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Les Etats Unis affichent aujourd’hui un taux de 7.6%, contre 12.1% en Zone Euro.
Les Etats Unis affichent aujourd’hui un taux de 7.6%, contre 12.1% en Zone Euro.
©Reuters

Comparaison

Etats-Unis-Europe, le match des politiques économiques face à la crise : la réponse avec le graphique qui tue (ou pas ?)

Alors que la banque centrale américaine a adopté une politique monétaire accommodante basée sur des taux d'intérêt à zéro, son homologue européenne est plus orthodoxe. Mais si l'on compare ces deux stratégies différentes et que l'on regarde la croissance, quels sont les résultats ?

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Il s’agit d’un non match. Deux visions économiques s’opposent depuis 2010 entre les deux zones dont les effets se traduisent en chiffres. Après avoir connu un taux de chômage équivalent, aux alentours de 10% de la population active, les Etats Unis affichent aujourd’hui un taux de 7.6%, contre 12.1% en Zone Euro. Un écart de 4.5% creusé en 3 années de gabegies européennes.

Le même schéma est tout aussi évident sur le graphique ci-dessous, retraçant l’évolution de la croissance nominale entre les deux zones depuis 2008.


Graphique réalisé par David Beckworth

Cette raclée infligée par les Etats Unis tire sa source dans le travail réalisé par le milieu académique américain et la Réserve Fédérale. D’une analyse stricte des évènements, la conclusion était claire : cette crise est d’origine monétaire et doit être combattue par cette même voie. Depuis lors, le taux de chômage américain baisse, la croissance repart, les déficits se stabilisent, et ce, sans provoquer la moindre inflation. De façon concomitante, l’Europe s’engouffrait dans une vision stricte d’une crise de la dette ne pouvant être traitée que par la mise en place de politiques d’austérité. Il s’agit plus synthétiquement d’une vision monétariste opposée à une vision « autrichienne » de l’économie. Le résultat est sous nos yeux, sans appel.

Et pourtant rien ne semble perturber l’aveuglement européen. La palme des œillères revient bien entendu à l’Allemagne, dont la Cour Constitutionnelle se prépare à émettre son avis sur la pertinence du programme OMT (Outright Monetary Transactions, un programme adopté par la BCE afin d'acheter de la dette souveraine sur les marché, ndlr), permettant ainsi de déterminer si la Banque Centrale Européenne ne serait pas un peu trop laxiste. Cette vision défendue par le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, revient à s’alerter d’une potentielle menace d’obésité sur une zone en famine en raison d’un programme alimentaire.

Au même moment la Grèce est proche de la rupture. Un taux de chômage des jeunes supérieur à 58% ne semble pas être un sujet de préoccupation pour une Troïka (BCE-FMI-Commission Européenne) bien décidée à obtenir son quota de licenciements. Cette philosophie économique est aujourd’hui toujours basée sur une analyse politique abusive des travaux erronés des économistes Rogoff & Reinhart. Les révélations faites par le FMI la semaine passée relatives aux erreurs commises en Grèce ne modifieront rien. Le plan de soutien offert à la Grèce n’aura servi qu’à sauver l’Euro au détriment des Grecs, avouait le FMI.

Bien heureusement, le parti socialiste veille. Dans la perspective d’un conseil européen qui s’annonce sous les meilleurs auspices, les 27 et 28 juin prochains, le parti majoritaire se prononçait sur sa vision européenne baptisée « Notre Europe ». Après un grotesque spectacle démocratique offert à cette occasion ; présentation d’un programme unique écartant tout projet alternatif et rejet d’amendements pourtant validés par les votants, ce texte permet tout juste de présenter une vision d’une faiblesse inouïe. Rien ne laisse sérieusement présager d’une prise de conscience de la problématique monétaire. Pourtant, après les Etats Unis et le Japon, Le Royaume Uni suivra cette voie dès le 1er juillet prochain.

James Bullard, membre de la Réserve Fédérale américaine, présentait récemment à Francfort un discours d’alerte sur la situation Européenne. Sans soutien monétaire, la zone euro connaitra le destin japonais. 20 années de stagnation économique qui ont favorisé l’explosion du niveau de dette. Ce qu’oublie de mentionner le président Bullard est la différence fondamentale entre un Japon qui ne présentait qu’un taux de chômage de 4% face à une Europe confrontée à un taux qui dépasse d’ores et déjà le seuil de 12%. La cohésion sociale n’est pas neutre dans un tel environnement.

La zone euro se doit d’admettre ses erreurs et oublier ce qui n’est qu’une idéologie. Cette idéologie de la casse, d’une certaine « morale » économique, est à contresens de l’efficacité et du pragmatisme déployé par les Etats Unis. Le total désaveu de cette logique démontré par la simple observation des chiffres ne permet aucune hésitation. La zone euro doit adopter une politique monétaire basée aussi bien sur la recherche du plein emploi que sur la maîtrise des prix. Idéalement une telle politique peut être instaurée par la recherche d’un objectif de PIB nominal pour la Banque Centrale Européenne. Après 5 ans de crise, la politique économique européenne est une honte en soi. Par son incapacité à se remettre en cause, L’Europe se met elle-même dans une insupportable position d’autodestruction.

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