Donald Trump reprend 10 points à Hillary Clinton en un mois : ce que cela nous dit de l'Amérique d'aujourd'hui | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Le milliardaire Donald Trump, candidat à l'investiture Républicaine.
Le milliardaire Donald Trump, candidat à l'investiture Républicaine.
©

Tank politique

Donald Trump reprend 10 points à Hillary Clinton en un mois : ce que cela nous dit de l'Amérique d'aujourd'hui

Longtemps moqué, le candidat Républicain et milliardaire Donald Trump domine aujourd'hui le paysage électoral américain. Malgré ses insultes et autres insanités publiques, il a gagné 10 points dans les sondages depuis juin.

François Durpaire

François Durpaire

François Durpaire est historien et écrivain, spécialisé dans les questions relatives à la diversité culturelle aux Etats-Unis et en France. Il est également maître de conférences à l'université de Cergy-Pontoise.

Il est président du mouvement pluricitoyen : "Nous sommes la France" et s'occupe du blog Durpaire.com

Il est également l'auteur de Nous sommes tous la France : essai sur la nouvelle identité française (Editions Philippe Rey, 2012) et de Les Etats-Unis pour les nuls aux côtés de Thomas Snégaroff (First, 2012)

 


Voir la bio »

Atlantico : Alors que l'écart séparant Clinton et Trump était de 16 points dans les sondages du mois de juillet, celui ci s'est réduit pour en arriver un écart de 6 points. Quelles sont les causes d'un progrès aussi rapide dans l'opinion ?

François Durpaire : Un chiffre dit tout : 24% des Américains – 24% seulement – expriment leur confiance dans l’Etat fédéral. Or, les candidats "favoris" incarnent cet Etat fédéral qui est aujourd’hui rejeté : Hillary Clinton, femme de président, sénatrice à Washington, puis secrétaire d’Etat ; Jeb Bush, fils et frère de président. Sur les 26 dernières années, leurs deux familles ont passé 20 ans à la Maison-Blanche ! De nombreux Américains en ont marre et expriment leur mécontentement en donnant leur intention de vote à un homme qui apparaît comme "hors système".

Il y a une profusion de candidats américains dont aucun ne se dégage vraiment du lot. Dans ce contexte leurs discours apparaissent ternes. On note pléthore de candidats mais avec un discours qui apparait pour l’électorat de base américain bonnet blanc, blanc bonnet. Il y a une prime au discours authentique, au franc parlé.

L’absence de charisme chez ses adversaires lui permet d’avoir cet espace politique. Du côté Bush, la force de Trump est aussi la faiblesse de Jeb Bush pénalisé par l’ombre de son frère. De plus, J. Bush a commis une erreur importante lors du dernier débat, il n’a quasiment parlé que de son bilan en tant que gouverneur. Le succès de Trump s’explique également par la jeunesse de certains politiques comme Marco Rubio, avec une expérience toute relative et sans grand réseau.

Il manque une projection forte dans l’avenir pour les Américains de la part des Républicains. En effet, ils ne proposent pas assez au peuple américain un avenir radieux, or, les électeurs sont très attachés à ce point. Les Républicains passent leur temps à dire ce qu’ils vont défaire de la politique d’Obama plutôt que de dire aux américains ce qu’ils vont faire de l’Amérique.

Qu'est ce que cela révèle des Etats-Unis ? Pourquoi ces discours trouvent-ils un écho au sein de la société américaine ?

Cela trouve un écho dans une partie de la société américaine. Ceux qui refusent le mariage gay, qui sont hostiles à l’immigration, que les Afro-américains ont tort de protester, que Obama a affaibli le pays en tendant la main à ses ennemis (Iran, Cuba, etc.), que le mode de vie américain doit prévaloir sur la préservation de la planète. Il n’est pas sûr que cette Amérique là soit majoritaire...

Il y a encore un mois D. Trump n'était pas crédible à en écouter les commentateurs. Face à l’érosion Clinton, Trump apparaît-il désormais comme un vainqueur potentiel de l'élection américaine ?

Nous n’en sommes vraiment pas là. A l’heure où nous parlons, il reste très improbable que le 45ième président des Etats-Unis, qui prêtera serment en janvier 2017, s’appelle Donald Trump. En revanche, ce qui est sûr, c’est que ce dernier ne fait désormais plus figure de candidat fantoche. D’abord, parce que l’intérêt qu’il suscite se traduit désormais en intention de vote sur le terrain : il est par exemple crédité de la première place dans l’Iowa (22%) devant Ben Carson (14%) et Scott Walker (9%). Jeb Bush ne serait que sixième dans cet Etat qui sera le premier à s’exprimer dans la primaire (février 2016). Ensuite, parce que Donald Trump met en place une logistique dans chaque Etat avec des équipes organisées ; cela témoigne du sérieux de sa campagne au-delà des déclarations tonitruantes. Enfin, Donald Trump pèse 4 milliards de dollars, ce qui n’est pas négligeable quand on veut mener campagne sur la durée...

Au regard de l'effritement de la popularité de Clinton, la candidature de l'actuel vice-président, Joe Biden, semble être réclamée par l'électorat démocrate. S'agit-il d'un recours crédible ?

Ce qui est sûr, c’est que la candidature de Joe Biden témoigne de la fragilité de la candidature Clinton. Si sa candidature apparaissait comme naturelle et évidente, jamais le vice président n’aurait eu l’idée d’entrer dans la course aux primaires. D’autre part, cette candidature pourrait révéler les faiblesses de l’ancienne secrétaire d’Etat : Joe Biden est ouvert, jovial, proche des gens. Il apparaît spontané et transparent.  Il révèle en creux tout ce que n’est pas Hillary...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !