les zones urbaines et de 21% dans les zones rurales. A partir de cette date, le chiffre de la population active va décliner.

Pour autant, l’assouplissement, voire la suppression de cette politique de l’enfant unique ne résoudra pas nécessairement ces problèmes. Elle est difficile à mettre en œuvre car elle repose sur une organisation institutionnelle forte, et parce qu’elle est inscrite dans la Constitution. Ses effets sont incertains car les contraintes financières, notamment le coût de l’éducation, incitent les Chinois à n’avoir pas plus d’un ou deux enfants.

Une expérience menée à Yicheng (province du Shanxi) a autorisé les couples à avoir deux enfants ; les résultats en termes de contrôle des naissances ont été meilleurs que dans le reste de la Chine. Non seulement, le risque d’explosion démographique est faible, mais le ré-équilibrage de la population prendra du temps.

L’avenir de la croissance économique de la Chine repose en partie sur l’importance et la qualité de la population active ce qui implique une évolution de la politique démographique et sans doute une remise en cause de la politique de l’enfant unique.

La marge de manœuvre du gouvernement est donc étroite car il doit, à court terme gérer le ralentissement de la croissance et notamment le problème du chômage, tout en anticipant les conséquences du vieillissement de la population à moyen et long terme.

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