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Une famille en or.
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Donations

La famille, c'est d'abord un patrimoine !

Les députés viennent d'assouplir les dons d'argent défiscalisés au sein de la famille. C'est un nouveau pas vers la libéralisation du patrimoine familial qui favorise la solidarité intergénérationnelle.

Anthony  Mahé

Anthony Mahé

Anthony Mahé est sociologue à l'ObSoCo (Observatoire Société et Consommation). Il est spécialisé dans les domaines de l'imaginaire de la consommation et de la sociologie du quotidien. Il a réalisé une thèse de doctorat sur le recours à l’endettement bancaire à l'Université Paris-Descartes.

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Le gouvernement vient d’assouplir, par voie d’amendement, les règles permettant les donations défiscalisées aux descendants. Les questions liées aux abattements fiscaux ne manquent pas de faire polémique quant aux inégalités de richesse et au favoritisme des classes les plus aisées. Mais au-delà du débat politique et social, cette réforme, qui prolonge les précédentes en la matière, interroge le rôle de la famille en tant qu’institution face au rôle interventionniste de l’Etat.

La famille, au-delà des liens biologiques

Le philosophe Engels, dans son analyse historique de la famille, montre le lien fondamental qui existe entre l’organisation de la famille moderne et la propriété privée, le patrimoine. Fidèle à la tradition marxiste, le philosophe insiste bien sur la prépondérance des conditions économiques et matérielles, à savoir «  la victoire de la propriété privée sur la propriété commune primitive et spontanée », dans l’émergence de la famille moderne (régie par le principe de la monogamie) sur les conditions « naturelles », à savoir les liens du sang, pour caractériser la catégorie de la famille.

En somme, d’un point de vue sociologique et historique, la filiation est d’abord une question de patrimoine matériel avant d’être une question biologique et de lien du sang. Engels, la tradition marxiste et pour dire large la gauche aujourd’hui, y voient là surtout le terreau des luttes sociales dans le capitalisme triomphant, et on voit combien cela est encore d’actualité.

A bien des égards, cette mesure favorise la solidarité intergénérationnelle et c’est bien le but affiché. L’impact attendu est aussi une relance de la consommation. Mais une telle démarche signifie aussi un retrait de l’Etat régalien pour favoriser l’autorégulation de la communauté domestique.

La transmission, verticale et horizontale

Le propre du patrimoine, support matériel et social de l’existence de la famille, est la transmission. L’évolution démographique de notre société, le vieillissement de la population en particulier, a fait reculer dans le cycle de vie la transmission des biens fonciers. Quand on regarde historiquement l’importance de la transmission du capital dans l’équilibre familial, ne serait-ce que jusqu’aux années soixante, on peut poser la question du rôle que tenait le patrimoine familial jusqu’à aujourd’hui.

Les besoins ont changé, la transmission se fait autant sur la plan horizontal que vertical. La logique du patrimoine se transforme, davantage axée sur une interdépendance entre générations que pose nécessairement la singulière question de la dépendance vieillesse, à savoir des parents vis-à-vis de leurs enfants. Le lien familial est, pour parler comme les anthropologues, un ensemble de dons-contre-dons qui tissent ce lien. Sauf que la configuration démographique actuelle fait que ce lien n’est plus seulement linéaire, d’une génération à l’autre, il prend la forme d’une mosaïque transgénérationnelle. Les générations qui ont pu se constituer un patrimoine viennent en aide aux suivantes pour les aider à accéder à la propriété, à réaliser un projet de vie ici et maintenant. Demain, c’est elles qui auront besoin de ces générations et cela change considérablement la donne. Tout cela n’est pas nécessairement fait consciemment d’ailleurs.

L'Etat se retire de la sphère privée

Ce qui est en jeu est une recomposition des modes vie intrafamiliaux qui nécessitent un aplanissement des modes de solidarités. Les donations en sont une illustration. Au-delà de la mesure politique, c’est une transformation sociétale de fond que nous observons et, de par son ampleur, c’est cette transformation qui amène le politique à s’adapter. L’Etat se retire de ce qui relève dans le fond de la sphère privée et intime et avoue dans le même temps sa perplexité à faire face à une société vieillissante et multi-générationnelle.

Objectivement, cette mesure de défiscalisation favorise évidemment une frange de la population dotée d’un important patrimoine liquide. Mais dans le même temps, il s’agit de signaux faibles annonciateurs d’une mutation sociétale qui risque de changer considérablement les politiques de la famille à l’avenir. Cette forme de solidarité familiale qui s’exprime ici crée de la cohésion malgré tout. Cela nous obligera à nous réinterroger sur les politiques de solidarités sociales et de redistribution.

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