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Économie américaine : les "experts" nous diraient que Trump se trompe...
©Brendan Smialowski / AFP

Pas si simple

Économie américaine : les "experts" nous diraient que Trump se trompe...

Selon Jean-Claude Trichet, le ralentissement de l'économie mondiale "est provoqué par les pays avancés et tout particulièrement par les États-Unis". Mais les choses sont infiniment plus compliquées.

Henri Temple

Henri Temple

Henri Temple est expert international, professeur de droit économique, co-directeur de l'ouvrage collectif de ''Qu'est-ce qu'une nation en Europe ? '' (Sorbonne).

 
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L'hebdomadaire Valeurs Actuelles (29 août/4 septembre) affirme, sous la plume d'un éditorialiste : « si les Américains sont confiants dans l'avenir de leur économie, les experts eux ne le sont pas ... »

Ce propos pessimiste et un peu hautain s'appuie sur ''les experts '' en l’occurrence Jean-Claude Trichet ancien président de la BCE. M.Trichet (JDD 25 août) a dit que : « le ralentissement de l'économie est mondial et il est très visible. Il est provoqué par les pays avancés et tout particulièrement par les États-Unis ». Or les choses sont infiniment plus compliquées et même bien différentes. Il est donc nécessaire de réfléchir un tant soit peu.

Les ''experts'' : M. Trichet est un expert, mais en quoi ? En banque et en finance, pas en économie. Le serait-il que l'on objecterait que les économistes sont divisés en factions irréconciliables, dont certaines sont devenues idéologues, anti libérales, politisées, et d'autres, au contraire, des propagandistes stipendiés de l'ultralibéralisme et du système. Assez étrangement ces factions sont d'accord sur au moins un point : Trump allait être un désastre (comme Orban, Poutine, Bolsonaro , Salvini, Johnson…tous suivis par leurs peuples). En 2016 ils étaient nombreux à annoncer déjà ce ''désastre'' : comme Paul Krugmann, le Nobel d'économie, Martin Wolf l’économiste en chef du Financial Times, et tout ce que l'Amérique compte de gauchistes et de bobos. Or Trump a dynamisé une relance sans précédent de l'économie américaine en termes d'emploi, de pouvoir d'achat et d'investissements. Un autre Nobel d'économie Edmund Phelps prédisait en 2018 que ''la croissance actuelle des Etats-Unis est artificielle car elle est juste dopée par les mesures fiscales, une récession aura lieu en 2019 ''. S'est-elle produite ? En 2017 déjà M. Trichet s'était dit ''très inquiet des mesures protectionnistes de Trump, qui risquent d'être perçues de manière très agressive par les marchés !" Il est vrai qu'il s'était déjà trompé sur tout ''l'expert'' : sur les crises grecques et les crises sociales, les quantitative easings ; et bien sûr, en 2018, sur l'euro : ''en stabilisant les prix (sic!), la monnaie unique a contribué à soutenir le pouvoir d’achat'' (un truisme faux ce qui est un comble) .

Quant à son rôle auto proclamé de prophète annonciateur de la crise des subprimes en 2008 il est largement apocryphe et de toute façon il n'avait rien fait pour la prévenir, se contentant après coup de refinancer avec l'argent public les banques qui avaient le plus fauté.

La récession mondiale : Le concept de récession mondiale existe-t-il ? La notion de récession s'applique à un pays ou un groupe de pays interdépendant en tant que phénomène de ralentissement de la croissance du PIB ou une chute de ce PIB pendant 2 ou 3 trimestres consécutifs. Et aux USA on y ajoute (ce qui est plus proche du réel) la baisse des revenus, de la production industrielle, de l'emploi, de la consommation des ménages. Le PIB selon les statistiques en Europe donne en revanche un poids relatif important aux produits financiers : que resterait-il du PIB français ou, pire, allemand, si on retirait le produit de la finance spéculative (et non pas productive) du calcul du PIB ? En réalité n'est-il pas grotesque, du fond de nos croissances européennes anémiées voire négatives, de vouloir jouer la maîtresse d'école vis à vis des USA ? La ''locomotive'' allemande est en panne car elle avait (comme la Chine) tout misé sur l'exportation. Est-ce sain ? On voit la réponse. Surtout si on la compare avec celle qui vient de la rive gauche de l'Atlantique : avec une croissance d'au moins 2,6 % en 2019 (dixit FMI) les USA auront un taux plus vrai, et trois fois supérieur à celui de l'Allemagne ! Entre temps le PIB chinois (dont le calcul est si mystérieux) ne cesse de baisser : c'est exactement ce que le président Trump voulait : un re-transfert de richesses vers les USA. Est-ce illégitime ?

Les inconnues : il y a néanmoins, il ne faut pas se le dissimuler, des inconnues redoutables, suspendues au dessus du pari de D.Trump et de l'économie mondiale.

- les deux sont à la merci de l'éclatement - qui vient - des bulles : celle des dettes souveraines, celle des dettes privées, de la bulle spéculative et de la bulle monétaire (émission scripturale). 63 000 milliards de dollars pour la première, 184.000 milliards de dollars en 2017 (FMI) pour la seconde et des montants gigantesques non calculés pour les deux autres. On signalera que la Chine - qui ne s'est pas embarrassée des critères budgétaires à la Maastricht - a une dette souveraine de 300 % de son PIB, ratio qui, du fait de la baisse du PIB, se détériore encore.

Ces bulles n'attendent plus que l'épingle qui les fera éclater en chaîne laissant les riches aussi riches et les pauvres plus pauvres : qui dans le rôle de l'épingle ? Une crise sociale chinoise enflammée par la mèche de Hong Kong ? Un redépart de feu islamique ? Une crise ''Gilet Jaune'' puissance 10 ? Un fiasco du Brexit ? Ou tout simplement la non réélection de Trump en novembre 2020 ?

- car la deuxième inconnue c'est de savoir si, dans un aussi bref laps de temps, les USA vont réussir leur réindustrialisation à l'abri de droits douane ou de quota égalisateurs de la concurrence déloyale venue d'un régime inédit : une dictature répressive, national-socialiste-ultra-libérale.

Ce qui frappe l'observateur de Sirius, éloigné des passions, vanités, turbulences et compromissions, c'est la décadence de la pensée occidentale, en général, économique en particulier. Il suffirait d'un peu de dialectique et de sincérité.

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