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Des soignants autour d'un patient atteint du Covid-19, à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
©BERTRAND GUAY / AFP

Outre le vaccin

Covid-19 : les traitements contre la maladie pourraient-ils nous permettre d’envisager un fin (relativement) sereine de l’épidémie ?

En complément des vaccins, les traitements contre les symptômes du Covid-19 ont fortement progressé depuis un an. De nombreuses pistes d'amélioration sont à l'étude.

Etienne Decroly

Etienne Decroly

Etienne Decroly est virologue spécialiste du VIH. Directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire Architecture et Fonction des Macromolécules Biologiques (AFMB) de l’Université d’Aix-Marseille. 

Voir la bio »Morgane Bomsel

Morgane Bomsel

Morgane Bomsel est chercheuse au CNRS à l'Institut Cochin. Elle est virologue spécialiste de l'immunologie des muqueuses.

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Atlantico : Les vaccins sont au cœur de la stratégie gouvernementale de lutte contre la pandémie, mais on parle peut des traitements contre les symptômes du Covid-19. Sont-ils en constante amélioration depuis le début de la crise sanitaire ?

Morgane Bomsel : Tout à fait. Depuis l'année dernière, on sait maintenant bien utiliser les corticoïdes et à quel moment y avoir recours, ce qui aide beaucoup le traitement. Il y a également d'autres sortes de traitement qui aident à contrôler le virus, mais ils ne sont forcément accessibles partout. Des anticorps monoclonaux sont ainsi validés soit seuls soit en combinaison, mais ils sont assez chers et plutôt inaccessibles pour l'hôpital. Ils ont été validés par les autorités, mais il n'est pas certain que l'on en ait produit suffisamment du fait de leur complixité. Et il faut maintenant analyser leur action contre les variants, ce qui est un autre problème.

La recherche clinique commence aussi à suivre de nombreuses piste. Il reste bien sûr à savoir si elles vont être validées chez l'homme, mais il y a en tout cas un certain nombre de recherches dont on peut espérer qu'elle vont porter leurs fruits. Parmi ces pistes, on peut citer les antiviraux, qui vont empêcher le virus de se multiplier. Il y a également de nombreuses recherches sur les anticorps. L'idée est qu'en repositionnant des molécules efficaces contre d'autres pathologies, voire en développant de nouvelles molécules, on arrive à bloquer la progression du virus – pour l'instant au moins sur des petits animaux.

Des pistes visent aussi le stade clinique plus en amont, comme des interferants qui vont limiter la progression de la maladie par rapport à la réplication. Ce sont des pistes qui donnent des résultats encourageants.

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Mais quel impact la folle valse des milliards (souvent inutilement) dépensés laissera-t-elle pour le monde d’après le Covid ?

Etienne Decroly : Dans les stratégies antivirales, il y a deux pistes principales existantes :

  • Une première consistant à développer des molécules interagissant avec le virus et l’empêchant de se développer trop massivement.
  • Une deuxième travaille lorsque les patients deviennent malades. On sait que la maladie est liée au fait d’une hyperréaction du système immunitaire avec une tempête cytokinique. La tempête est responsable de symptômes graves et si on contrôle mieux la tempête et la réaction inflammatoire, on peut éviter des cas graves et éventuellement qu’elles décèdent. Ce sont des traitements de supports permettant de progresser dans la maladie sans pour autant contrôler le virus…

En ce qui concerne les stratégies antivirales, malheureusement aujourd’hui assez peu de molécules ont prouvé leur efficacité. Seulement quelques molécules ont obtenu leur autorisation de mise sur le marché et cela diffère selon les pays, on trouve le remdesivir ou le favipiravir. Ces deux antiviraux sont des homologues des nucléosides, une drogue qui comprends les composants génétiques du virus. Au moment où le virus se réplique, il va à la place d’incorporer le nucléotide naturel prendre la drogue et cela va conduire à des erreurs de multiplication.

L’efficacité de ces composés est très limitée. Les études chez les animaux ont montré depuis longtemps que pour que l’efficacité soit bonne, il fallait traiter de manière très précoce. Malheureusement, comme ces composés sont soit compliqués à administrer car ils sont injectables, soit difficiles à administrer car il y a des risques de toxicité des composés. Il est impossible de traiter systématiquement des patients et l’administration survient trop tardivement pour que l’efficacité soit significative donc il y a très peu d’effets.

D’autres traitements en développement existent qui arriveront prochainement sur le marché. La grande différence étant que les molécules sont souvent nouvelles et en cours de développement. Il y a la polymérase (analogue de nucléotides et nucléosides), également des inhibiteurs de protéase mais ils ne sont pas encore disponibles. Il y a eu beaucoup d’espoir sur des molécules dont certaines amenaient des activités antivirales in vitro dans certains systèmes cellulaires. Cependant, les essais cliniques n’ont pas démontré d’efficacité importante. Soit la balance efficacité/risque n’était pas bonne, soit l’efficacité clinique péchait. Si un composé était sûr à 100 %, il n’y aurait pas de débat.

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Ces traitements pourraient-ils être une piste première pour gérer l'infection ?

Morgane Bomsel : C'est difficile à dire, mais cela sera sûrement une piste intéressante en complément de la stratégie vaccinale, qui en tant que tel est une bonne stratégie mais fait face à un gros problème de quantité des doses produites.

A qui s'adressent ces traitements ?

Morgane Bomsel : Aux patients chez qui l'on essaye d'empêcher le développement de symptômes graves. Les anti-inflammatoires viennent alors bloquer la progression de la maladie. Depuis un an, on a mieux compris les différentes phases de l'infection et à chaque phase, on apporte un traitement particulier. Sur les corticoïdes, on a ainsi plusieurs fenêtres d’efficacité – mais pas au début ou à la fin de l'infection !

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Etienne Decroly : Lorsque les patients sont malades, on voit plus significativement les effets d’une molécule. Dans les familles de composés qui marchent, les molécules régulant les réponses inflammatoires traitent l’hypérraction du système immunitaire. Certaines sont en essais cliniques et marchent bien. Nous avons aussi des traitements supports car on sait qu’il y a des troubles de la coagulation liés à la maladie. En associant ces molécules à des anti-inflammatoires, on a des résultats relativement bons. Les traitements avec l’oxygénation participent également à améliorer le taux de traitement des patients en réanimation. Grâce à cela, le pourcentage de personnes qui meurent en réanimation a grandement diminué.

Des anticorps neutralisants sont aussi en train d’arriver. Ils sont similaires à ceux que l’on trouvent dans le sérum de patients infectés par le virus. C’est une sous-classe dans l’ensemble des anticorps qui va se fixer sur la protéine Spike et qui bloque l’entrée du virus dans sa cellule et donc son application. Différentes compagnies ont identifié des anticorps précis et certains vont être prochainement disponibles. La difficulté de cette classe étant l’apparition du variant car le risque pourraît être que ces anticorps perdent leur efficacité. Quand on laisse courir ces pathogènes dans la nature, ils vont évoluer et cela va être de plus en plus difficile de contrôler.

Aujourd’hui, on entend de nombreuses voix évoquer des remèdes miracles comme l’ivermectine et consorts ? Pourquoi ces personnes considèrent-ils qu’ils pourraient être intéressants ? Qu’en sait on sur le plan scientifique ?

Morgane Bomsel :  On arrive toujours au sujet des publications, qui ont parfois eu lieu sur des petits nombres et dans des conditions particulières, avec peut-être des biais dans les analyses. Les études sont-elles vraiment menées avec un groupe de personnes traitées comparées à un groupe non traité ? Les traitements, pour être sûrs qu'ils sont efficaces, doivent être validés à grande échelle et passer devant des commissions scientifiques en plus des publications. Les journaux scientifiques peuvent avoir leur intérêt, mais une autorisation de mise sur le marché d'un médicament demande des vérifications à grande échelle.

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Sur le marché, aujourd'hui, nous avons surtout des anti-inflammatoires et des anticorps monoclonaux. Il y a d'autres pistes dans les pipelines, comme des anti-inflammatoires sur des médicaments que l'on va positionner, ce qui pourrait donc aller relativement vide si les molécules se révèlent protectrices à grande échelle. Et, enfin, à une étape plus précoce, d'autres molécules sont en développement. Ca bouge beaucoup !

A (re)lire aussi, notre interview complète d'Etienne Decroly : En attendant les vaccins : mais au fait, où en sont les traitements de la Covid-19 ?

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