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De Hollande à Colombey à Guaino candidat à la primaire : pourquoi cette envie de gaullisme aujourd'hui ?
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De Hollande à Colombey à Guaino candidat à la primaire : pourquoi cette envie de gaullisme aujourd'hui ?

De François Hollande en visite à Colombey-les-Deux-Eglises à Henri Guaino qui a annoncé ce lundi sa candidature à la primaire de la droite en passant par le Front national, l'héritage gaulliste est de plus en plus revendiqué.

Claire Andrieu

Claire Andrieu

Claire Andrieuest une historienne française spécialiste de l'histoire politique de la France contemporaine. Elle est professeur des universités à l’Institut de Sciences Politiques de Paris et membre du Centre d'Histoire de Sciences-Po.

Elle a participé à la rédaction du Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont (23 mars 2006) et est la codirectrice du Dictionnaire De Gaulle, Bouquins, Robert Laffont, 2006.

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Atlantico : De François Hollande en visite à Colombey-les-Deux-Eglises à Henri Guaino qui a annoncé ce lundi sa candidature à la primaire de la droite en passant par le Front national, nombreux sont ceux qui se réclament du Général de Gaulle.  Que signifie ce retour au gaullisme ? De quoi est-il le symptôme ?

Claire Andrieu : Je ne suis pas certaine qu'il s'agisse véritablement d'un retour. La référence à de Gaulle a toujours été présente dans la vie politique. Rappelons que le général de Gaulle est l'un des trois ou quatre personnages de l'histoire de France les plus populaires, aux côtés de Napoléon Bonaparte, Jeanne d'Arc et Louis XIV. Son influence sur le discours politique français a donc toujours été assez prégnante. 

Charles de Gaulle est un personnage hors du commun, notamment en raison des responsabilités qu’il a volontairement assumées durant deux crises graves. Il était là pendant la Seconde Guerre mondiale, mais pas seulement, puisqu'il était également présent au moment de la guerre d'Algérie. Aujourd'hui, notre pays connaît une période de tensions générée à la fois par une grave crise économique et par une seconde crise de type guerrier mais inédite dans ses origines et ses modalités. Il est logique que les responsables, mais aussi les candidats aux responsabilités, cherchent des réponses dans le parcours du général de Gaulle.

La référence à l'Histoire est comme un réflexe en politique, en France du moins. De Gaulle lui-même raisonnait de cette manière. En 1940, il s'appuyait sans le dire sur son expérience de la débâcle allemande de 1918 pour voir plus loin. Le général de Gaulle avait vécu cette défaite de l’ennemi dans un camp de prisonnier où il avait accès à la presse allemande. Il a assisté à cette débâcle, a étudié la décomposition du gouvernement allemand et en a tiré un livre, La discorde chez l'ennemi, publié en 1924. S'appuyer sur un précédent historique, en politique, est presque devenu un automatisme. Que les hommes et les femmes politiques contemporains le fassent aujourd'hui me semble naturel, c’est un trait de la culture politique française, qui s'appuie beaucoup plus sur l'Histoire que ce n’est le cas dans d’autres pays. L’Histoire offre un levier pour réfléchir et, dans cette démarche, s'exerce une comparaison implicite. On peut bien sûr la juger boiteuse, mais tout raisonnement repose sur une relation entre plusieurs éléments et plusieurs faits.

Pourquoi ce besoin d'aller se ressourcer auprès du mythe de Gaulle se manifeste-t-il ? Dans quelle mesure ce retour au gaullisme traduit-il un manque de charisme et d'idées des figures politiques actuelles ? 

Chacun voit le Général de Gaulle à son heure, à son clocher. Compte-tenu de la stature du personnage, il n'est pas surprenant que les différents acteurs politiques cherchent à s'appuyer sur lui, à le ramener à leur propre camp. On peut, par ailleurs, trouver des points communs avec des gens qui en sembleraient pourtant éloignés : prenons le cas de l'Europe, par exemple. Sans être opposé à la construction européenne, Charles de Gaule était souvent critique à l’égard des modalités de sa construction. Cela permet à des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, qui adoptent également une attitude critique à l'égard de l'Union Européenne, de l'instrumentaliser. Chez des personnalités comme François Hollande aujourd'hui, il me semble que la référence à de Gaulle s'ancre davantage dans une sorte de tradition nationale. Cette dernière souligne le fait que de Gaulle a créé le consensus – au moins de 1943 à 1946 – or dans l'histoire de France, les périodes de consensus ne sont pas très fréquentes. Cette idée de consensus ouvre une voie vers la majorité en démocratie. Dès lors il n'est pas surprenant que de Gaulle devienne un personnage intéressant à rallier à soi, particulièrement en période pré-électorale.

Évidemment, Charles de Gaulle a agi et pensé dans un contexte désormais très éloigné. Il s'agissait d'une période où l'économie n'était pas aussi libéralisée qu’aujourd'hui, où l'on pouvait réformer presque en vase clos. L'ouverture des frontières, qui est l'œuvre de la construction européenne, n'était pas terminée. Il va de soi qu’aujourd’hui, certaines possibilités de raisonnement comme d'action se retrouvent empêchées. L'idée de basculer dans un monde à la fois mondialisé et libéral supposerait, en France, une révolution culturelle qu'on sait assez difficile. En ce sens, appeler de Gaulle à l'aide c'est appeler un monde révolu, du moins pour partie. Pour partie seulement, d'une part parce qu'il est l'homme qui décide, n'a pas peur de dire non, qui tranche, prend des coups et avance. C'est une figure éternelle de la tragédie politique, à ce titre. D'autre part, il a vécu l'invasion nazie. Cette deuxième guerre mondiale n'était pas à ses yeux une guerre des États ou des peuples, mais de l'Homme. Quand on constate la remontée de l'antisémitisme en France, et la réapparition de l’antisémitisme génocidaire, il peut être possible de tirer quelques leçons sur la fermeté à avoir à l'égard de forces qu'on pensait enterrées depuis 1945.

Selon vous, parmi tous les héritiers gaullistes aujourd'hui, qui incarne vraiment, ou du moins le mieux, l'héritage de de Gaulle ? 

Sur le plan de l'action politique, la question de l’héritage est difficile à trancher, ne serait-ce que parce qu'il y a eu plusieurs gaullismes. De Gaulle a adopté, tout au long de sa vie politique, plusieurs modes d'approche, en s'adaptant aux situations. La principale constante qu'on puisse trouver, dont nous parlions plus tôt, c'est cette capacité à décider, à trancher et à s’en tenir à sa décision. En 1958-1959, de Gaulle a hésité en ce qui concerne le destin de l’Algérie, mais ensuite, en dépit des coups de force et des attentats contre sa personne, il s’en est tenu à sa décision.

Sur le plan du discours, du symbole et des références, il est intéressant de noter que les discours historiques tenus par les présidents de la République successifs sont aussi gaullistes les uns que les autres. Quand il s’agit d’évoquer l’appel du 18 juin 1940 ou la construction de l’unité résistante à travers le Conseil national de la Résistance et son programme, les présidents font preuve, depuis les années 1980, d’une véritable unanimité gaullienne. 

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