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Emmanuel Macron lors d'une visioconférence depuis l'Elysée
Emmanuel Macron lors d'une visioconférence depuis l'Elysée
©Sebastien NOGIER / POOL / AFP

Cabotinage

Déclaration de candidature : petits conseils à l’attention d’un président épris de théâtre

Et c’est de Néron qu’il s’inspire.

Isabelle Larmat

Isabelle Larmat est professeur de lettres modernes. 

Voir la bio »

On est tous payés pour savoir que notre président aime le théâtre 

On vous fait grâce ici de sa biographie.

On sait qu’il profère la plupart du temps ses discours avec la pose et les accents d’un mauvais tragédien. Il faut bien sûr excepter les saillies, que certains aiment à qualifier de « dérapages » dont nous gratifie parfois le présidentiel cabotin. La morgue et le masque tombent alors et le naturel vif et primesautier du jeune homme prend le dessus pour notre plus grand bonheur, révélant la nature humaine, trop humaine du divin personnage.

C’est avec force trémolos dans la voix qu’Emmanuel Macron déclame, en toge et la main posée sur le cœur ; cœur qui, petit détail anatomique propre à notre cher Président, se trouve très curieusement, placé au milieu de la poitrine. Le regard inspiré et contemplant au loin, très loin, au-delà d’un horizon fuyant, la Vérité vraie qu’il s’est donné pour mission de nous révéler, à nous autres, ses sujets, depuis le sommet de l’Olympe, il déclame.

 Parfois, pour donner un peu plus de vie à son discours, rompant avec la parole surplombante du télévangéliste il se donne des airs qui rappellent ceux d’un personnage de La Bruyère : « impatient, présomptueux, colère, libertin, politique, mystérieux sur les affaires du temps (…) », il déclame toujours. « Il se croit du talent et de l’esprit. »

Bon, il cause, quoi ! De quoi ? On s’en fout ! Tout est dans la posture qui en impose, le fond, peu nous chaut à nous autres ! Le gamin apparaît et paraît, et nous, on disparaît, c’est tout. De la posture à l’imposture et avec notre consentement résigné, il n’y a qu’un pas : sécurité, laïcité, maintien de l’ordre, éducation, culture, santé publique, défense : évacués. Il s’agit juste communier ensemble à notre bon vivre-ensemble.

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Le jeune homme est sur le point de déclarer, secret de Polichinelle s’il en est, qu’il brigue, pour employer la formule consacrée, un second mandat. Aussi, nous lui proposons, pour déclarer son évidente flamme à notre pays, de reprendre la tirade d’un Néron dévoilant à Narcisse sa passion pour Junie dans le « Britannicus » de Racine (acte II scène 2).

Notre Président-Néron, s’il présentait ainsi l’amour malsain qu’il porte à une France- Junie, sa captive, aurait alors au moins le mérite d’annoncer la couleur à ses électeurs, dès fois qu’ils n’auraient pas compris. Il soulignerait ainsi, avec honnêteté le plaisir qu’il prend à assujettir un si beau pays, fragile et sous sa coupe un peu plus chaque jour depuis bientôt cinq ans : assis, debout, couché !

NARCISSE

Vous l’aimez ?

NÉRON

Excité d’un désir curieux,

Cette nuit, je l’au vue arriver en ces lieux.
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,

Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,

Belle sans ornement dans le simple appareil

D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.

Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,

Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,

Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,

Relevaient de ses yeux les divines douceurs,

Quoi qu’il en soit, ravie d’une si belle vue,

J’ai voulu lui parler et ma voix s’est perdue :

Immobile, saisi d’un long étonnement,

Je l’ai laissée passer dans son appartement,

J’ai passé dans le mien. C’est là que, solitaire,

De son image en vain, j’ai voulu me distraire.

Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler,

J’aimais jusqu’à ses pleurs que je faisais couler.

Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ;

J’employais les soupirs et même la menace.

Voilà comme, occupé, de mon nouvel amour,

Mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour. (…)

Isabelle Larmat, professeur de Lettres modernes

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