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Et si Jeanne d'Arc n'avait pas été brûlée vive à Rouen en 1431...
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Bonnes feuilles

Et si Jeanne d'Arc n'avait pas été brûlée vive à Rouen en 1431...

Les affaires figurant dans ce livre ont pour point commun de défier l'entendement et d'avoir défrayé la chronique française. Expert reconnu, David Galley réunit pour la première fois, dans un ouvrage richement illustré, 33 enquêtes sur des phénomènes étranges, inexpliqués, irrationnels. S'appuyant sur de nombreux témoignages, il lève un coin du voile sur cette France mystérieuse qui depuis des lustres fait régulièrement la une ! Au fil de ses enquêtes, il nous entraîne au coeur de ces histoires inexplicables qui exacerbent croyances, mythes et légendes. Extrait de "Enquêtes sur la France mystérieuse" de David Galley, aux Editions de l'Opportun (2/2).

David Galley

David Galley

David Galley est producteur de télévision et un expert reconnu en histoire. Il est l'auteur de nombreux reportages sur les phénomènes inexpliqués et les énigmes historiques.

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En Lorraine, à une quinzaine de kilomètres de Nancy, se trouve un village d’environ 1 200 âmes, nommé Pulligny. D’apparence tranquille, il concentre en réalité toutes les attentions. Depuis des générations, il se dit que l’église du village renfermerait la tombe de Jeanne d’Arc ! De mémoire d’habitant, la rumeur remonterait au Moyen Âge. Ainsi, l’ancien maire du village, Roger Girot, a toujours entendu dire que Jeanne d’Arc était enterrée à Pulligny…

Les bizarreries de l’église et de ses curés

Construite au début du XVe siècle, l’église Saint-Pierre-aux-Liens du village de Pulligny est contemporaine de l’époque de Jeanne d’Arc (1412-1431). L’une des premières choses qui intriguent le visiteur en quête d’y trouver des traces de la Pucelle d’Orléans, c’est que, contrairement à la majorité des églises lorraines, il n’y a pas de statues, ni aucune représentation de Jeanne d’Arc.

En poursuivant la visite de cette église assez sombre, on peut apercevoir plusieurs chapelles accolées au bas-côté nord et datées du XVe siècle. L’une d’entre elles, la chapelle dite de « Jeanne des Armoises », nous intéresse particulièrement. Celle-ci semble avoir fait l’objet de travaux importants, pour ne pas dire de fouilles, notamment au niveau du dallage. En regardant plus en détail le sol de la chapelle, on peut voir gravées dans la pierre trois croix de Malte. Des croix qui ne sont représentées nulle part ailleurs dans l’église.

En levant les yeux, on s’aperçoit que les armoiries qui devaient figurer à l’intersection de deux arches ont été méticuleusement burinées. Sur un mur, à gauche d’un vitrail, trône encore un encadrement d’apparence très ancienne, mais le cartouche contenant une probable épitaphe a lui aussi disparu.

Étrangement, aucune mention de cette plaque, ni des armoiries, ne se retrouve dans les archives, pas même dans les inventaires effectués par les curés du lieu et notamment l’abbé Eugène Martin, curé de Pulligny, qui publia en 1893 Pulligny, étude historique et archéologique. Il semblerait que cette plaque ait été retirée à une époque où l’Église cherchait à béatifier Jeanne d’Arc (fin du XIXe - début du XXe siècle).

Un habitant du village prétend que sur le relevé de la plaque effectué par son arrièregrand- mère, on pouvait lire :

ICI REPOSE LE CORPS DE JEHANNE DES ARMOISES, PUCELLE DE FRANCE ET CELUI DE SON ÉPOUX ROBERT DES ARMOISES EN SON ARMURE

La Pucelle de France ? Serions-nous réellement sur la piste de Jeanne d’Arc ? Pour bien comprendre, il nous faut remonter à la fin du XIXe siècle, à une époque où le Vatican examine la possibilité de béatifier et de canoniser Jeanne d’Arc. C’est durant cette période que dans le petit village de Pulligny officiait l’abbé Piant.

Que savait l’abbé Piant ?

Né en 1848, l’abbé Paul-Célestin Piant est nommé à la cure de Pulligny en 1883. Il y officia durant 53 ans. Apprécié par ses fidèles, reconnu pour son érudition, il engagea quelques années après son arrivée de vastes travaux dans son église. Des travaux si importants, qu’il dut interdire à quiconque l’accès de l’église pendant une semaine. Si l’on en croit les témoignages des habitants de l’époque, c’est à cette occasion que furent mises au jour des tombes en refaisant le dallage d’une des chapelles. Pour les défenseurs d’une histoire alternative de Jeanne d’Arc, l’abbé Piant était forcément au courant des rumeurs concernant la Pucelle à Pulligny.

Ces fouilles auraient été volontaires, ciblées, voire commanditées par Rome. Rome ? le Vatican ? Il faut noter une autre coïncidence troublante : l’abbé Piant comptait parmi ses connaissances le cardinal Eugène Tisserant, originaire de Nancy, qui devint à 24 ans conservateur à la Bibliothèque vaticane à Rome. Ce dernier avait accès aux archives secrètes et avait dû travailler sur le dossier brûlant de la canonisation de Jeanne d’Arc. Pour l’anecdote, on notera qu’à l’occasion d’un jubilé au début des années 1960 ce même cardinal Tisserant déclara auprès d’un témoin de la région : « Ah ! si les Français savaient pour Jeanne d’Arc… »

Mais revenons à Pulligny au côté de l’abbé Piant. Durant les travaux de rénovation, l’abbé Piant fit également construire une sorte de calvaire afin de servir d’ossuaire dans le cimetière jouxtant l’église. Une fois le monument achevé, les habitants curieux le virent s’y rendre quotidiennement pour s’y recueillir pieusement et ce, jusqu’à la fin de sa vie. Des témoins nous rapportent que les derniers mois de son existence, trop faible pour marcher, il sollicitait l’aide de quelques personnes du village pour le porter sur une chaise jusque devant le calvaire. L’abbé Piant fit même construire sa propre tombe juste devant son cher calvaire. Ce monument semblait donc particulièrement important aux yeux du prêtre. Mais pourquoi ?

Pour certains, il paraît évident que l’abbé Piant, avec la complicité ou l’aval du cardinal Tisserant, aurait déplacé un corps ou plus probablement des ossements découverts dans l’église. Il les aurait ensuite placés discrètement sous le calvaire. Avait-il trouvé des documents ou des inscriptions ne laissant aucun doute sur l’origine et l’identité du corps découvert ? Peut-être celui de Jeanne des Armoises…

Jeanne des Armoises : imposture ou réalité ?

Dans l’Histoire, plusieurs femmes se présentèrent comme étant Jeanne d’Arc, affirmant avoir échappé aux flammes. Pour la plupart, leur imposture fut rapidement décelée, mais deux d’entre elles parvinrent à convaincre leurs contemporains qu’elles étaient réellement Jeanne d’Arc : il s’agit de Jeanne des Armoises et de Jeanne de Sermaises.

D’après La Chronique du doyen de Saint- Thiébaud, datant du XVIe siècle 1, Jeanne des Armoises réapparut pour la première fois le 20 mai 1436 à Metz, où elle rencontra les deux frères de Jeanne d’Arc, qui la reconnurent pour soeur. Détail intéressant, la belle-soeur de son mari, devenue veuve, s’était remariée en 1425 avec Robert de Baudricourt, le capitaine de Vaucouleurs, que Jeanne alla trouver à trois reprises afin qu’il lui donnât une escorte pour qu’elle puisse se rendre auprès du dauphin à Chinon.

Jeanne guerroya avec les frères d’Arc et Dunois dans le sud-ouest de la France et en Espagne. En juillet 1439, elle passa par Orléans, les comptes de la ville mentionnent pour le 1er août : « À Jehanne d’Armoise pour don à elle fait, par délibération faite avec le conseil de ville et pour le bien qu’elle a fait à ladite ville pendant le siège, deux cent dix livres parisis. » Il est à noter également que la messe célébrée à Orléans depuis 1432 pour le repos de l’âme de Jeanne d’Arc ne le fut plus à partir de 1439. Ces deux faits indiqueraient que les Orléanais avaient reconnu en Jeanne des Armoises celle qui en 1429 les avait délivrés des Anglais. Elle mourut vers 1446 sans descendance.

Ainsi, Jeanne des Armoises reste le cas le plus énigmatique concernant une possible survivance de Jeanne d’Arc, même si la grande majorité des historiens la considère la comme une usurpatrice. On retrouve d’ailleurs une mention très claire à son sujet dans le Journal d’un Bourgeois à Paris en 1440.

On y apprend qu’après avoir entendu beaucoup de bruit autour du retour de la Pucelle, l’Université et le Parlement la convoquèrent à Paris. Elle avoua qu’elle n’était pas la Pucelle, qu’elle avait été mariée à un chevalier et qu’elle avait deux fils. Elle fut inculpée d’imposture, de tromperie et de meurtre. On pouvait s’attendre cette fois à une très sévère condamnation, mais elle fut tout simplement acquittée… Des révélations troublantes

On retrouve parmi une somme importante d’archives quelques textes qui sèment le trouble sur l’histoire officielle de Jeanne d’Arc. Il est aussi curieux de noter que des documents importants sur la vie ou le procès de Jeanne d’Arc aient disparu ou aient été détruits très rapidement après la mort de la Pucelle.

Les défenseurs de la thèse d’une survivance de Jeanne d’Arc comme Marcel Gay  avancent des arguments assez convaincants, s’agissant notamment des origines de Jeanne. Il est en effet difficile d’imaginer une simple bergère sachant monter à cheval, manier l’épée et accéder aussi aisément à la cour du roi de France… À moins de croire au miracle ! Autre fait important, Jeanne ne s’est jamais fait appeler « Jeanne d’Arc », mais Jeanne ou Jeannette, la Pucelle de France.

S’agissant de la fameuse scène du bûcher, la suppliciée avait, d’après un chroniqueur de l’époque, le visage « embronché », c’est-à dire caché, recouvert par un tissu. Il y avait aussi plus de 800 hommes en armes pour écarter la foule. En clair, il eût été difficile, même en étant sur place, d’affirmer que c’était bien Jeanne la Pucelle qui fut brûlée en place publique à Rouen le 30 mai 1431.

Par ailleurs, d’autres témoignages semèrent encore un peu plus le doute dans les archives. En 1553, dans son ouvrage Instruction sur le faict de la guerre, Michel de Vascosan écrivit : « Du temps du roy Charles VII, en la guerre qu’il avait contre les Anglois, feut Jehanne In pucelle en France reputée une personne divine, et chacun affermoit qu’elle avoit esté envoyée de par Dieu mais à ce que l’on veuit dire ce avait esté le Roy qui s’estoit advisé de ceste ruse, pour donner quelque bonne esperance aux François, leur faisant entendre. »

En 1639, dans ses Considérations Politiques sur les Coups d’Estat, Gabriel Naudé fut encore plus explicite : « […] Or ce Coup d’Estat ayant si heureusement réussi que chacun sait, et la Pucelle n’ayant été brulée qu’en effigie, nos affaires commencèrent un peu après à s’empirer […]. »

Alors, pourrait-on imaginer que Jeanne d’Arc ait fini ses jours en Lorraine et que sa dépouille repose dans l’église de Pulligny ?

L’ « autre » histoire de Jeanne d’Arc

Des historiens non conformistes comme Gérard Pesme, de l’Académie d’histoire, Bernard-Jean Daulon, descendant direct de l’écuyer de Jeanne d’Arc, ou encore le grand reporter et spécialiste des affaires judiciaires Marcel Gay, défendent la thèse selon laquelle Jeanne la Pucelle de France n’aurait pas été brûlée à Rouen, et que Jeanne d’Arc et Jeanne des Armoises seraient bien la même personne.

Voici leur version (résumée) de l’histoire de Jeanne d’Arc : Jeanne la pucelle, dite d’Arc du nom de ses parents adoptifs, puis du Lys, et enfin des Armoises, était une fille bâtarde de la reine de France Isabeau de Bavière et du duc Louis d’Orléans son amant. Un document le révélant aurait été trouvé (le livre de Poitiers) dans la bibliothèque du Vatican en 1935 par l’écrivain catholique Edouard Schneuder, ami de Pie XI, citoyen d’honneur du Vatican et de monseigneur Tisserant, administrateur de cette bibliothèque.

D’après ce document, Jeanne serait la demi-soeur de Catherine, reine d’Angleterre, tante du petit roi Henri VI et cousine d’Anne de Bourgogne, duchesse de Bedford.

Étant de sang royal, elle n’aurait pu, d’après les lois féodales de l’époque, être accusée de sorcellerie. Les Anglais trompèrent tout le monde en brûlant une vraie sorcière à sa place. Jeanne continua de guerroyer durant quelques années puis fut mariée au chevalier Robert des Armoises, grand seigneur lorrain, neveu d’Alarde de Chambley, épouse de Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs.

Elle vécut au château de Jaulny, où l’on peut encore voir son portrait ainsi que celui de son mari au-dessus de la cheminée. Elle fut enterrée à Pulligny.

Qu’ont révélé les dernières fouilles ?

En novembre 1968, l’un des descendants de Jeanne des Armoises, Pierre de Sermoise, obtint l’autorisation des services administratifs et de la mairie pour creuser à un endroit particulier de l’église de Pulligny, juste à côté de la chapelle de Jeanne des Armoises.

Il devait donc détenir des informations précises. En présence du maire de l’époque et d’un maçon, il mit au jour un morceau de tombeau avec un fragment d’inscription peu lisible :

PRIEZ POUR LAME D LLE CI

Malheureusement, l’autorisation n’étant valable que pour quelques heures, les fouilles durent s’interrompre et jamais ne reprirent.

Nous avons pu prendre contact avec un témoin qui affirme que l’église a été récemment sondée avec un équipement de type « radar de sol ». Il apparaît que sous le dallage de la chapelle de Jeanne des Armoises figurent bien deux cavités, l’une à côté de l’autre. Deux tombeaux vides…

De nos jours, on peut encore voir la tombe de l’abbé Piant, qui fait curieusement face au calvaire qu’il a fait ériger. Pour certains, c’est là que se trouveraient les restes de Jeanne d’Arc. Belle légende ou énigme historique ?

Certains aspects de cette histoire laissent pour le moins perplexe.

Extrait de "Enquêtes sur la France mystérieuse", de David Galley, publié aux éditions de l'Opportun, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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