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Et si l’austérité était la meilleure des voies pour renouer avec la croissance : leçons estoniennes pour François Hollande
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La rigueur, la vraie !

Et si l’austérité était la meilleure des voies pour renouer avec la croissance : leçons estoniennes pour François Hollande

Violemment frappée par la crise en 2008, l'Estonie a connu une croissance de 7,6% en 2011. Et ce, grâce à sa politique de rigueur.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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En poussant vendredi dernier la porte du Center for Policy Studies, le think-tank libéral britannique, je fis mes génuflexions habituelles devant le portrait de Margaret Thatcher. Avant de découvrir, dissimulé sous son air de fonctionnaire modèle, un de ses héritiers en chair et en os : Jürgen Ligi, le farouche ministre des Finances estonien. En deux heures de déjeuner, Jürgen Ligi est devenu mon héros.

L’Estonie est aujourd’hui le tigre de l’eurozone, avec un taux de croissance de 7,6% l’année dernière, et des prévisions oscillant entre 2,5% et 4% pour les années à venir. Exception européenne, son budget est excédentaire, tandis que sa dette publique est devenue négligeable (6% du PIB – à comparer avec les 91% de l’Etat français). Le chômage est en baisse continue, la production industrielle et les exportations à la hausse. La croissance repose essentiellement sur des secteurs d’avenir (électronique, informatique, machine-outils). L’Estonie est entrée à plein dans cette fameuse "économie de la connaissance" dont les dirigeants européens font des gorges chaudes depuis dix ans avec des résultats très limités.

Et pourtant, ce petit pays balte, se débattant courageusement avec l’héritage de cinquante années de communisme, a été l’un des plus violemment touchés par la crise financière de 2008. Le crédit s’est asphyxié, les exportations se sont effondrées, le chômage s’est envolé. La récession a frappé plus sévèrement qu’ailleurs (- 3,7% en 2008). Comment expliquer ce formidable "Redressement", pour employer un terme à la mode ?

Jürgen Ligi, membre du Parti de la Réforme, a pris les rênes du ministère des Finances au pire de la crise, en juin 2009. Pour avoir travaillé à l’Institut de la Planification lorsque l’Estonie était encore communiste, Jürgen Ligi n’a pas pour l’économie de marché les pudeurs de nos rêveurs socialistes. Il n’a pas tergiversé sur les remèdes à prendre : la rigueur.La vraie, pas celle que François Hollande feint d’avoir appliquée dans le budget 2013. Dépenses publiques réduites de 10% (pour rappel, les 10 milliards de réduction promis dans la douleur par François Hollande représentent… moins de 1% du total !) ; TVA augmentée de 2 points (nos socialistes refusent d’y toucher) ; baisses de salaires de 10% pour tous les fonctionnaires (et de 20% pour les ministres) ; procédures de licenciements simplifiées dans le secteur privé ; hausse de l’âge du départ à la retraite à 65 ans et gel du montant des pensions ; réduction drastique des allocations. La douleur fut immédiate, avec une récession de près de 15% du PIB en 2009 et un chômage caracolant au-dessus de la barre des 20%. Le-prix-Nobel-d’économie-qui-est-pourtant-de-gauche Paul Krugman se fit un malin plaisir d’y voir l’échec des politiques d’austérité, dans un tweet ravageur qui fit réagir jusqu’au sommet de l’Etat estonien.

Mais, sur ce sujet comme sur bien d’autres, Paul Krugman eut la vue courte. L’efficacité de cette "dévaluation interne", qui permit de baisser considérablement le coût réel du travail, n’est plus à démontrer aujourd’hui.Le chômage a diminué de moitié depuis le pic de 2010, le déficit a été entièrement résorbé, et l’Estonie enregistre les taux de croissance les plus forts d’Europe. La rationalisation de l’Etat a permis de simplifier et d’électroniser l’ensemble des procédures administratives : les Estoniens ne passent en moyenne pas plus d’une journée pour monter une entreprise, et de quelques minutes pour remplir leur déclaration d’impôt. Fait remarquable, ce courageux gouvernement a été triomphalement réélu en 2011.  

Voici donc le voile définitivement levé sur la plus grande supercherie conceptuelle du nouveau quinquennat : l’idée d’opposer "croissance" et "austérité", en rendant la première synonyme de dépenses publiques, et la seconde d’injustice sociale.  C’est au contraire l’austérité qui, au prix de sacrifices douloureux, permet de reconstruire une économie sur des bases plus saines. Le ministre des Finances britannique George Osborne suit lui aussi cette stratégie difficile depuis plus de deux ans, contre les vents et marées de l’opinion publique, et le Royaume-Uni commence à en récolter les fruits. La France, elle, vit encore dans la bulle de l’argent facile. Réclamons d’urgence le remplacement de Pierre Moscovici par Jürgen Ligi.

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