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Crise en Guyane : pourquoi il est grand temps de réfléchir au modèle d’intégration inventé pour les DOM
©jody amiet / AFP

Questionnement

Crise en Guyane : pourquoi il est grand temps de réfléchir au modèle d’intégration inventé pour les DOM

Le mouvement de protestation entre dans son treizième jour en Guyane. Alors que ce territoire est plombé par un chômage de masse et un niveau de violence très important, il convient de s'interroger sur le modèle d'intégration proposé depuis 1945.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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La Guyane s’est invitée dans le débat public à la faveur d’une crise aigüe, comme c’est toujours le cas pour l’Outre-mer. Se succèdent alors à Paris des commentaires légers, teintés de mauvaise conscience quand ils ne sont pas profondément faux tels que l’assertion d’Emmanuel Macron sur le caractère insulaire de la Guyane.

Dans un réflexe pavlovien, tous proclament l’inestimable richesse de l’Outre-mer pour la France, dont on peine bien pourtant depuis des décennies à faire fructifier les fruits, la nécessité d’une égalité encore plus « réelle », pour reprendre les termes surréalistes de la dernière loi votée sous l’ère Hollande, voire la négligence coupable de la Métropole et de ses fonctionnaires qui administreraient ces territoires avec un prisme colonial.

Tout ceci est pathétique, traduisant à la fois une méconnaissance, un prisme idéologique et un manque de travail qui empêchent de regarder la réalité.

La réalité est la suivante : les départements d’Outre-mer sont sinistrés économiquement et socialement, sans industrie, avec un secteur du tourisme moribond malgré des atouts naturels et en infrastructures évidents, plombés par un secteur public  hypertrophié, marqués par un taux de chômage insupportable notamment pour les jeunes, connaissant un niveau de violence sociale et intrafamiliale inégalé et devant faire face à un coût de la vie exorbitant.

Devant cet échec complet qui ne date pas d’hier, on se garde bien de s’interroger en profondeur sur les règles politiques et administratives qui régissent ces territoires. Au contraire on s’enferre en demandant encore plus d’égalité et en se fixant des objectifs irréalistes qui ne viendront qu’aggraver les maux qu’on prétend corriger. En parallèle, pour faire bonne mesure, on imagine plus d’autonomie, la fameuse possibilité d’expérimentation locale, sans que ces dispositions soient utilisées car elles entrent en contradiction avec l’objectif même d’égalité affirmé par ailleurs.

Il est grand temps de questionner le modèle d’intégration.Il fut imaginé en 1945, autour du concept d’identité législative inventé pour les départements d’Outre-mer. Il s’agit d’un modèle de rationalisme et d’universalisme français, qui fait fi de la géographie, du climat, de l’histoire et pour ainsi dire de la réalité. Le principe est en effet d’appliquer dans des territoires situés à des milliers de kilomètres de Paris des lois identiques à celles pensées pour résoudre la Métropole. Et les règles européennes sont venues se surajouter.Rêve révolutionnaire de création d’un homme nouveau, projet assimilationniste, soutenu à l’origine par de grands esprits tels qu’Aimé Césaire, mais qui s’en détourna ensuite pour en dénoncer les échecs insupportables.

Si cette construction politique des DOM a pu avoir un sens pendant un temps, en affirmant haut et fort le principe d’égalité à rebours des pratiques coloniales et de recours à l’esclavage d’antan, en favorisant un certain rattrapage des niveaux de développement sur ceux de la métropole, en inventant pour tout dire un modèle distinct du processus historique d’indépendance, celle-ci est aujourd’hui à bout de souffle et contre-productive.

Nous ne tomberons pas dans le travers dénoncé plus haut consistant, en quelques lignes, à dresser un programme complet de redressement de l’Outre-mer, cette entreprise doit d’abord passer par un réel travail scientifique porté par une autorité politique appuyé sur des économistes, des juristes et des sociologues.

Dressons néanmoins quelques pistes de travail. L’enjeu est de regarder comment ces territoires peuvent trouver une voie de développement féconde, respectueuse de leur identité, de leurs potentialités, de leur environnement régional. Cela ne passe sans doute pas par l’amour absolu de l’égalité française, avec des mêmes règles et des mêmes droits partout.

Cela passe plus probablement par un modèle d’autonomie plus grande laissé aux élus locaux, avec l’accompagnement financier et technique requis, ainsi que l’esquisse François Fillon.

Cette autonomie plus grande ne remettrait pas en cause le fait de se sentir viscéralement Français, comme l’exposait Aimé Césaire ; elle serait au fond plus respectueuse de ces territoires et de leur population, comme cela semble être leur aspiration profonde.

Pour lancer un tel débat, rien de pire que la formule malheureuse de la ministre des Outre-mer, Erika Bareigts, sur le balcon de la préfecture, présentant « des excuses au peuple guyanais », formule contraire à tous les principes de notre République.

Sans trop y croire, espérerons que cette crise soit l’occasion d’ouvrir un débat nécessaire sur la pertinence du statut des « départements d’outre-mer-régions ultra-périphériques de l’Union européenne ».

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