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La Chine envisage la reconstruction de la Route de la soie.
La Chine envisage la reconstruction de la Route de la soie.
©Wolfgang Rattay/ Reuters

Vers la pérennité

Du Tibet à la mer : quand la Chine décide d’investir des milliards pour recréer la route de la soie à travers les montagnes pakistanaises

Un budget total de 57 milliards d'euros avait été annoncé pour la restauration des 6 000 kilomètres de routes que constitue l'ancien réseau commercial emprunté par les commerçants pendant 600 ans avant le XVe siècle. L'emprunter à nouveau permettra à la Chine de réduire le temps de transport de certains de ses marchés les plus porteurs au monde et au Pakistan de développer son économie.

Les efforts fournis par la Chine pour reconstruire sa Route de la soie lui permettront bientôt d'élargir ses axes commerciaux jusqu'à l'Asie centrale et du sud, ainsi que vers le Moyen-Orient en traversant le Pakistan. Un budget total de 62 milliards de dollars (57 milliards d'euros) avait été annoncé en avril dernier, pour restaurer les 6000 kilomètres de routes que constitue l'ancien réseau commercial emprunté par les commerçants pendant  600 ans avant le XVe siècle et qui reliait la côte pacifique chinoise à l'actuelleTurquie.

Aujourd'hui, la Chine a mandaté des centaines d'ingénieurs pour arpenter les montagnes et les artères sinueuses de la région afin de les rendre plus sûres en construisant des ponts, des tunnels et en installant des structures capables d'éviter les éboulements de roches. Car si l'abandon de l'utilisation de cette route (à partir du XVe siècle) avait conduit au développement des techniques de transport maritime, la réemprunter aujourd'hui, permettra à la Chine de réduire le temps de transport de certains de ses marchés les plus porteurs au monde, ainsi que les émissions de pollution de ses grandes villes.

La Route de la soie, l'aubaine du Pakistan

En plus de dynamiser le réseau commercial de la Chine, la Route de la soie profitera à l'économie du Pakistan, qui pourra également développer ses marchés (d'herbes médicinales, de textiles, de pierres précieuses et viande) vers l'est de l'Asie. Au total, la Chine a débloqué 46 milliards de dollars (43 milliards d'euros) pour le Pakistan, dont environ un quart de cette somme servira à la construction d'infrastructures sur l'axe qui reliera l'ouest de la Chine au port pakistanais de Gwadar sur la mer d'Arabie. De cette façon, la deuxième puissance économique mondiale s'offre un accès direct à l'Océan Indien. 

"Un partenariat stratégique a été transformé en partenariat économique", a déclaré Ahsan Iqbal, le ministre pakistanais du Développement. "La Chine a une vision et le Pakistan peut être le couloir d'un nouveau bloc régional, comprenant les moteurs de la croissance mondiale, où 3 milliards de personnes vivent", a-t-il ajouté. Surnommé le "corridor économique", cet axe Chine - Pakistan est déjà visible dans le nord du Pakistan où une route sinueuse en forme de serpent se dessine peu à peu autour des montagnes et des vallées. "Une longue route traversant de vastes terres reliant un point stratégique à un autre ne sera pas un corridor économique", a cependant estimé Sakib Sherani, un économiste pakistanais. "Mais si elle relie aussi les hommes d'affaires et commerçants pakistanais aux marchés en Chine, ce serait énorme", a-t-il précisé.

L'éviction du terrorisme et l'installation de l'électricité au prix de la prospérité

Plusieurs problèmes sont également à régler pour faire du Pakistan le nouveau gros consommateur de produits chinois. Car si le pays souhaite atteindre son potentiel économique, il devra surmonter la menace que représente le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), un groupe séparatiste musulman qui tente de créer un Etat indépendant dans la partie occidentale du pays et que la Chine accuse de perpétrer des violences dans la province du Xinjiang.

De même qu'une grande pénurie d'électricité augmente considérablement le coût et les difficultés de faire des travaux dans cette région. Pour remédier à cela, la Chine a promis une vingtaine de nouveaux projets d'énergie, comprenant l'installation de 9 centrales électriques alimentées au charbon, 5 parcs éoliens, 3 barrages hydroélectriques et 1 parc solaire. Une fois terminé, ce projet pharaonique devrait apporter 16 600 mégawatts supplémentaires au réseau électrique national du Pakistan, faisant plus que compenser la pénurie d'électricité. 

La question environnementale

Si la construction de ce "corridor économique" représente une avancée majeure sur le plan économique pour le Pakistan, quelques doutes subsistent pourtant chez les habitants de Gilgit-Baltistan, une région administrative située au nord du Pakistan. En effet, ces derniers redoutent les émissions de pollution et tout autre problème lié à la circulation dans cette région sauvage où sont dressées 14 des plus hautes montagnes du monde. "Il y aura un grand nombre de questions environnementales dans un avenir proche", a expliqué Sahib Noor, un agriculteur de Karimabad, l'une des villes de la vallée de Hunza. "Et si nous ne disons rien, nos enfants seront juste bons à ramasser les ordures et les déchets des camions", a-t-il ajouté selon The Washington Post.

Pour cette communauté qui a vu les ressources naturelles de sa région (pierres précieuses et bois) pillées par des entreprises et des hommes d'affaires, ce changement est difficile à accepter. Pour d'autres en revanche, le développement de cette région signifie l'installation d'une meilleure couverture téléphonique et même la possibilité d'utiliser la 3G. Si certains pensent que seuls les investisseurs fortunés tireront profit de la Route de la soie, d'autres Pakistanais éspèrent eux, péréniser leurs affaires. 

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