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"État palestinien" à l'ONU : instrumentalisation, mensonges et non-dits...
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Israël / Palestine

"État palestinien" à l'ONU : instrumentalisation, mensonges et non-dits...

Mahmoud Abbas a demandé ce vendredi la reconnaissance d'un "État Palestinien" à l'ONU. Retour sur les non dits d'une demande polémique...

Shmuel Trigano

Shmuel Trigano

Shmuel Trigano est sociologue, philosophe et professeur des universités français.

 

Spécialiste de la tradition hébraïque et du judaïsme contemporain, il est président de l'Observatoire du monde juif et directeur du Collège des études juives de l’Alliance israélite universelle.

Il dirige également les revues Pardès et Controverses.

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L’opération palestinienne de demande de reconnaissance d’un "État de Palestine" est un chef d’œuvre de manipulation du discours et des consciences. C’est une déclaration de guerre extrêmement astucieuse parce qu’elle s’énonce dans un discours victimaire, de surcroît en quête – très procédurière et formellement juridique - de « reconnaissance ». Quelle meilleure façon de séduire l’opinion que de toucher ce qui soucie le plus tout individu aujourd’hui : être « reconnu » par les autres en un âge de massification ?

L'Autorité palestinienne existe... grâce à Israël 

S’il y a une « Autorité Palestinienne », c’est bien parce qu’Israël lui a donné une existence par les Accords d’Oslo, après être allé chercher à 3000 km de là, à Tunis, une organisation terroriste, l’« Organisation de Libération de la Palestine », vaincue et pourchassée, pour mettre en son pouvoir des territoires, une police, une reconnaissance internationale qu’elle n’avait jamais eues auparavant.

Israël ne remettait pas en effet une terre occupée à son légitime propriétaire car il n’y a jamais eu, dans l’histoire, d’Etat de Palestine et la conscience d’être une nation - et pas une partie de la Oumma - est très récente chez les Palestiniens, congénitalement inséparable de leur confrontation avec Israël. Il n’y a pas eu, il n’y a jamais eu, il n’y aura jamais de « Palestine » sans Israël. Comme la guerre de 1948 l’a démontré - sans que cela n’ait jamais gêné les Palestiniens ! -  l’Égypte et la Jordanie n’en feraient qu’une bouchée de pain.

Des frontières ?

De fait, avant 1967 - une guerre d’extermination lancée contre Israël - la Jordanie et l’Égypte occupaient par la violence ces territoires qu’ils avaient envahis. Avant eux dominait l’Empire britannique qui avait reçu un mandat de la Société des nations, et avant lui l’Empire ottoman.

Les frontières de 1967 sont juridiquement des lignes d’armistice temporaires, ce que consacre la résolution 242 qui proclame le droit d’Israël à des frontières sures et reconnues et ne réclame aucun retrait sur des frontières qui n’existent pas.

Alors pourquoi cette demande de reconnaissance ?

C’est un leurre destiné à tromper. Tout d’abord, en occultant le fait tellement évident que l’Autorité palestinienne n’existe que par la volonté d’Israël, jusque et y compris dans son emprise sur le terrain car, sans Tsahal, il y a belle lurette que le Hamas aurait pris le pouvoir !

Un leurre qui travestit la rupture évidente des accords d’Oslo (art. 9 interdisant toute décision unilatérale) qui ont donné naissance à l’AP. C’est en cela qu’il y a déclaration de guerre.

Un leurre qui induit  une guerre très originale qui, selon les dires  mêmes de Mahmoud Abbas,  instrumentalise le système international et embrigade les États du monde pour conduire la guerre contre Israël que les Palestiniens ne peuvent ni mener ni gagner. L’objectif est notamment de pouvoir attaquer Israël devant la Cour Pénale internationale pour des crimes contre l’humanité auxquels l’Autorité palestinienne cherchera à pousser Israël à travers l’instrumentalisation de masses de civils dans des événements sanglants dont elle a la pratique. L’objectif, c’est de faire de tous les Israéliens des parias d’une planète cynique, faussant mine de respecter une effigie du droit international.

De quelle reconnaissance s’agit-il en effet, alors que, par cette rupture, elle se nourrit d’une décision clairement proclamée d’une méconnaissance d’Israël comme Etat juif, juif comme on dit français, anglais, ou chinois. Israël n’a pas pour dénomination officielle « État juif », comme certains médias veulent bien le croire, mais « État d’Israël », pour comprendre en lui différentes origines. Il y a à la Knesset des partis qui se disent « arabes ». Il y a même un parti islamiste. Imaginez-vous en France un parti islamiste à l’Assemblée nationale ? Et pourtant c’est le cas en Israël. Le conseiller intime de Yasser Arafat était aussi député à la Knesset et l’est toujours. Accusé d’apartheid, Israël est l’un des rares peuples globaux du monde. On y trouve des populations de toutes origines, des Juifs africains aux Juifs aux yeux bridés !

Mais depuis la fin du XIX° siècle, et clairement dans la Charte de l’OLP, jamais abolie réglementairement, les Palestiniens refusent aux Juifs la qualité de peuple et de peuple ayant droit à l’autodétermination. Ce qui constitue une violation de la décision de l’ONU (résolution 181) qui, par 23 fois, emploie l’expression d’«État juif » dans la perspective de créer deux États, juif et arabe (pas « palestinien » car les Juifs étaient alors qualifiés de « Palestiniens »), dans le cadre de la Palestine mandataire qui comprenait le territoire de l’actuelle Jordanie, un État dont l’existence fut le résultat de la trahison du mandat de la SDN par l’empire britannique qui transmit l’État « arabe » qui aurait dû exister,  au shérif Hussein, de la dynastie hachémite et sans rapport avec la population arabe de la Palestine mandataire.

Cette non-reconnaissance des  Juifs comme peuple peut étonner quand on part de l’idée, fort répandue, que le peuple palestinien est faible et sans défense et quémande la reconnaissance. Cette vision soigneusement calculée pour la communication avec l’Europe ne correspond pas en fait à la façon dont les Palestiniens se considèrent, comme l’avant garde d’une oumma d’un milliard d’individus. Sinon on ne s’expliquerait pas la raison de leur intransigeance vis à vis de la reconnaissance d’un État juif qui est le verso d’un recto défendant le « droit au retour » de 5 millions de « réfugiés » dans l’Etat d’Israël (dont on comprend alors qu’il ne puisse pas être un État juif). Un petit peuple en danger – ce qu’était Israël en 1947 – accepterait toute proposition en fonction de l’urgence. Les Palestiniens croient avoir le temps et le nombre pour eux.

C’est une réécriture de l’historie qui est à l’œuvre qui, d’un côté, essentialise la « Palestine », l’autochtonise – ah ! le mythe des « oliviers palestiniens » ! – et de l’autre fait des Juifs des intrus et des étrangers. Cette réécriture fait violence aux faits historiques et obscurcit les enjeux et les finalités de cette reconnaissance.

C’est effectivement un drôle d’État qui demande « reconnaissance »

Un Etat irrédentiste, car, outre la Cisjordanie, il exerce une option sur l’Etat d’Israël. Ainsi, depuis les accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne instrumentalise les 20% de citoyens israéliens d’origine palestinienne et exige comme condition de la paix le droit au retour de plus de 5 millions de pseudo-réfugiés palestiniens (pseudo car il y a là un cas unique au monde où l’on est « refugié » de père en fils), c’est à dire la subversion démographique d’Israël.

Ce fut là la deuxième étape de la Pax Palestina signée sur la pelouse de la Maison Blanche. Si le monde impose à Israël la reconnaissance d’un Etat de Palestine, cette étape sera mise en œuvre. La minorité palestinienne d’Israël se soulèvera pour demander la fin de « l’apartheid » à son encontre. Le « comité de suivi » des Arabes israéliens a déjà publiquement défini ses objectifs. Puis viendra la revendication du droit au retour des « réfugiés ».

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises à ce sujet  car nous venons d’apprendre de la bouche du représentant de l’OLP au Liban, Abdullah Abdullah, que les « réfugiés » palestiniens, y compris ceux qui vivent dans des camps devenus des établissements durables, ne seront pas considérés automatiquement comme des citoyens palestiniens… Évidemment ils doivent devenir « Israéliens » !

Après demain, troisième étape, l’Etat de Palestine réclamera-t-il la Jordanie dont 75% de la population est palestinienne (les administrés de l’AP en Cisjordanie étaient avant 1967 des citoyens jordaniens) ? Il lui sera facile de fomenter son soulèvement contre une royauté étrangère.

Un État non démocratique

Si Israël n’est pas autorisé à être un État « juif », par contre la Palestine, sera selon la constitution de l’Etat projeté, « l’Etat du peuple arabe palestinien » (art 1). La souveraineté n’y appartiendra qu’à ce peuple (art 10), qui se définit comme une partie des « nations arabes et islamiques » (art 2). L’islam est sa religion officielle (art 6). Les droits des « monothéistes » seront « respectés »- c’est à dire  sur le mode d’un privilège et non d’un droit -, ce qui a un fort relent du statut de dhimmis de la Sharia auquel les Juifs et les chrétiens étaient autrefois astreint (1). Pour avoir la nationalité palestinienne, il faut être « arabe » (art. 10 et 13) ou musulman (clef de la nationalité selon l’article 6). La Sharia sera la source du droit (art. 7).

Je n’évoque même pas ici le fait que le Hamas fasse partie de cet Etat (où, de surcroît, les élections ont été repoussées depuis plusieurs années) et qu’il conduit une guerre permanente contre Israël. Or, d’après ses statuts, l'ONU, qui n'est pas habilitée à reconnaître un Etat ou un gouvernement n’accepte dans ses rangs que " les Etats pacifiques qui acceptent les obligations de la Charte et, au jugement de l'organisation, sont capables de les remplir" .

Est-ce cet État que veut reconnaître Alain Juppé qui, par contre doute, que l’État d’Israël puisse se dire « juif » ? Est-ce cet état que Nicolas Sarkozy dit indispensable à la réussite du mirifique « printemps arabe » ? Comment un nationalisme aussi réactionnaire a-t-il pu devenir une cause progressiste et morale ? Comment, 70 ans après le Shoah, l’Europe peut-elle le cautionner  et enfermer Israël dans une telle impasse?

C’est le vieux préjugé contre les Juifs qui est toujours à l’œuvre – n’en doutons pas – mais ce qui est sûr c’est que le pogrom diplomatique qui d’aucuns rêvent de perpétrer à New York sonne le tocsin d’une nouvelle guerre. Et elle n’épargnera pas l’Europe.

 

 

 

 

(1) Néanmoins, le représentant de Mahmoud Abbas à New York déclarait ces jours derniers : « je ne parle pas de déporter tous les Juifs, mais simplement de les expulser ». Le même Mahmoud Abbas déclarait en août 2010, que si un contingent de l’OTAN ou de l’ONU devait se tenir sur les frontières d’un nouvel Etat, il ne devra comporter ni soldat juif (dans le cas de l’OTAN par exemple), ni soldats israéliens. En somme il demandera à la France, par exemple, de pratiquer une discrimination raciale et raciste pour constituer son contingent. Récemment dans un discours à la télévision palestinienne, il accusait les Juifs d’entraîner des chiens et des porcs pour terrifier les Palestiniens, arracher les arbres et souiller la Palestine. Drôle de volonté de paix !

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