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Des manuscrits présentés comme des codicilles au testament de Napoléon Ier sont mis en vente.
Des manuscrits présentés comme des codicilles au testament de Napoléon Ier sont mis en vente.
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A bon entendeur

Drôles d'experts : le soi-disant testament de Napoléon mis en vente à Drouot n’est qu’une copie non signée dont personne n’a voulu il y a 9 ans

Deux copies de codicilles au testament de Napoléon Ier ont été vendus pour 357 000 euros à Drouot ce mercredi 6 novembre. Un lot étrangement similaire n'avait été évalué qu'à 1500 euros en 2004.

Cet article a été mis à jour le 6 novembre à 18h00

Ce mercredi 6 novembre était prévue à Drouot la vente de manuscrits que la presse ou des agences spécialisées ont parfois présentés comme des codicilles au testament de Napoléon Ier, le Figaro allant même jusqu'à les considérer comme un « joyau de l'histoire de France ». Sauf que ces deux manuscrits sont en réalité des copies manuscrites, ni signées, ni annotées par Napoléon, réalisées par le comte de Montholon, l'un des trois exécuteurs testamentaires de l'empereur, présent avec lui à Sainte-Hélène, et non des originaux. Un « détail » autour duquel le flou semble avoir été savamment entretenu.

Ainsi, bien que le descriptif du lot mis en vente n’affirme pas directement qu’il s’agisse des codicilles rédigés par Napoléon lui-même, il n’est mentionné nulle part précisément qu’il s’agit d’une copie. On peut même lire dans la Gazette Drouot : « Sont ici en effet réunis les premier et second codicilles du testament de Napoléon Ier ». Du côté d'Artemisa Auctions, la société en charge de la vente, jointe par téléphone, la ligne semble similaire : il s'agit des deux codicilles. C'est quand on contacte Alain Nicolas, l'expert qui a été chargé d'estimer le lot, que l'on obtient finalement la confirmation qu'il s'agit de copies et non d'originaux.

Mais alors comment expliquer que de simples copies puissent être estimées aujourd'hui entre 80 000 et 120 000 euros, alors qu'un lot étonnement similaire, sinon le même, a été estimé en 2004 entre 1300 et 1500 euros et invendu lors d'une vente organisée par Piasa ? Réponse de l'expert de la vente Artemisia : « il ne s'agit absolument pas des mêmes documents. De nombreuses copies des différents codicilles de Napoléon ont été réalisées. » Soit, mais si tant de copies existent, comment expliquer qu'une d'entre elles vaille si cher ? Et, quand bien même les lots Artemisaet Piasa contiendrait des manuscrits similaires mais pas identiques - ce dont les deux descriptifs n'attestent pas forcément au premier abord -, comment expliquer que deux experts aient pu tant diverger dans l'évaluation de leurs valeurs ?

Le vendeur tenant à garder l'anonymat, impossible de recueillir son avis sur le sujet. Restait Thierry Bodin, l'expert qui a estimé les copies des codicilles pour la vente Piasa de 2004. Il aurait sans doute pu nous éclairer s'il avait accepté de nous parler. Mais cela n'a pas été le cas. Dommage, car la vente de ce mercredi tend à prouver soit que son estimation était ridiculement basse, soit que celle de son collègue est scandaleusement élevée. Difficile d'ailleurs d'imaginer que l'attention d'un tel spécialiste des manuscrits n'ait pas été attirée plus tôt sur cette estimation 100 fois supérieure à celle qu'il avait précédemment faite d'un lot étrangement ressemblant. Étonnant également de constater que ni lui, ni les Archives nationales, qui sont en possession de l'original du testament de Napoléon et de ses codicilles, n'aient jugé nécessaire de préciser bien plus clairement auprès du public que cette vente concernait des copies.

Beaucoup d'interrogations et peu de réponses. Deux certitudes cependant. Ceux qui savent comment une simple copie a pu atteindre une telle valeur font tout pour éviter d'expliquer par quel mécanisme cela aurait pu être possible. Et celui qui serait tenté d'enchérir ce mercredi après-midi gagnerait à le découvrir avant de débourser 120 000 euros pour des manuscrits que personne n'a jugé intéressant d'acquérir pour 1500 euros il y a 9 ans... 

Drouot nous a confirmé que le lot avait été acquis pour 357 000 euros (tous frais compris).

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