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Les manifestants au coeur de Madrid, vendredi.
Les manifestants au coeur de Madrid, vendredi.
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Crise espagnole

La douche espagnole

Après dix ans de croissance folle, frappée en plein coeur par la crise, l'Espagne ne parvient pas à remonter la pente.

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves-ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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Si le premier ministre socialiste grec a limité les dégâts lors des dernières élections locales, il n’en sera pas de même ce week-end de son homologue et en outre « camarade » Jose luis Zapatero. La crise espagnole se concrétise dans l’immédiat par un déficit budgétaire proche de celui de la Grèce (respectivement -9,2% en Espagne et -9% en Grèce en 2010). Mais cette crise intervient dans une situation très différente. Avant la récession de 2009 qui s’est traduite par une contraction de 3, 6% de son PIB et une chute spectaculaire de l’investissement – baisse de -16% en 2009, l’investissement ayant continué à se contracter en 2010 et en 2011 malgré la reprise- l’Espagne connaissait une croissance de près de 4 % par an ; le taux de chômage y était redescendu à 8,5 %  après avoir frôlé les 20 % aux débuts des années 90 ; l’Etat dégageait des excédents budgétaires (2% du PIB en 2007). Le pays affichait un strict respect des critères en termes de finances publiques du Pacte de Stabilité européen. Et compte tenu de l’évolution de sa croissance, les autorités n’hésitaient pas à pronostiquer que l’Espagne allait bientôt rejoindre l’Italie comme économie de référence en Méditerranée. C’était se voiler la face sur les faiblesses de la croissance espagnole. Axée de façon irraisonnée sur le bâtiment, cette croissance a certes été porteuse d’emplois, de réduction du chômage et donc de revenus. Mais comme les Espagnols ne vivent pas que d’immobilier,  la demande supplémentaire due à cet accroissement des revenus n’a pas trouvé sur le plan macro-économique dans l’offre nationale de quoi être absorbée. Cette demande s’est donc portée sur les produits importés, générant un déficit extérieur abyssal. 

L’Espagne a mené dans les années 2000 une politique d’arbitrage implicite entre le déficit commercial nourri par un gonflement de la demande et le chômage.  Et si elle a pu choisir de laisser filer son déficit commercial  jusqu’à 10% de son PIB, c’est  grâce à la mutualisation des déficits extérieurs au niveau de la zone euro. En ayant prétendu face à certaines critiques que son rythme d’inflation-qui était quand même de 3% en moyenne entre 2000 et 2007 quand les objectifs pour la zone euro sont de 2%- était dans les clous de l’Union monétaire, elle a fait mine d’ignorer son déséquilibre extérieur, déséquilibre qui est un déséquilibre offre/demande et constitue donc au strict sens du terme de l’inflation. Aujourd’hui la déflation « Zapatero » contre laquelle la population se révolte n’est que la correction de cette inflation savamment occultée. La crise grecque est une crise de gouvernance interne. La crise irlandaise une crise du système bancaire. La crise espagnole est une crise du gaspillage de l’investissement. C’est donc de ce fait probablement la plus grave, d’autant plus grave qu’elle était prévisible. D’ailleurs, dans son rapport de 2006 sur l’Espagne, l’OCDE écrivait

« Les performances favorables de l'Espagne en termes de croissance se sont accompagnées de l'apparition de tensions inflationnistes (…).  Ces performances sont fragiles car les réformes n'ont pas permis d'accroître la productivité. »

Résultat, l’avenir de l’Espagne n’est pas ni dans la protestation ni dans la dévaluation sous une forme ou sous une autre de ses dettes  mais dans la croissance assise la productivité…

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