Décollage au ralenti : comment la lente progression du PIB français en 2016 masque l’énorme manque à gagner d’une économie française percutée par la crise 2008 | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Décollage au ralenti : comment la lente progression du PIB français en 2016 masque l’énorme manque à gagner d’une économie française percutée par la crise 2008
©Reuters

Houston, on a un problème

Décollage au ralenti : comment la lente progression du PIB français en 2016 masque l’énorme manque à gagner d’une économie française percutée par la crise 2008

Selon les derniers chiffres publiés par l'INSEE, la croissance française aurait atteint 1.2% en 2016, contre 1.1% en 2015 et 0.9% en 2014. Mais derrière l'apparente lente progression se cache une économie qui semble tourner à un régime bien plus faible que son potentiel.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

Voir la bio »

​Atlantico : ​Les chiffres du PIB relatifs à l'année 2016 font état d'une croissance de 1.2% de l'économie française, contre 1.1% en 2015 et 0.9% en 2014. Comment interpréter cette progression qui, bien que faible, reste positive ?

Nicolas Goetzmann : Il est préférable de regarder les chiffres de la croissance nominale pour se faire une idée plus précise de la tendance actuelle. La croissance nominale, c'est, pour simplifier, la somme de la croissance au sens où on l'entend classiquement, et de l'inflation. Or, la croissance nominale française a atteint le chiffre 1.6% pour l'année 2016 alors qu'elle était de 2.2% l'année précédente. Elle est donc en légère baisse d'une année sur l'autre, mais il est surtout important de préciser qu'il s'agit d'un chiffre qui a été divisé par deux depuis la crise de 2008. Entre 1997 et 2007, la croissance nominale, qui correspond à ce que l'on appelle la croissance de la demande, était de 4% par an, en moyenne, et ce, sur un rythme quasi-métronomique. La question qu'il revient de se poser, dans une telle configuration, c'est de savoir comment une économie comme celle de la France a pu voir la croissance de sa demande être divisée par deux plus ou moins du jour au lendemain. Parce que les conséquences de cette situation, c'est un chômage de masse qui ne se résorbe que sur un rythme de sénateur, un déficit public que le gouvernement a du mal à maîtriser, et une dette qui continue de culminer à un niveau élevé. Pour ces trois points, chômage, déficits, dette, la question est d'ordre macroéconomique, le point essentiel est de permettre une accélération de la croissance nominale pour que celle-ci corresponde aux capacités de productions du pays. Il est probable que ces capacités aient été entamés lors de ces 10 dernières années, justement parce que la croissance faible a participé à la destruction du potentiel du pays. Mais cette question ne relève que d'une autorité; la Banque centrale européenne. Elle est seule à pouvoir remettre la croissance nominale du pays "en marche", il serait donc plutôt utile de regarder de ce côté pour qui voudrait améliorer le sort économique du pays. Il y a toujours des arguments qui viennent défendre l'idée que la BCE "fait tout ce qu'elle peut", mais cela ne tient simplement pas la route. La BCE pourrait faire beaucoup plus encore, et notamment rattraper tous les dégâts causés depuis 10 ans, parce que partir en retard avec sa politique de relance en 2015, soit 6 ans après les États Unis, devrait supposer de faire ce qu'il faut pour corriger le retard pris. Cela n'est tout simplement le cas. Il suffit de regarder les chiffres du chômage pour s'en rendre compte.

Que peut-on attendre de l'évolution future de l'économie française, principalement de la croissance, au regard des annonces faites par le pouvoir en place ?

Le plus révélateur consiste peut-être à regarder les prévisions de croissance de long terme formulées par les équipes du nouveau Président. Pour 2016, la croissance est prévue à 1.4% pour 2017, 1.6% pour les années 2018, 2019, et 2020, puis à 1.7% pour 2021 et 1.8% pour 2022. Bref, la supposition est que la croissance potentielle du pays, après les réformes envisagées, serait de 1.8%. Mais ce qui frappe dans ces prévisions, c'est qu'il n'est absolument pas question de "rattraper" tout le chemin perdu depuis la grande récession de 2008. La crise, qui est la plus grâve depuis 29, est tout simplement ignorée, et les réformes proposées ne tiennent pas compte de cette situation. Le droit du travail n'était fondamentalement pas plus "libéral" pendant la décennie des années 2000, et pourtant la croissance de la demande était largement supérieure à ce que nous constatons aujourd'hui, ce qui est en fait parfaitement normal parce que la croissance de la demande n'a rien à avoir avec le droit du travail. L'ambition proposée par En Marche est de créer plus d'emplois avec une croissance équivalente, ou en légère progression. Soit, mais la question fondamentale n'est pas celle-ci, mais celle de faire tout ce qu'il est possible pour que la croissance française soit au maximum de son potentiel, ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui en raison d'une politique monétaire qui reste encore trop restrictive. Et le seul coup d'œil à l'évolution de la croissance nominale de la zone euro depuis 2008 permet de le révéler. La zone euro fonctionne au frein à main depuis 10 ans, et personne ne semble avoir l'idée de changer cela. Une fois que l'idée est intégrée, il faudra convaincre les partenaires de la France, mais il ne faudrait pas oublier que lorsque les règles de Maastricht ont été définies, le cadre de pensée était le suivant : 3% de déficits, 60% de niveau d'endettement, et 5% de croissance nominale. Évidemment, quand la croissance nominale explose à la baisse, il est tout à fait évident que le reste va exploser à la hausse, simple logique. Mais si les 5% de nominal étaient respectés par la BCE (et on peut envisager de passer ce niveau à 4% au regard du nouveau contexte européen) les questions de déficits et de dettes ne se poseraient plus. On se concentre sur le superflu, et on oublie l'essentiel.

Quels seraient les moyens permettant d’accélérer le rythme de progression de l'économie du pays ? Quels en seraient les écueils ?

Pourquoi ne pas jouer la provocation. Réunir les pays de la zone euro autour de la table, constater simplement le cadre évoqué des critères de Maastricht, et se demander pourquoi la croissance nominale qui était "attendue" autour de 5% lors de la définition des critères a été divisée par 2. Et là, on pourrait se retourner vers la BCE, parce que s'il y a une institution qui ne respecte pas les règles, c'est avant tout celle-ci. La BCE poursuit un objectif de maîtrise des prix, l'inflation devant être proche mais inférieure à 2% (ce qui est déjà un objectif très restrictif à la base), or, depuis 2009, la moyenne de l'inflation en zone euro est de 1.17%, soit un écart de plus de 40% avec l'objectif. Il n'est pas nécessaire d'aller chercher beaucoup plus loin les causes des déficits et de dettes excessives ; la demande a été détruite au sein de la zone euro. La réponse doit donc être provenir de la demande, c’est-à-dire du pouvoir monétaire. En se concentrant exclusivement sur les questions de politique de l'offre, qui ne pourront avoir qu'un effet marginal sur le potentiel du pays, on se condamne à accepter d'encaisser les pertes dues à la crise. C'est donc vers la demande, vers la BCE, qu'il faut agir.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !