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Emmanuel Macron et la Grèce, les deux autres grands perdants des élections allemandes
©LUDOVIC MARIN / AFP

Victimes collatérales

Emmanuel Macron et la Grèce, les deux autres grands perdants des élections allemandes

Les contraintes que va devoir s'imposer Angela Merkel pour gouverner à nouveau vont se faire au détriment de ses positions sur l'Europe - le terrain sur lequel elle a subi le plus important désaveu.

Maxime Sbaihi

Maxime Sbaihi

Maxime Sbaihi est économiste, directeur général du think-tank GenerationLibre.

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Atlantico : Ce mardi 26 septembre, Emmanuel Macron présentera son plan pour l'Europe à la Sorbonne sur fond d'élections générales allemandes décevantes pour Angela Merkel. Alors que la perspective d'une coalition "jamaïcaine" ​se réalise, quelles sont les "adaptations" que l'on peut attendre du Président français, au regard de la situation ?

Maxime Sbaihi : Il va falloir qu'il revoie ses ambitions à la baisse pour la zone euro. La percée de l'AfD, qui veut sortir l'Allemagne de l'union monétaire, ainsi que le retour du FDP au Bundestag et vraisemblablement dans le prochain gouvernement va compliquer la tâche d'Emmanuel Macron. Le FDP a fait campagne sur un programme qui prévoit un changement de traité afin de renforcer les règles budgétaires, permettre à un membre de sortir de la zone euro et renforcer la clause de non-sauvetage. Cela contraste fortement avec les plans plus intégrationnistes du président français. Ce dernier peut compter sur les Verts et la Chancelière (tous deux disent explicitement vouloir aider le gouvernement français dans leurs programmes électoraux) mais le FDP va lui compliquer la tâche. Sa triple proposition de créer un budget, un ministre des finances et un parlement de la zone euro a désormais du plomb dans l'aile. Le FDP a donné un accord de principe à un ministre des finances commun mais se montre plus critique sur le budget. C'est dans les détails techniques que les différences vont apparaitre. Quant au parlement de la zone euro, ce serait une innovation majeure mais on n'entend plus rien de Berlin sur ce sujet. Cela ne veut pas dire qu'Emmanuel Macron doit abandonner ses plans. Au contraire, il s'agit d'une négociation entre la France et l'Allemagne. Et comme dans toute négociation, il faut commencer par mettre la barre haute pour pouvoir la baisser afin de donner des gages à la partie en face. Suivant cette logique, je pense qu'Emmanuel Macron peut encore obtenir un ministre des finances de la zone euro, mais aux pouvoirs réduits, et un budget commun sans redistribution et de taille modeste. C'est en-dessous de ce qu'il avait promis et ce n'est clairement pas assez pour compléter la zone euro, mais c'est déjà ça.

Si la présence du FDP à une future coalition pourrait durcir le ton de Berlin, ne peut-on pas voir l'affaiblissement interne d'Angela Merkel comme une opportunité pour Emmanuel Macron, pour "aller plus loin"?  

Je ne crois pas, non. De toute façon, Angela Merkel est très pragmatique et elle va s'adapter à sa nouvelle feuille de route gouvernementale. Elle a certes perdu des plumes dans l'élection mais elle reste incontournable. Je crois que le résultat de cette élection va plutôt permettre à Emmanuel Macron d'aller moins loin, comme expliqué auparavant. Vouloir forcer la main des allemands sur l'Europe ne sert à rien, les prédécesseurs d'Emmanuel Macron l'ont bien vu. S'il veut réussir, il s'agit plutôt de les convaincre du sérieux de ses intentions. Le Président français pouvait utiliser son nouveau capital politique à l'échelle européenne de deux manières incompatibles: demander de la souplesse budgétaire sur les déficits publics, ou pousser pour une réforme de la zone euro. Il est le premier Président à avoir choisi la dernière option et on verra dans les semaines et mois à venir si cela est payant. Je pense que oui. Les libéraux du FDP, qui sont très à cheval sur les questions budgétaires, voient cela d'un bon œil. On le voit déjà dans les déclarations de ses dirigeants. Cela pourrait faciliter les négociations à venir.

Menaces de la CSU, renforcement du FPD, et apparition de l'AFD, dans quelle mesure le résultat des élections peut-il produire un durcissement de position d'une Allemagne souvent accusée "d'égoïsme" en Europe ?

La situation est compliquée pour Merkel, plus compliquée que lorsqu'elle gouvernait avec les sociaux-démocrates. Pour faire tenir une coalition "jamaïcaine", inédite en Allemagne, elle va devoir trouver un point d'équilibre entre les verts et les libéraux. A titre d'exemple, les premiers veulent transformer l'ESM en un fond monétaire européen alors que les derniers veulent carrément le débrancher. La même opposition prévaut sur l'application des règles budgétaires au niveau européen. "Le Président Macron a demandé à raison la fin de l'austérité et une grande offensive d'investissement en Europe. Nous soutiendrons cette orientation": c'est ce qui figure noir sur blanc dans le programme des Verts. Les poils des dirigeants du FDP vont s'hérisser quand ils reliront ces lignes. Sur tous ces sujets, Merkel va devoir trouver un compromis entre ces différentes positions. Et elle est très bonne dans ce rôle, c'est d'ailleurs là où elle excelle. Le résultat sera probablement mesuré, et donc je ne crois pas à un durcissement de la position allemande en général. L'inverse aurait été vrai sans les Verts. Il y a néanmoins un point précis où l'on peut effectivement voir un durcissement et c'est le cas de la Grèce. Ce n'est pas le sujet de prédilection des Verts alors que c'est une des lignes rouges du FDP qui veut bien parler de restructuration de la dette, mais avec à la clé une sortie de la zone monétaire. C'est le retour du Grexit. Nous n'en arriverons probablement pas jusque-là mais il y a fort à parier que la Chancelière sera intransigeante sur le cas grec et laissera les coudées franches aux libéraux et à la CSU. Il faut aussi se rappeler que l'AfD a été à l'origine créé en protestation des plans de sauvetage grecs. Ce parti est maintenant au Bundestag et ne manquera pas de mettre encore plus de pression sur la Chancelière. En caricaturant un peu, on peut donc dire que les élections allemandes ont fait deux perdants: Emmanuel Macron et la Grèce.

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