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C'est le fétichisme des produits dérivés qui sauvera la musique !
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C'est le fétichisme des produits dérivés qui sauvera la musique !

Vieilles charrues, Francofolies, etc... les festivals accueillent des dizaines de milliers de spectateurs chaque été. Sauveront-ils la musique des naufrages de l'industrie du disque ? Pas si sûr, pour Yves Bigot, c'est plutôt le fétichisme qui sauvera le 4e art...

Yves Bigot

Yves Bigot

Yves Bigot est directeur des programmes de la radio RTL.

Ce passionné de musique a notamment été journaliste et animateur sur Europe 1, rédacteur-en-chef de Rapido, et directeur des Victoires de la musique.

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Atlantico : Alors que les ventes de disques se sont effondrées, les festivals sont-ils devenus les locomotives de l’économie de la musique ?

 
Yves Bigot : On sort d’une autre économie qui s’appelait le “tour support”. C’était l’enveloppe d’argent que donnaient les maisons de disques à leurs artistes pour qu’ils se produisent sur scène et que, finalement, le public découvre des choses formidables... et puisse acheter le disque ! Ce système ne peut plus marcher !
Dire qu’au contraire, le festival fait vivre la filière disque est peut-être abusif. L'effondrement du marché du disque oblige l’artiste à devenir un travailleur comme un autre. On n’a plus le système : “j’enregistre un album, j’en vends un million, je refais mon spectacle pour reprendre un peu d’argent”.
Aujourd’hui, sans “Tour support” en raison de la crise, on fait des tournées acoustiques, avec moins de musiciens et moins de frais. Ce qui fait d’ailleurs que certains musiciens partagent des “tourneurs” d’humoristes - qui sont évidemment beaucoup plus rentables. L’avantage de l’humoriste étant qu’il arrive sur scène les mains dans les poches - mis à part Laurent Gerra.
 


Pourquoi les festivals fleurissent-ils et attirent-ils les foules ?


Les gens ont toujours adoré voir les artistes. De plus, que ce soit à l’Olympia ou ailleurs, il existe une dimension conviviale, sociale et festive qui fait que c’est peut-être un investissement prioritaire sur le CD. Le festival est aussi une sortie dans un endroit agréable et dès la mi-mars, on trouve que quand il fait beau, le jazz c’est mieux ! C’est aussi une occasion où l’on voit plein d’artistes. Il y a un côté découvertes mais aussi une rentabilité.
 
 

Pensez-vous que le produit “disque” et sa promo le “concert” ont échangé leurs rôles et que maintenant, c’est le disque qui sert de promo au concert ?


On a l’impression que l’album est devenu un souvenir du concert. Alors qu’avant, on rachetait un second album après le concert : l’album live. A tel point que certains artistes disent vouloir arrêter d’enregistrer tels qu’’Elton John ou Crosby, Stills & Nash. A quoi bon enregistrer, disent-ils, tant qu’il n’existe pas de nouveau modèle économique ? Evidemment, pour ce genre d’artistes, c’est facile car ils possèdent un catalogue sur lequel ils peuvent s’appuyer et “tourner” sur des synchronisations pour la publicité ou les séries, de vieux concerts, des compilations, etc.

 
 
Mais pour les artistes qui débutent aujourd’hui ?


Eux doivent bosser ! Ils doivent trouver une économie entre l’enregistrement, le placement sur des pubs ou des séries télés, comme aux Etats-Unis. Les séries américaines ont un gigantesque effet d’entraînement et de révélation pour les artistes. Alors c’est peut-être moins évident avec “Plus belle la vie” qu’avec “Californication”. Ou alors “Plus belle la vie” lancera la nouvelle Michèle Torr...
 


Sans disque, la musique est morte ?


Je crois que le fétichisme sauvera la musique ! le fétichisme est extrêmement important pour l’être humain car il est extrêmement identitaire et que l’homme a besoin de s’approprier les choses.
Pensez à ces trois générations qui se sont totalement identifiées et cultivées grâce au disque. Si tout cela disparaît, je ne sais pas ce qui prendra la suite. Mais il faudra toujours un objet. C’est très frappant, par exemple, dans le hard-rock. On vend aujourd’hui plus de casquettes, de figurines et de t-shirt que de disques ! C’est la preuve du fétichisme malgré tout. La vraie question demeure le modèle économique...
 


Sur quel modèle économique parieriez-vous ?


Le seul qui semble avoir ses chances aujourd’hui, repose sur le principe d’abonnement grâce à une licence globale, etc. Le problème, c’est que primo, cela va faire énormément baisser l’économie et secundo, cela pose le problème de l’équité de la rémunération de chaque artiste. Normalement, la technologie devrait pouvoir rémunérer qui-de-droit, au clic. Mais il faudra veiller à ce que ca ne soit pas toujours les deux cents gros vendeurs dominants qui se partagent le gâteau - au mépris des milliers d’autres artistes dont la part est si faible qu’on ne s’en occupe pas du tout ! Tout un tissu doit pouvoir vivre de la musique !

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