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Trouver une location à Paris est un exercice compliqué.
Trouver une location à Paris est un exercice compliqué.
©Flickr/unicellular

Garants sérieux exigés

Est-il plus difficile de trouver un logement à Paris qu'en Province ou à l'étranger quand on est étudiant ?

Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas parce que les loyers sont plus élevés à Paris qu'ailleurs que les étudiants peinent à trouver un logement.

Michel Mouillart

Michel Mouillart

Michel Mouillart est professeur d'économie à l'Université Paris X, spécialiste de l'immobilier et du logement.

Il est le co-auteur de La modernité des HLM : Quatre-vingt-dix ans de construction et d'innovations (La Découverte, 2003).

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Comme chaque année, à l’approche de la rentrée universitaire, la recherche d’un logement constitue une étape obligée mais redoutée par nombre d’étudiants et leurs familles. Trouver une location dans le parc locatif privé est un exercice toujours plus compliqué, d’année en année.

D’autant que dans la plupart des grandes villes, le recul de l’offre locative privée devient préoccupant. La situation est même particulièrement critique dans les grandes villes universitaires où le marché paraît bloqué : il s’enfonce dans la dépression sous l’effet de la récession économique. Et il est déstabilisé par des annonces et des décisions publiques qui découragent les investisseurs.

Sur Paris, par exemple, l’offre locative a reculé de l’ordre de 5 % depuis 2011 et la situation de ce marché est particulièrement tendue, compte tenu de la pression des demandes qui s’y présentent. La situation ressemble aux états de pénurie et de rationnement qui ont longtemps intéressé les économistes spécialistes des « pays de l’Est ». Les files d’attente « s’allongent » dans les escaliers, sans que les décisions publiques de « réguler » les loyers ne soulagent les étudiants à la recherche d’un logement.  

Les études qui comparent les pays de l’Union Européenne (« Rapport Eurostudent 2008-2011 ») constatent alors que c’est en Scandinavie que les étudiants sont proportionnellement les plus nombreux à avoir acquis leur autonomie résidentielle. Par exemple, ils ne sont que 10 % à vivre au domicile parental en Suède, alors que 33 % des étudiants français vivent chez leur(s) parent(s) et 4 % encore sont logés par leur famille (dont un logement appartenant à leur(s) parent(s)). La situation de la France se rapproche à cet égard de celle des pays du sud de l’Europe : par exemple, en Italie, la part des étudiants ne vivant plus au domicile parental en 2008 ne dépassait les 50 % que dans la tranche d’âge allant de 28 à 30 ans !    

En France, lorsque les étudiants ont dé-cohabité, ils sont pour 33 % d’entre eux locataires (et presque toujours dans le secteur privé !) et pour 11 % colocataires (Observatoire de la Vie Etudiante /2011/). Seuls finalement, en mettant les 3 % de propriétaires et les 4 % qui sont dans une « autre situation » (sous-locations, meublés, hôtels, campings, …), 10 % des étudiants sont logés en résidence universitaire (pour les ¾ d’entre eux par les CROUS).     

Pour près de 70 % des étudiants qui ont dé-cohabité, en Ile-de-France comme sur l’ensemble du territoire métropolitain, le passage par une location du secteur privé faisant l’objet d’un bail classique soumis à la loi de 1989 est donc incontournable. Il est vrai qu’à cet égard, peu de dispositions en faveur du logement des jeunes en général et des étudiants en particulier n’ont trouvé place dans les lois de la République : et la future loi ALUR ne fait pas exception, en la matière. Les jeunes ne constituent pas une catégorie relevant d’une attention spécifique et le bilan du « Rapport ANCIAUX » est éloquent : 8 ans après le plan gouvernemental prévoyant en 2004 de construire 50 000 nouvelles places en cités universitaires, les réalisations atteignaient moins de 50 % des objectifs ! Aussi par exemple, d’après le CNOUS, on ne comptait à Paris que moins de 10 places en cité universitaire pour 100 boursiers : soit juste un peu moins qu’à la Réunion et de 4 à 5 fois moins qu’ailleurs dans la plupart des villes universitaires.

Alors faute de logements adaptés, dans un contexte d’extrême pénurie, être étudiant et vouloir se loger à Paris relève du défi. D’ailleurs, en France, les jeunes de moins de 30 ans ne s’y trompent pas : lorsqu’ils sont interrogés sur la raison pour laquelle ils retardent le départ du domicile parental (« Youth in Europe » Eurostat, 2009), 26 % avancent des motifs financiers (44 % des jeunes européens) mais 44 % le manque de logements (28 % des jeunes européens). Et plus de la moitié des étudiants franciliens ayant dé-cohabité n’ont accédé à leur logement que difficilement ou très difficilement : 18 % ayant même rencontré de très grandes difficultés (CNAF /2010/).

Mais tous les étudiants ne sont pas égaux face aux difficultés. Certes, de l’ordre de la moitié des étudiants perçoivent une allocation logement. Pourtant, paradoxalement, la décohabitation des étudiants paraît la plus facile/la moins difficile pour les plus pauvres (les deux premiers déciles de revenus par unité de consommation) et pour les plus riches (les deux déciles supérieurs) si on en juge par la part des ceux qui ont dé-cohabité (d’après l’enquête « Revenus fiscaux et sociaux /2005/ »). L’apport des bourses de l’enseignement supérieur et de l’allocation logement à caractère social (ALS) pour les plus modestes, sans oublier dans Paris l’« Aide à l’Installation dans un Logement pour les Etudiants ». L’impact du quotient familial ou des déductions fiscales en cas de versement d’une pension alimentaire et l’ALS pour les plus riches !

Et lorsqu’ils choisissent de louer un logement privé dans Paris, ils doivent arbitrer (s’ils le peuvent) : entre un loyer élevé dans Paris (700 € par mois en moyenne d’après l’Observatoire de la Vie Etudiante /2011/) pour un temps de transport limité (de l’ordre de 30 minutes chaque jour) ou un loyer plus faible dans un logement plus spacieux en grande couronne (600 € par mois) mais pour un temps de transport plus long (50 minutes en moyenne).

La situation n’est donc pas aussi simple que celle qui est souvent décrite. Ce n’est pas parce que les loyers sont plus élevés sur Paris qu’ailleurs en Province que les étudiants peinent à trouver des logements ou parce que les méchants bailleurs du secteur privé n’aiment pas les jeunes (que dire alors des bailleurs du parc social ?). S’ils peinent, c’est parce que Paris (comme la plupart des grandes villes) manque de logements … pour tous ceux qui veulent y loger ! Et qu’en situation de rationnement, aucune véritable solution juste et équitable n’est facile à mettre en œuvre pour satisfaire la demande.

NB : Michel Mouillard est co-organisateur des « Entretiens d’Inxauseta » qui se dérouleront à Bunus (Pyrénées-Atlantiques) le 30 août. Avec pour thème, cette année : « La question du logement des jeunes ».

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