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Préoccupant ?

Entre engagements de campagne généreux et constat sévère du Défenseur des droits sur l'attitude des autorités face aux migrants, où va la politique française sur l'immigration ?

Il y a fort à parier que la politique de la France en matière d'immigration se dirige vers un modèle allemand... Ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle.

Atlantico : En tenant compte  de ses différentes déclarations au cours de la campagne présidentielle sur les questions d'immigration, et notamment de son soutien à la politique migratoire de la chancelière allemande Angela Merkel, quel pourrait être le visage de la politique migratoire du nouveau président ? Dans quelle mesure le prochain Conseil européen sur la question migratoire, jeudi 22 juin, pourrait-il contribuer à la précision de sa définition ? 

Guylain Chevrier : Au vu du premier déplacement effectué après son élection qui a été pour Mme Merkel, il y a fort à parier que sa politique d’accueil s’inspirera de celle d’une Europe où l’Allemagne est aux commandes. Après la période d’accueil inconditionnel des migrants de l’Allemagne en 2015, donnant un exemple qui a été le signe d’un appel d’air comme jamais, avec le constat que 67% de ceux-ci étaient des hommes, et donc essentiellement des migrants économiques, on a décidé de mettre en œuvre une politique sur deux axes. D’une part, une répartition dans l’ensemble des pays de l’Union des migrants accueillis au titre d’être des réfugiés, et d’autre part, de renforcer les frontières européennes, particulièrement par l’accord passé avec Ankara pour contenir l’immigration par la terre. Une nouvelle option se fait jour, c’est de contraindre, par une politique coercitive, les pays de l’Union réticents à accueillir à le faire. Ce qui n’est pas sans poser problème, car on ne peut toujours appliquer à tous le même modèle, alors que chacun a des nécessités nationales différentes au regard des autres dans ce domaine.

L’orientation est aussi marquée par une tentative de généraliser l’accord turc. Au Sud, l'UE négocie avec cinq pays d'origine ou de transit - l'Éthiopie, le Mali, le Nigeria, le Sénégal et surtout le Niger - des "conventions migratoires", proposant une aide financière contre un verrouillage des frontières à l'émigration. On évoque l'ouverture de camps sur le sol africain confiés à des organisations humanitaires. Mais attention à ces options si elles tournent à la prise d’otage, comme c’est le cas pour l’Europe avec la Turquie d’Erdogan, qui pratique une politique de plus en plus totalitaire et contraire aux droits de l’homme vis-à-vis de sa propre population, sans que cette dernière soit en situation de réagir. Il y a le risque de majorer encore le problème avec cette méthode, en semant ici ou là des bombes à retardement, avec des régimes politiques problématiques acceptant d’accueillir ces camps, ayant les coudées franches ainsi pour piétiner les droits de l’homme. 

A lire également sur notre site : "Immigration : la pression remonte nettement en Méditerranée"

Les migrants arrivent aujourd’hui par la mer de Libye, avec une augmentation de 17% par rapport à l’année passée, avec des chiffres, selon les sources, qui varient d’un millier à plusieurs milliers de migrants arrivant par jour sur le sol européen, entre les côtes grecques et italiennes. Cette nouvelle déferlante massivement constituée de migrants économiques africains, comme le confirme Bruxelles, n'a guère préoccupé nos politiques ces derniers mois, sujet largement absent de la campagne électorale. Ceci étant, sur le fond, en l’absence de courage politique pour stopper cette voie d’eau, il ne reste plus qu’à la justifier par un discours sur les bons sentiments de ces humanitaires, jouant sur un modèle présentant l’Europe comme riche, et devant donc faire amende honorable, en accueillant les plus pauvres qu’elle. Une démarche toujours sous influence allemande teintée de bonne conscience chrétienne. Il ne faut pas s‘étonner d’un discours favorable à l’accueil des migrants ou/et réfugiés qui ne change pas, parce qu’il est l’expression aussi d’une politique d’ensemble de l’UE au regard de la façon dont elle envisage le conflit syrien, qui a pris le parti des "rebelles", ces djihadistes ex Al-Qaïda, mais qui sont vus comme étant du "bon côté" parce que combattant Bachar el Assad. On ne sait d’ailleurs pas ce que génère ce discours pour faire venir à nous, qui ( ?), alors que l’on trouve mêlés à différents attentats des migrants qui se sont présentés comme des réfugiés pour arriver sur notre sol.

N'observe-t-on pas déjà certaines contradictions à propos de ce que pourrait être la politique migratoire d'Emmanuel Macron quand on met en regard certaines de ses déclarations avec le renforcement policier à Calais décidé par le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, pour qui "l'essentiel est de tarir les flux d'arrivées" ? 

On laisse des associations humanitaires sur place, se présenter comme offrant une aide jusqu’à porter plainte contre l’Etat français pour obtenir, ni plus ni moins, que de reproduire les conditions matérielles d’un accueil de migrants que l’on a supprimé il n’y a pas si longtemps, et qui faisait scandale. Des migrants qui sont en transit vers l’Angleterre, qui n’en veut plus. On crée, par cette offre, un appel d’air, et toutes les chances que les choses s’enveniment, le mot "exilé" ayant pris une connotation quasi sacrée et révolutionnaire - on se demande bien pourquoi - qui est un passeport moral à tout justifier. Calais est l’exemple même de ce qui se passe en méditerranée, avec des associations humanitaires dont on ne remet pas en cause les intentions mais qui encouragent, par leur action, qui consiste à recueillir en mer ceux qui sont laissés à la dérive par les passeurs, tous les candidats au départ. Des associations qui tiennent le plus souvent un discours d’accueil inconditionnel, qui peut jeter le trouble au regard d‘accusations portées contre elles selon lesquelles, certaines seraient de mèche avec les passeurs pour récupérer des migrants. Autant de choses qui ne peuvent que créer les conditions d’un encouragement à partir, sans autre visibilité d’un devenir que les bons sentiments, qui s’opposent à toute démarche politique raisonnée. Le ministre de l‘Intérieur et le Président auront là fort à faire, car pour une part ces associations drainent les mêmes que ceux qui, à Notre-Dame-des Landes, sont des "zadistes" irréductibles, pour qui la loi et le droit ont peu de poids.

Face à cela, il est difficile pour l’Etat, même si le défenseur des droits prend fait et cause pour ce qui se passe en étant dans son rôle, de laisser faire. Personne ni aucun groupe, ne doit pouvoir, dans un Etat de droit comme le notre, être hors la loi sur notre territoire et faire ce que bon lui semble. Il y a des lois qui valent pour tous. Sinon, ce serait faire de la discrimination positive qui retombera, à plus ou moins brève échéance, dans des votes et des choix politiques susceptibles d’amener à la fin de tout accueil, sinon à des troubles et de la violence. Il y a eu en 2016 environ 100.000 demandeurs d’asile, 80.000 l’année précédente, dont les deux tiers sont déboutés. Ils restent sur notre territoire sans papier, ce qui promet bien des difficultés. Le nombre d’écroués étrangers est environ de 20%, bien au-dessus de ce qu’ils représentent comme pourcentage au regard de la population dans son ensemble, environ 9% (49,1 % des écroués sont d’origine africaine, 38% d’origine européenne -chiffres du ministère de la Justice). Cela montre combien une politique migratoire est un enjeu avec lequel il ne faut pas faire les choses à la légère. La maîtrise des flux migratoires est la question majeure des années à venir, car il en va de la capacité à une intégration bien raisonnée, qui fasse que les personnes qui demeurent en France le soient dans la légalité. C’est la condition pour qu’ils s’intègrent aussi selon un processus identifiable, celui propre à la signature par chacun d’un Contrat d’accueil et d’intégration, restant obligatoire, qui permet l’accès aux valeurs et à la connaissance de la société française, au français avec un volume d’heures d’enseignement, pour que cela ne rompe pas avec la cohésion sociale déjà traversée par des troubles, sinon certaines fractures identitaires, que pourraient rejoindre une partie de ces migrants, à un moment donné, par défaut.

A quoi pouvons-nous nous attendre en matière de politique d'intégration de la part d'Emmanuel Macron ? 

L’Allemagne a un besoin impérieux d’immigrés au regard d’une situation démographique catastrophique, avec 1,4 enfant par femme, pendant qu’en France nous sommes à deux, avec un renouvellement des générations assuré, et même une augmentation constante de notre population. Si Emmanuel Macron laisse l’Allemagne imprimer sa politique migratoire à l’Europe et à notre pays, ce sera, à terme, l’assurance de graves problèmes, alors que nous connaissons aussi une situation économique bien différente, de sous-emploi chronique. Ce serait, à coup sûr, fabriquer des chômeurs et des SDF, avec une intégration par avance en échec.

Espérons que cette politique du nouveau Président s’inspire encore moins du modèle d’intégration d’outre-Rhin, dominé par le multiculturalisme, les séparations communautaires et religieuses. Nous n’avons pas du tout le même modèle politique. Le modèle d’intégration républicain passe, au contraire, du multiculturalisme allemand, par une intégration prenant en compte avant tout l’égalité entre les individus, leurs droits et libertés, leurs devoirs envers le pays d’accueil, à résonance citoyenne. L’accès à la nationalité par acquisition passe plus encore par les droits et devoirs du citoyen français. L’intégration propre à l’Etat français est fondée sur la légalité entre les individus qui facilite le mélange, mais comprend des exigences et des moyens élevés, des risques, qui sont bien moindre lorsque les communautés jouent ce rôle de prise en charge des individus, quitte à ce qu’ils y laissent au passage leur liberté individuelle.

20.000 migrants interceptés à la frontière italienne, à Menton, depuis le 1er janvier. Des Sénégalais, des Ivoiriens ou des Maghrébins. La pression migratoire monte dangereusement entre l'Italie et la France ces derniers mois. Déjà, en 2016 un record d'affluence avait été battu, avec 37.000 étrangers en situation irrégulière interceptés. Beaucoup de migrants musulmans, ce qui n’est pas à relativiser lorsque l’on constate les problèmes d’intégration qui sont posés par la montée des affirmations identitaires de ce côté, chez ceux qui sont déjà installés sur notre sol et dont un certain nombre sont tout simplement Français.

Lorsque Macron candidat explique pendant la campagne présidentielle que la laïcité ne doit pas servir à stigmatiser les musulmans ou qu’il considère comme normal qu’un croyant puisse faire passer ses valeurs religieuses avant celles de la République, il y a de quoi s’inquiéter. Il a beaucoup parlé des quartiers sensibles où plus investir, mais rien dans son projet contre le communautarisme qui sévit dans certains de ces quartiers. On se rappellera que l’UOIF a d’emblée appelé à voter pour le candidat Macron, ce qui n’a donc rien de rassurant. Une candidate députée novice en politique d’En marche, dénonçait dans un reportage au JT de France 2, l’exagération dont seraient l’objet les quartiers à propos de la radicalisation. Une prise de position marquée par un angélisme qui va faire vite retour à la réalité lorsque l’heure sera venue des responsabilités, surtout si on pense au risque de nouveaux attentats qui nous guettent.

En 2050, l'Afrique aura doublé sa population pour atteindre 2,5 milliards d'habitants, le quart de la planète, selon des projections, avec en toile de fond un défi migratoire. On nous dit qu’il y a peu de chance que la croissance y rattrape la démographie, malgré une politique d’aide internationale au développement des pays de ce continent. Mais cette vision est aussi pessimiste qu’elle ne prend pas en compte une dimension capitale dans ce développement, les valeurs et normes culturelles, juridiques, sur lesquelles il pourrait se développer. On sait que le statut inférieur des femmes dans certaines cultures les condamne à l’analphabétisme par l’assignation au seul rôle de mère, alors que l’éducation est un puissant facteur de développement. Une forte fécondité liée aux croyances religieuses qui interdisent la contraception, ou liée la polygamie, peut appauvrir la population en faisant que la croissance économique soit toujours en retard sur la croissance démographique. On voit en Afrique comme en Europe et particulièrement en France, combien le modèle politique qui définit la société, est la même condition au développement là-bas qu’à l’intégration ici.

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