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Et pan pour la France : quand les confidences du ministre espagnol des Finances révèlent la dernière déroute européenne en date de François Hollande
©Wikipédia commons

C'est raté

Et pan pour la France : quand les confidences du ministre espagnol des Finances révèlent la dernière déroute européenne en date de François Hollande

Le ministre des Finances espagnol Luis de Guindos a révélé comment l'Espagne a été exclue du directoire de la BCE à la fin de l'année 2012. L'échec des manœuvres tentées à cette occasion par François Hollande n'a fait que sceller sa perte d'influence au niveau européen.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Ce mardi 20 décembre, le ministre des Finances espagnol a déclaré "Ils m'ont dit que l'Espagne n'aurait pas de représentant à la BCE, c'est la réalité", revenant ainsi sur une nomination ayant eu lieu en 2012. Comment expliquer l'éviction de l'Espagne de la BCE, et son remplacement par un membre luxembourgeois ?

Nicolas Goetzmann : À la fin de l'année 2012, un siège était vacant au sein du directoire de la BCE. Dès l'été, l'Eurogroupe alors présidé par Jean-Claude Juncker proposait la nomination d'un Luxembourgeois, Yves Mersh, à cette place, ce qui permettait de remplacer un membre par une personnalité plus en ligne avec les "souhaits" de Berlin. Dans les faits, il s'agissait de remplacer le membre espagnol du directoire, José Manuel Gonzales-Paramo, alors que l'Allemagne ne voulait plus de l'Espagne au sein de la BCE, en raison de ses déboires économiques et de sa situation budgétaire. C'est ce qui est révélé par la déclaration de Luis de Guindos, le ministre des Finances espagnol. L'Espagne a protesté à cette occasion, notamment sur la base de son poids démographique au sein de la zone euro, et a tenté d'éviter son exclusion.

Le résultat de cette opposition a été un vote défavorable du Parlement européen à la nomination d'Yves Mersh, mais sur la base du fait qu'il n'était pas une femme, ce qui permettait peut-être de mobiliser un peu plus les parlementaires à cette question. C'est un point aberrant : le Parlement était dérangé par la masculinité du candidat, et non par son positionnement rigoriste au sein de la BCE, pas plus que par l'exclusion de l'Espagne du directoire. Le résultat a été de voir le Conseil européen passer outre l'avis défavorable du Parlement, pour nommer Yves Mersh à la BCE. Et ce, alors même qu'il existait un accord tacite sur une présence de l'Espagne au sein de l'institution de Francfort. Il s'agit une nouvelle fois d'un élément qui permet de mettre en évidence le changement de nature des institutions européennes au cours de ces dernières années.

Quelle a été la position de la France sur cette question ?

Cet épisode remonte à 2012. François Hollande est Président depuis peu. Malgré ses promesses de campagne concernant le pacte budgétaire européen (TSCG), le Parlement français adopte le texte le 11 octobre 2012, ce qui sera déjà perçu comme une défaite pour le Président. Cependant, il n'est pas du tout avéré que François Hollande ait tenté quoi que ce soit à ce sujet.

Mais c'est différent concernant les nominations. En l'espèce, François Hollande s'était initialement opposé à la proposition de placer Yves Mersch au sein de la BCE, pour faire traîner, et pour permettre une négociation à l'occasion du choix de la personne qui prendra la tête de l'Eurogroupe. À cette date, c'était Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, qui tenait la corde pour ce poste. Et François Hollande s'y est opposé. Le résultat est que la négociation a abouti à ce que François Hollande accepte la nomination d'Yves Mersh au sein du directoire de la BCE ainsi que celle de Jeroen Dijsselbloem à la tête de l'Eurogroupe, qui représente pourtant exactement la même vision que Schäuble.

À partir de là, deux hypothèses. Soit François Hollande voulait tenter un coup politique en essayant d'assouplir les positions économiques européennes, et il a assez clairement échoué, soit cela n'était pas son intention et ses nominations ne lui ont pas posé de problème. La vérité est sans aucun doute entre les deux, François Hollande s'est contenté de cette situation. Parce que la "non nomination" de Wolfgang Schäuble n'est qu'une victoire de façade, elle ne change en rien l'orientation politique de l'Eurogroupe.

Quelles ont été les conséquences de ces prises de position ?

La succession des évènements, entre Pacte de stabilité et nominations, a mis François Hollande hors-jeu au niveau européen. Il n'a jamais pu peser sérieusement sur les évènements. L'épisode de décembre 2012, raconté par le journaliste Jean Quatremer vient consolider le résultat de cette déroute :

"Alors que Van Rompuy insiste auprès d’une Angela Merkel inflexible, lors d’une trilatérale, Hollande le coupe brutalement : 'Herman, tu as entendu Angela : elle ne veut pas. Alors, arrête !' Le président du Conseil européen n’en est toujours pas revenu d’avoir ainsi été lâché en pleine campagne par celui qui voulait réorienter l’Europe…"

Ensuite, ces décisions ont eu des effets au niveau institutionnel. Parmi les six membres du directoire de la BCE, deux sont considérés comme des rigoristes, ce sont les deux dernières nominations, soit celles de Yves Mersch et de Sabine Lautenschläger. Or, la position du directoire est déterminante dans le vote final, elle offre une sorte de vote double aux pays représentés. Les nominations ont donc pu, au moins en partie, bloquer la relance souhaitée par Mario Draghi.

Les prochaines nominations arriveront en série en 2018 et en 2019, où les membres portugais (Vitor Constancio), français (Benoît Coeuré), italien (Mario Draghi) et belge (Peter Praet) seront remplacés. Outre les hommes qui seront choisis, ce sont les pays représentés qui seront également en question. Pour l'avenir de la zone euro, ces nominations seront essentielles parce qu'elles guideront le futur développement économique de la zone. L'Allemagne est parvenue à remporter les deux premières manches.

Quant à la prise de position de Jeroen Dijsselbleom à la tête de l'Eurogroupe, elle s'illustre avant tout par un positionnement ultra-rigoriste vis-à-vis de la Grèce. Le dernier exemple en date est révélateur. C'est Jeroen Dijsselbloem qui a annoncé la volonté de ne plus accepter un allègement de la dette du pays, au motif qu'Alexis Tsipras avait décidé de verser des primes de Noël aux retraités. Cette déclaration n'a pas été validée par l'ensemble des membres de l'Eurogroupe, mais simplement soufflée par Wolfgang Schäuble.  

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