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Taux d'intérêts : 
La gigantesque distorsion de 
concurrence au profit des banques
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Injustice économique

Taux d'intérêts : La gigantesque distorsion de concurrence au profit des banques

L'aide des banques centrales aux banques privées se manifeste par des taux d'intérêts avantageux. Un privilège qui favorise l'expansion du secteur financier, au détriment des autres secteurs de l'économie.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

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Imaginons que Renault puisse emprunter de l’argent à 1% quand les autres constructeurs automobiles payent 4, 5 ou 6% d’intérêt auprès de leurs banques ou en émettant des obligations. Cet avantage constituerait une considérable distorsion de concurrence au profit de Renault, qui pourrait ainsi grignoter progressivement des parts de marchés à ses concurrents.

Ce que l’on décrit ici se produit en réalité à l’échelle de l’économie en faveur des banques. En effet, les banques européennes se financent auprès de la BCE au taux de 1% et les banques américaines auprès de la Fed à 0%. Un secteur entier, la finance, est privilégié par rapport au reste de l’économie, ce qui explique en partie les raisons de son expansion.

Et ce privilège n’a aucune justification, il résulte d’une intervention souveraine des banques centrales sur les marchés (sous la pression des Etats). Récemment (les 21 décembre et 29 février), la BCE à prêté 1000 milliards d’euros à 1% sur trois ans aux banques européennes (les « LTRO »). Si elles avaient du lever ces sommes sur les marchés, il n’est d’abord pas du tout certain que ces banques aient pu obtenir un tel montant, et encore moins à 1% l’an ! Il aurait fallu compter avec 3% minimum et, pour celles les plus en difficulté, au-dessus de 10%.

Ce cadeau du crédit quasiment gratuit privilégie outrageusement le secteur bancaire par rapport au reste de l’économie, et il explique aussi le montant faramineux des bonus. Avec un taux d’intérêt annuel à 1%, il n’est pas vraiment compliqué de gagner de l’argent, il suffit d’aller en bourse, sur les bons d’Etat ou sur les matières premières pour empocher de confortables bénéfices. Et comme toutes les banques font de même, ceci accélère la hausse de ces actifs financiers. Ce mécanisme n’est rien d’autres qu’une bulle qui éclatera un jour ou l’autre, en attendant, merci les bonus !

On apprend, au détour d’une dépêche du 14 mars, que Goldman Sachs envisagerait d’acheter les activités eau de Veolia en Grande-Bretagne. La banque d’affaires américaine financera son acquisition avec de l’argent « gratuit » quand ses concurrents industriels devront, eux, convaincre leur banquier et payer au moins 4 à 5 % d’intérêt. Une scandaleuse distorsion de concurrence qu’aucune instance nationale ou internationale ne dénonce ! Allo l’OMC ?

Si les banques profitent de cet avantage indu pour investir dans l’économie réelle et acquérir des entreprises, le pire est à craindre quand on voit leur aveuglement face à la gestion des risques. La politique d’argent facile des banques centrales ne soutient pas du tout l’économie, on le voit, mais seulement, et de façon injuste, le secteur bancaire. Non seulement la finance est malade, mais en plus elle s’hypertrophie ! La crise est loin d’être terminée. 

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