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Alain Juppé arrive en tête de ce sondage, suivi de Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé arrive en tête de ce sondage, suivi de Nicolas Sarkozy.
©Reuters/Charles Platiau

Défiance généralisée

Et pour les Français, le politique qui ferait mieux que François Hollande est… personne (à la rigueur Juppé ou Sarkozy)

SONDAGE EXCLUSIF ATLANTICO-CSA - Les Français, très méfiants à l'égard de la classe politique, sont globalement incapables de dire qui pourrait faire mieux que François Hollande à ce stade de son mandat. Les personnalités de droite telles que Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Marine Le Pen ont néanmoins une longueur d'avance sur les politiques de gauche.

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est Directeur en charge des études d'opinion de l'Institut CSA.
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Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Selon un sondage CSA pour Atlantico, lorsque l'on demande aux Français de choisir parmi les personnalités politiques citées, lesquelles feraient mieux que François Hollande, Alain Juppé arrive en tête, suivi de Nicolas Sarkozy puis de Marine Le Pen. La première personnalité de gauche à figurer dans le classement est Manuel Valls en cinquième position. Qu'est-ce que cela révèle de l'état de la gauche dans l'opinion publique ?

Yves-Marie Cann : Ce qui me frappe dans un premier temps lorsqu’on observe ces résultats et lorsqu’on les replace dans un contexte que l’on connaît, celui d’une forte défiance à l’égard du président de la République, c’est que pour aucune des personnalités testées on a une majorité de personnes interrogées estimant qu’il ou elle ferait mieux que François Hollande aujourd’hui. La crise a profondément marqué les esprits, elle a beaucoup pénalisé Nicolas Sarkozy, et maintenant François Hollande, ce qui induit un plus grand doute quant à la capacité d’un tel ou d’une telle à faire mieux que le Président de la République actuel. Dans le détail des résultats, il est frappant de voir que les personnalités qui arrivent en tête sont des personnalités de droite ou d’extrême droite avec Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, et François Fillon, et Manuel Valls arrive lui en cinquième position au même niveau que François Bayrou. Ce qui démontre à nouveau un doute accru sur la capacité d’une autre personnalité de gauche à faire mieux que François Hollande. Manuel Valls peut être également affaibli par sa solidarité avec le Président de la République et le cap économique qu’il a fait sien, il ne peut donc pas échapper non plus au phénomène d’impopularité, de déception voire d’exaspération que l’on observe à l’égard de François Hollande, même s’il s’en sort mieux. 28% des Français estime qu’il ferait mieux que lui s’il était aux responsabilités.

De façon globale, on remarque une différence entre les CSP+ et les CSP-. Les CSP+ sont en moyenne plus nombreuses à estimer que telle ou telle personnalité ferait mieux que François Hollande, lorsque les CSP- sont beaucoup plus sur la réserve. Ce qui montre la distance qui peut exister aujourd’hui entre les catégories populaires et les politiques. Pour Alain Juppé, 44% des CSP+ estiment qu’il serait mieux que le Président, contre 33% chez les catégories populaires. Pour François Bayrou, on est à 32% chez les CSP+ et 25% chez les catégories populaires. Du côté de Manuel Valls, on est à 32% chez les CSP+ et 24% pour les catégories populaires. Sur la plupart des personnalités on retrouve cet écart, avec deux exceptions : Marine Le Pen, beaucoup plus plébiscitée par les catégories populaires, et Nicolas Sarkozy : 42% des catégories populaires estiment que l’ancien Président ferait mieux que le nouveau, et seulement 35% des CSP+.   


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Du côté des sympathisants de droite, 78% d’entre eux mettraient Nicolas Sarkozy et Alain Juppé à la place de François Hollande. Alain Juppé serait-il en train de gagner le cœur des sympathisants de droite jusqu'alors plutôt acquis à la cause de l'ancien président ?

Yves-Marie Cann : Quand on compare les résultats des sympathisants de droite et ceux de gauche, on a plusieurs personnalités qui se distinguent très nettement par rapport à François Hollande : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon. Pour Nicolas Sarkozy, on connaît la nostalgie des sympathisants UMP à son égard et contribue de façon décisive à cette proportion de 78% qui estiment qu’il ferait mieux que l’actuel Président. Au cours des derniers mois, la personnalité d’Alain Juppé a attiré de plus en plus l’attention, en termes de crédibilité, de stature et de pronostic sur l’avenir, on a une proportion tout à fait équivalente à celle de Nicolas Sarkozy qui estime qu’Alain Juppé pourrait faire mieux que François Hollande. Un duel se dessine donc à droite entre les deux hommes. Sur les résultats auprès des seuls sympathisants de l’UMP, Nicolas Sarkozy bénéficie toujours d’un ascendant plus fort, 91% pour Nicolas Sarkozy, contre 80% pour Alain Juppé.

Autre point non négligeable, Alain Juppé est par ailleurs plébiscité à 44% par les hommes, contre 34% pour les femmes. Alors que pour Nicolas Sarkozy, on a le même résultat auprès des hommes et des femmes, c'est-à-dire 38%. Dans le classement globale hommes femmes du « ferait mieux », Alain Juppé arrive en tête chez les hommes (44%) contre 38% pour Nicolas Sarkozy, alors que chez les femmes c’est Nicolas Sarkozy qui arrive en tête.

80% des sympathisants de l'UDI estiment qu’Alain Juppé ferait mieux que François Hollande s'il était aux responsabilités alors qu'ils ne sont que 39% à penser de la sorte à propos de Nicolas Sarkozy. Au Modem ils sont 55% à estimer qu'Alain Juppé ferait mieux contre seulement 28% pour Sarkozy. Qu'est ce que cela dit du rapport de force entre Alain Juppé et l'ancien président de la république ?

Jean Petaux : Globalement lorsque l’on interroge les sympathisants de droite pour savoir qui, selon d’Alain Juppé ou de Nicolas Sarkozy ferait mieux que François Hollande, ce qui frappe c’est l’égalité parfaite dans les trois types de réponses : mieux : 78% tous les deux ; ni mieux ni moins bien : 18% ; pas mieux : 4% . En revanche, vous avez raison la différence est sensible au sein des sympathisants de droite quand on distingue entre UMP, UDI et MODEM. Tout simplement l’avantage considérable qu’Alain Juppé (+30% pour les sympathisant UDI par exemple) a sur Nicolas Sarkozy parmi les sympathisants des deux dernières formations citées (UDI et MODEM) confirme que la confiance qu’inspire Nicolas Sarkozy au centre-droit de l’échiquier politique n’est pas revenue depuis 2007 ou, à tout le moins, qu’elle est moins bien revenue que pour le noyau dur de son soutien : l’UMP. A contrario, ce qui vaut positivement pour Alain Juppé, devient négatif pour lui : quand il est en comparaison avec Nicolas Sarkozy il n’est pas le favori des sympathisants UMP. Cela signifie que dans l’hypothèse d’une "primaire fermée", (autrement dit limitée aux adhérents de l’UMP par exemple) Nicolas Sarkozy a toutes les chances de l’emporter sur Alain Juppé.

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39% des sympathisants de l'UMP estiment que Marine Le Pen pourrait faire mieux que François Hollande. Qu'est-ce que cela nous apprend sur les sympathisants de l'UMP ?

Jean Petaux : Au moins trois choses. La première c’est qu’une partie de la droite républicaine en est désormais à préférer la présidente du parti d’extrême-droite à un socialiste… Historiquement, quand ce genre de situation est déjà advenu cela n’a jamais été une bonne nouvelle pour la démocratie et la république. La deuxième c’est qu’il reste quand même 61% des sympathisants UMP qui considèrent que Marine Le Pen ferait soit moins bien (28%) soit ni mieux ni moins bien (33%) que François Hollande : il ne faut pas ignorer cela non plus quand même. La troisième chose importante que nous apprend le chiffre que vous retenez (39% des sympathisants UMP) c’est que lorsqu’on le compare au vote exprimé lors de la présidentielle de 2012, il est pratiquement identique puisque 36% des électeurs de Nicolas Sarkozy lors du premier tour d’avril 2012 pensent que Marie Le Pen ferait mieux que François Hollande. Il n’y a pratiquement pas de différence : cela montre que finalement, malgré les reproches et le désaveu massif que connait François Hollande au sein de l’électorat UMP, cela ne bénéficie pas réellement à d’autres personnalités politiques que Nicolas Sarkozy. Enfin je voudrais souligner la vraie différence entre les appréciations portées par ceux qui ont voté Sarkozy en avril 2012 et ceux qui ont voté Bayrou à ce même premier tour présidentiel : seuls 15% de ceux-là considèrent que Marine Le Pen ferait mieux que François Hollande (12% de l’électorat Hollande d’avril 2012). Il y a là un vrai clivage entre les électeurs UMP et les électeurs MODEM.

Marine Le Pen arrive pour sa part en troisième position, avec 31% des personnes interrogées qui pensent qu'elle ferait mieux que François Hollande. Néanmoins 35% pensent qu'elle ferait pire. Quelles sont les catégories de population convaincues par la présidente du FN ? A l'inverse quelles sont celles qui n'adhèrent pas à son discours ?

Yves-Marie Cann : Marine Le Pen est la personnalité la plus clivante à la lecture des résultats. Elle obtient un des scores les plus élevés concernant la proportion de personnes qui estime qu’elle ferait mieux que François Hollande, 31%, elle arrive donc en troisième position. Mais c’est aussi pour la présidente du FN qu’on a la plus forte propension de personnes qui estiment qu’elle ferait moins bien que lui. C’est aussi pour elle qu’on a la plus faible propension de personnes émettant une opinion neutre. On est donc soit dans l’adhésion très forte et sans réserve, que l’on voit notamment auprès d’une partie des sympathisants de droite, et de façon très marquée auprès des sympathisants d’extrême droite, alors que pour les sympathisants de gauche, on est dans un rejet extrêmement prononcé de sa personnalité et du Front national. Plus précisément, c’est auprès des catégories populaires (37%) et plus particulièrement des ouvriers (46%) qu’on observe la plus forte proportion de personnes estimant qu’elle ferait mieux que François Hollande. C’est dans le quart nord-est, très touché par les phénomènes de désindustrialisation, qu’elle obtient un de ses meilleurs scores (37%). Sans surprise, 94% des sympathisants frontistes la plébiscite, ici il y a une vraie adhésion à la personnalité de Marine le Pen. En revanche, ce qui est intéressant à relever c’est qu’on a aussi une majorité relative de sympathisants UMP qui estiment que Marine Le Pen ferait mieux que François Hollande (39%), contre 28% qu’elle ferait moins bien, et 33% ni mieux ni moins bien.

A l’inverse, celles qui n’adhérent pas à son discours sont les CSP+, 43% des classes moyennes supérieures estiment que Marine Le Pen ferait moins bien que François Hollande, et 48% des cadres et professions libérales. C’est auprès de ces populations que la présidente du FN obtient ses plus mauvais scores en termes de côte de popularité et lors des élections. Géographiquement, il s’agit des habitants des zones les plus dynamiques d’un point de vue économique, notamment sur la région Ile de France : 41% des personnes interrogées pensent qu’elle ferait moins bien que le Président, contre 28% qui estiment qu’elle ferait mieux.

En fonction de la préférence partisanne des personnes, on voit bien qu’au près de l’ensemble des familles politiques de gauche, on a une nette majorité estimant qu’elle ferait moins bien : 78% chez les sympathisants écologistes, 71% chez les sympathisants socialistes, et 62% chez les sympathisants du Front de gauche.     


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43% des sympathisants de gauche pensent que Martine Aubry serait la mieux placée pour gouverner si elle était à la place du président de la République. En 2011, c’est François Hollande qu’ils avaient choisi pour représenter le PS à l’élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon arrive quant à lui deuxième, suivi d'Arnaud Montebourg, ancien ministre dissident. Dans quelle mesure ce classement témoigne-t-il d'un rejet de la politique menée par le gouvernement ?

Yves-Marie Cann : Il illustre effectivement le rejet auprès notamment d’une partie de la gauche au sujet de la politique menée par le gouvernement. On le voit particulièrement lorsqu’on compare les résultats de Martine Aubry à ceux de Manuel Valls par exemple. Elle n’a plus de responsabilité au niveau national, mais se fait de plus en plus entendre. 43% des sympathisants de gauche estiment que Martine Aubry ferait mieux que François Hollande, quand on est à 24% pour Manuel Valls. Et 25% pour Arnaud Montebourg, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’il tire partie de ces dernières semaines. Martine Aubry reste pour une partie de la gauche la « dame des 35 heures », un marqueur de gauche très important. On observe également le désarroi des sympathisants de gauche à l’heure actuelle, car pour aucune des personnalités testées ici on a une majorité de personnes interrogées qui estiment qu’elle ferait mieux que François Hollande. Il n’y a pas de solution de recours incontestés qui s’impose à ce stade du quinquennat à gauche.  


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48% des sympathisants d’EELV pensent que Martine Aubry pourrait faire mieux que François Hollande si elle était à sa place, quand seulement 35% d’entre eux penchent pour Cécile Duflot. Pourquoi Cécile Duflot qui avait refusé de faire partie du premier gouvernement de Manuel Valls et s'est montrée comme Arnaud Montebourg très critique de la politique de l'exécutif arrive quant à elle derrière François Bayrou ?

Yves-Marie Cann : Ce chiffre est due au déficit de crédibilité dont pâtissent les leaders écologistes aujourd’hui lorsqu’on rattache leurs noms à la fonction présidentielle qui s’est toujours retrouvé à l’occasion des élections présidentielles avec Eva Joly en 2012 et Dominique Voynet en 2007.

Jean Petaux : Il y a certainement plusieurs raisons à cela. D’une part elle connait le même sort que d’autres opposants de gauche à François Hollande (je pense à Jean-Luc Mélenchon par exemple) : elle n’est pas crédible et n’apparaît pas comme une solution alternative pertinente. La seule qui d’ailleurs s’en sort assez bien dans ce petit jeu du "qui ferait mieux" c’est Martine Aubry. Sans doute parce qu’elle ne dit rien en réalité et qu’elle est particulièrement imprécise sur les solutions qu’elle préconise… Or selon sa désormais fameuse formule : "Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup"… On peut donc tout à fait lui retourner le compliment adressé pendant la campagne des "primaires républicaines" à … François Hollande, en octobre 2011. Pour revenir à Cécile Duflot je pense que son score est la conséquence de son incapacité à formuler un programme politique différent de celui de François Hollande. Les personnes interrogées n’en ont rien à faire je pense de ses petits règlements de compte à travers tel ou tel ouvrage vengeur. Une chose est de "dézinguer" une autre est de formuler une offre politique crédible, créditée de compétence et donc appréciée comme alternative et sérieuse. Toutes choses qui manquent aux choix politiques portés par Cécile Duflot mais aussi par Jean-Luc Mélenchon ou encore par Arnaud Montebourg dont la dimension de bateleur de foire, sur le mode du "Grand Zampano" de Fellini ne convainc pas grand monde.... Raison pour laquelle ceux que l’on attendrait presque automatiquement comme des soutiens à Cécile Duflot, les sympathisants d’EELV, préfèrent Martine Aubry, dont la réputation de compétence semble attestée, à Cécile Duflot. Si même vos soutiens "naturels" (sans jeu de mots sur l’écologie…) vous lâche, qui va vous soutenir alors ? C’est la grande leçon de votre sondage tout à fait passionnant : personne ne trouve réellement grâce aux yeux des Français mais surtout des sympathisants de gauche. C’est assez inquiétant finalement.

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