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Dé-densifier Paris : un objectif politique totalement contre-productif
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Ghetto de riches

Dé-densifier Paris : un objectif politique totalement contre-productif

Alors qu'Anne Hidalgo veut végétaliser Paris et que Pierre-Yves Bournazel, candidat à la mairie de Paris, a déclaré dans une interview vouloir arrêter le projet de tours à Bercy-Charenton, le climat semble être à la dé-densification de la capitale française.

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico : Est-il encore possible de construire à Paris ? Et où peut-on continuer à le faire ?

Laurent Chalard : La commune de Paris constitue un cas à part au sein de l’Europe car, parmi les plus grandes métropoles du continent, elle affiche la densité de population la plus élevée, en l’occurrence de plus de 20 000 habitants par km2 en 2016, du fait d’une urbanisation complète de son territoire, les espaces verts occupant un espace limité, et de l’héritage de l’urbanisme haussmannien, qui contribue à une très forte densité à l’îlot, les cours intérieures abritant elles aussi des immeubles de logements. Il s’en suit que les possibilités de construction dans Paris intra-muros paraissent très limitées, deux solutions se présentant à la municipalité.

La première est la récupération des friches industrielles, que l’on transforme en quartier à dominante de logements, principale politique menée par les différentes municipalités parisiennes, de gauche comme de droite, qui se sont succédé depuis les années 1970. Les quartiers de Bercy, de Paris Rive-Gauche, André Citroën ou des Batignolles ont tous émergé à l’emplacement de bâtiments anciennement à vocation industrielle. Cependant, aujourd’hui, la situation devient problématique puisqu’il ne reste quasiment plus aucune friche industrielle à récupérer. En effet, les dernières friches non encore réaménagées le seront dans les prochaines années dont Bercy-Charenton et Gare des Mines-Fillette. Ce ne peut donc être une solution d’avenir pour construire dans Paris.

La seconde solution est de densifier le tissu de logements existant, qui passe par la récupération des dents creuses (il s’agit de rehausser les bâtiments de faible hauteur dans des alignements de rue où dominent des immeubles de plus grand hauteur) et par la construction d’immeubles de grande hauteur (IGH) à vocation de logements à la place d’immeubles de plus petite taille. Si la première politique est déjà menée actuellement par la municipalité, ce n’est pas le cas de la seconde car les projets de tours de logements ont été abandonnés dans les années 1970, étant rejetés par les parisiens, au moment de l’émergence de la mouvance écologiste. La construction d’IGH se présente donc comme la seule potentielle solution pour augmenter le volume du parc de logements de la commune de Paris si la municipalité considère que c’est un objectif à atteindre, ce qui est fortement discutable.

Quels sont les risques que comporte une dé-densification de Paris intramuros ?

Parler de « risques » concernant la dédensification de Paris intra-muros est déjà prendre parti dans le débat. En effet, ce processus peut tout aussi bien être perçu comme une chance, tout dépendant des objectifs que la municipalité souhaite atteindre. S’agit-il de maintenir l’homogénéité architecturale actuelle de la capitale, qui est, rappelons-le, ce qui fait d’elle la métropole la plus visitée du monde, ou s’agit-il de croître à tout prix, quitte à perdre son âme et à rendre la ville moins attractive pour les touristes ? Si la dédensification de la commune de Paris peut-être à l’origine d’une perte démographique et d’une diminution du nombre d’emplois, cela n’a rien de dramatique, étant donné sa densité très élevée et sa surconcentration en emplois. Avec seulement 2 millions d’habitants, soit un peu moins de 200 000 habitants qu’à l’heure actuelle, la commune de Paris ne s’en porterait probablement plus mal. Par exemple, la disparition de certains immeubles situés dans des cours intérieurs où perce difficilement la lumière ne constituerait pas forcément une mauvaise chose pour le bien-être des parisiens ! En outre, la banlieue, qui se compose de plusieurs centaines de communes, offre largement la place pour accueillir les nouveaux logements et les nouveaux emplois, ce qui permettrait leur meilleure répartition au sein de la métropole, avec la création de centralités secondaires, limitant les flux domicile-travail centre-périphérie.

Toutes les grandes villes construisent en hauteur. Pourquoi s'en priver ? Le plus important n'est-il pas le soin porté à l’architecture et à l’aménagement de nouveaux quartiers et non la densité en soi ?  

Non, toutes les grandes villes ne construisent pas en hauteur. C’est vrai à l’échelle internationale, c’est-à-dire sur les autres continents, mais cela l’est beaucoup moins à l’échelle européenne, où les villes historiques préservent, dans leur grande majorité, leur cœur historique, dans lequel il est interdit de construire des immeubles de grande hauteur. Londres et sa forêt de tours n’est pas représentative de l’Europe ! En outre, dans les autres villes européennes qui ont fait le choix de la hauteur, les constructions s’effectuent à leur périphérie, comme par exemple dans le quartier du Zuidas à Amsterdam, et non dans leur centre. Or, rappelons que du fait de sa très faible superficie, la commune de Paris correspond grosso modo au centre de la métropole parisienne. Si la structure administrative francilienne était la même qu’ailleurs, les immeubles de grande hauteur seraient construits en banlieue et non dans Paris intra-muros.

Si le soin apporté à l’architecture et à l’aménagement de nouveaux quartiers se doit d’être important, il n’en demeure pas moins que dans un contexte hexagonal de rejet généralisé de l’habitat dans des tours, en particulier concernant le logement social, le choix d’en construire massivement risquerait de reproduire la même erreur que pendant les Trente Glorieuses. Les nombreux grands ensembles bâtis alors furent très rapidement boudés par les classes moyennes, devenant ensuite des quartiers de relégation où il a fallu finir par dynamiter les tours du fait de leur état de délabrement et de l’insécurité y régnant ! Si l’on peut pleinement envisager la construction de tours de bureaux dans Paris le long du Périphérique, qui se transforme au fur-et-à-mesure du temps en boulevard tertiaire, ce ne serait pas pertinent pour les tours de logements et suicidaire sur le plan électoral.

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