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Bruno Le Maire et Emmanuel Macron lors d'une réunion à l'Elysée.
Bruno Le Maire et Emmanuel Macron lors d'une réunion à l'Elysée.
©Yoan VALAT / POOL / AFP

Monde d'après

État de l’économie post Covid : ce que révèle l’analyse en temps réel de la trésorerie des TPE-PME françaises

Des membres du Conseil d'analyse économique ont étudié l’évolution de la trésorerie des TPE et des PME en France face à l'impact économique de la crise sanitaire. Cet état des lieux en temps réel peut-il nous permettre d'avoir un aperçu du futur économique de ces entreprises ?

Etienne Fize

Etienne Fize

Etienne Fize est Docteur en sciences économiques et économiste au Conseil d'Analyse Économique.

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Atlantico : Vous avez suivi dans votre étude presque en temps réel, l’évolution de la trésorerie des TPE, PME, comment ont-elles fait face à la crise ? comment se portent-elles désormais ?

Etienne Fize : Ce qu'on a fait, c'est que l'on a eu accès anonymisé et sécurisé à des comptes bancaires d'entreprises, et donc on a eu toutes les informations sur ces comptes, comptes courants, compte d’épargne ou comptes de dette. Nous n'avions pas ce qui est hors du bancaire, donc les actifs physiques par exemple. On a regardé deux indicateurs, la trésorerie d’abord, et ensuite l'encours net total, où l'on prend tous les comptes (comptes courants et de dette).

Notre premier constat, c'est que la trésorerie, les liquidités pures, se sont améliorées dans tout le secteur. Pourquoi ? Probablement grâce aux aides : le fond de solidarité, le chômage partiel, mais aussi le prêt garanti par l’Etat (PGE) qui a permis de renflouer le compte courant des entreprises. L’évolution favorable de la trésorerie s'est notamment faite lors des mois d'avril, mai, juin, qui étaient les mois où les entreprises ont eu massivement recours au PGE. On a regardé secteur par secteur et globalement la situation s'est améliorée, mais pas partout. Nous avons par exemple regardé celui de l'hôtellerie restauration, pour nous assez emblématique de la crise, on peut observer un effet saisonnier. C'était une reprise d'activité après le premier confinement, et on a une nouvelle baisse avec le deuxième confinement. Mais avec nos données arrêtées à fin août 2021 on constate qu’en termes de trésorerie, l'hôtellerie, c'est plutôt positif. Sauf que la réalité est plus complexe car l’un des gros pendants de l'augmentation des liquidés, c'était l'augmentation de la dette via les prêts garantis par l’Etat. Par exemple, si je prends 100 000 euros de PGE et que j'en consomme 40 000, j'aurai +60 000 euros de trésorerie, très positif. Mais en net total, j'aurai eu -40 000 euros, parce que j'aurai augmenté ma dette de 100 000 et je n'aurai gardé que 60 000.  C’est pour cela que nous avons également regardé les encours nets totaux (donc net des dettes) des entreprises et malgré cela, on observe que la situation des encours net s’est aussi amélioré sur la période. Dans beaucoup de secteurs, on a plus d'entreprises dans des situations favorables, par exemple dans l’hôtellerie-restauration, mais aussi plus d'entreprises qui ont des situations très défavorables, par exemple dans le bâtiment. 

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A quel point la situation s’était dégradée ? Cette amélioration permet-elle un retour au niveau d’avant crise ?

Pour prendre le secteur de la restauration, l'activité a beaucoup baissé, on a pu le voir pendant les confinements. Ça veut dire qu'il y a moins de flux, mais aussi moins de dépenses. La situation bancaire du secteur a un peu chuté, on a pu le voir pendant le premier confinement, mais elle est finalement presque toujours restée dans des situations meilleures qu'avant la crise. Cela est dû à plusieurs effets. Les aides ont beaucoup compensé pour la perte d'activité, il y a eu une diminution des coûts, avec le chômage partiel par exemple.   En fin de période (août 2021), les entreprises du secteur semblent disposer de plus de liquidités qu’avant la crise ainsi que d’encours nets plus importants. On note cependant que ce secteur est en moins bonne santé en Ile-de-France que dans les autres régions, mais restée au même niveau qu'avant la crise quasiment. 

Vous soulignez la grande hétérogénéité des entreprises, certaines se portent très bien d’autres très mal, qu’est ce qui explique ce phénomène ?

Il y a effectivement moins d'entreprises en situation moyenne, elles se font grignoter par le haut ou le bas. Ce qu'on semble observer, c'est que le PGE a été pris par des entreprises différentes de celles qui ne l'ont pas pris, et notamment celles qui étaient dans une situation financière moins bonne que celles qui ne l'ont pas pris. Peut-être que les entreprises qui se portaient mal ont-elles anticipé qu’elles allaient avoir des difficultés. Les entreprises qui ne l'ont pas pris ont bénéficié des aides sans augmenter leur dette tandis que celles qui ont pris le PGE l’ont consommé, ce qui a entrainé une dégradation, notamment de leur dette.

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Peut-on savoir quelles aides ont été les plus efficaces ?

On ne peut pas distinguer les flux entrants. On peut distinguer le PGE car il s'accompagne d'un changement de dette de trésorerie. Alors que les aides telles que le fond de solidarité ou l’activité partielle, on ne peut pas l'observer très clairement. Ce qu'on peut voir sur le graphique 10 de notre étude, ce sont des corrélations temporelles, lorsque le fond de solidarité a été étendu aux alentours de décembre 2020, on arrive à voir qu'il y a une plus grande compensation du secteur de la restauration que les mois précédents. Ce qui signifie qu’une partie de la perte d'activité a été compensée par les aides. 

Cet état des lieux en temps réel, que peut-il nous dire du futur économique de ces entreprises ?

Pour certains secteurs qui ne sont pas saisonniers cela peut nous indiquer ce qu'il va se passer dans le futur. Pour la restauration et l'hébergement, la saison basse arrive en octobre et en novembre, et on verra si le début d'amélioration va perdurer, ou non lorsque les aides vont baisser. Il faudra être très attentif. L'autre point de vigilance sera sur les entreprises qui ont pris du PGE et leur capacité à rembourser, même si le paiement a été étalé sur 5 ans. Il faudra observer s'il y aura assez de liquidités pour rembourser leur dette et notamment la première anuitée début 2022. Il faudra que nous poursuivions ce travail mené.  

Pour retrouver les travaux du Conseil d'analyse économique sur la situation financière des PME/TPE en août 2021 au vu de leurs comptes bancaires : cliquez ICI

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