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Enfin la vérité sur ce qui nous pousse à lire nos horoscopes ou consulter une voyante : connaître l’avenir n’en est pas la motivation
©Reuters

Boule de cristal

Enfin la vérité sur ce qui nous pousse à lire nos horoscopes ou consulter une voyante : connaître l’avenir n’en est pas la motivation

Une étude conjointe réalisée par un chercheur allemand et un chercheur espagnol montre que les gens ne veulent pas connaître leur futur en avance. Que ce soit de bonnes ou de mauvaises nouvelles, les individus interrogés préfèrent ne pas savoir. Plusieurs points de vue peuvent l'expliquer.

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico : Une étude réalisée par deux universitaires sur un échantillon de 1016 adultes en Allemagne et 1002 adultes en Espagne montre que, s'il leur était donné la possibilité de connaitre leur futur en avance, ils choisiraient de refuser, que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises nouvelles et ainsi de ne rien savoir. Pourquoi est-ce l'être humain préfère ne pas savoir à l'avance ce que pourrait être son futur ? Qu'est-ce que cela révèle de notre psychisme alors que les horoscopes sont si populaires vue leur variété sur internet ? 

Pascal NeveuCette étude est surprenante car en contradiction avec les statistiques françaises qui montrent qu’un Français sur quatre consulte au moins une fois dans sa vie un voyant ou médium. Le marché est énorme, pour un chiffre d’affaire annuel de 3 milliards d’euros que se partagent un peu plus de 2000 entreprises sur notre territoire !

Qui ne lit pas son horoscope dans le journal (surtout en fin d’année lorsque nous souhaitons laisser derrière nous le mauvais et aspirons à un meilleur), qui ne tend pas l’oreille lorsqu’il est diffusé à la radio, qui ne reçoit pas des courriels nous énonçant notre futur, quand ce ne sont pas les applications smartphones, et qui n’a jamais sorti un jeu de tarot de Marseille ?

Cela, à la fois, nous amuse, mais aussi nous interpelle et ce depuis des millénaires. Pour autant, cette étude est intéressante car elle révèle finalement que l’être humain accepte de se faire confiance quant à sa capacité à gérer sa vie, accueillir les bonnes et mauvaises nouvelles, affronter les épreuves de la vie. Nous n’aurions donc pas peur de nous adapter face à une situation. Nous sommes loin du film "Minority Report" où, connaissant le futur, nous pouvions agir afin de le contrecarrer.

Comment expliquer que les personnes interrogées ne veulent pas connaitre leur futur ? Est-ce par peur de situations angoissantes qui pourraient survenir ou bien par pure envie de se laisser surprendre par la vie ? 

Le futur c’est l’inconnu.  Le connaître signifierait que notre vie est déterminée, orchestrée par un grand horloger. La fatalité l’emporterait, nous ne serions pas maître de notre destin ! Plus de culpabilité, plus de responsabilité : "c’était écrit ! c’est mon destin ! ". Le philosophe Leibniz a décrit ce qu’il dénommait " les petites perceptions ".

Pour lui nous vivons et évoluons dans un monde où coexistent un infiniment petit indéterminé et un infiniment petit actuel parfaitement déterminé. Dans ses réflexions métaphysiques il précise que c’est le parfaitement déterminé qui l’emporte car le futur pensé ou prédit reste trop flou et imprécis dans notre esprit. Il donne l’exemple de la perception de certains points distincts mais qui ne forment pas pour autant une ligne de vie. C’est cette impossibilité qui nous ramène à penser et vivre notre présent. L’être humain porte en lui deux forces principales : la pulsion de vie et la pulsion de mort. La pulsion de mort, c’est l’inertie, c’est la non action dans sa vie, c’est la destruction, c’est rester dans le passé. La pulsion de vie, en revanche, mobilise une dynamique de vie, une confiance en notre capacité à vivre des événements, à ne pas avoir peur du futur.

De manière plus psychologique et pragmatique, imaginons les conséquences d’une prédiction. D’un côté l’annonce de la réussite à un concours, d’un poste professionnel, d’un amour. D’un autre côté, l’annonce d’une grave maladie, d’un accident, d’une séparation, de notre mort… Qu’en est-il alors de nous et de nos comportements ? Dans le premiers cas de figure, attendre passivement que cela nous " tombe dessus " car la réussite est assurée ? C’est certainement l’échec assuré. Dans le second cas, induire ce qui nous a été prédit et céder à la fatalité. Autrement dit, l’annonce du futur nous prive de notre agir dans notre vie.

Connaître son avenir est forcément anxiogène, nous laissant dans une attente de la réalisation, de la concrétisation de la prédiction attendue. Ne pas connaître son avenir, au contraire, nous ramène à une réalité primordiale : nous sommes vivants, en évolution permanente, en " réflexion " sur nous-même et ce banquet qu’est la vie.

L'article du journal Pacific Standard qui reprend cette étude explique qu'il serait fascinant de poser ces questions à des populations vivantes en Inde ou au Japon. Existe-t-il des différences de perceptions face au futur, que l'on soit Asiatique, Européen ou bien Américain ? 

Bien avant l’antiquité où l’on consultait les oracles (principalement pour décider d’un combat ou d’une guerre), où les augures pratiquaient l’ornithomancie (les présages issus du vol des oiseaux), l’ancien testament évoque l’oniromancie (l’interprétation des rêves) auprès de certains monarques.

L’art divinatoire était pratiqué en Inde, en Chine, au Moyen-Orient… Bien avant Nostradamus (16ème siècle), Cicéron (1er siècle avant JC) avait rédigé un ouvrage de divination, et l’usage de l’astrologie a été retrouvé au Néolithique (entre 3000 et 10000 avant JC), période de forte effervescence scientifique. Autrement dit, le monde entier s’est intéressé au futur et sa prédiction. Sans doute que les populations qui baignent dans un ferment culturel où la nature est composée de vivants, de morts, d’être supranaturels, qui interagissent entre eux, sont plus enclines à un dialogue intérieur et extérieur avec les événements de vie du quotidien. Il est ainsi fort probable que notre relation entre notre passé et nos actes présents vont déterminer le futur.

Si l’on prend les populations issues des indiens d’Amérique, les Asiatiques également qui relatent des contes et légendes très caractéristiques, le " folklore " y tient une place très importante, avec une incidence sur notre devenir. Autrement dit, notre bain culturel nous renverrait davantage à penser nos actes quotidiens. Comme l’écrivait Goethe "Nous sommes libres de nos actes, à nous d’en mesurer les conséquences !". Pas de fatalité ; nous pouvons agir sur notre futur.

Enfin, ce qui peut paraître incroyable, c’est seulement en 1994 qu’a été dépénalisé, en France, l’exercice de la voyance et de l’interprétation des rêves ! A nous de songer à notre futur, à le créer et profiter de tous ces moments de bonheurs, même si parfois des nuages assombriront certaines périodes de notre vie. Notre pulsion de vie l’emportera.

 

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