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Un agent de santé administre une dose de vaccin Covid-19 à un homme, lors d'une campagne de vaccination de touristes étrangers à Benidorm, le 18 novembre 2021
Un agent de santé administre une dose de vaccin Covid-19 à un homme, lors d'une campagne de vaccination de touristes étrangers à Benidorm, le 18 novembre 2021
©JOSE JORDAN / AFP

Hausse des contaminations

Covid : faut-il suivre ces pays européens qui passent à une stratégie d’immunité collective face à Omicron ?

L'Espagne et la Norvège ont fait le choix de la stratégie de l'immunité collective face au variant Omicron. D'autres pays à travers l'Europe ont également levé les mesures de restrictions sanitaires.

Benjamin Davido

Benjamin Davido

Benjamin Davido est Infectiologue et directeur de la médecine de crise pour l’épidémie de covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

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Atlantico : Les autorités sanitaires norvégiennes poussent explicitement à une stratégie d'immunité collective face à Omicron, tandis que l’Espagne fait maintenant la même chose, quel est l'intérêt d'une telle stratégie ?

Benjamin Davido : Avec Omicron, nous avons de nombreux éléments pour dire que l'on va vite générer une immunité collective. Si on prend l'exemple de la France, 500 000 cas sont déclarés chaque jour et on imagine qu’il y a autant d’asymptomatiques. Il y a d'ailleurs eu une publication qui a montré que sur la vague Delta il y a eu au moins 40% d’asymptomatiques. Avec un million de français contaminés par jour, en soixante jours on a contaminé l'ensemble des Français y compris les vaccinés.

À ce propos, le terme d'immunité collective est impropre, on devrait plutôt parler de l’acquisition d'une immunité naturelle au sein d’une population majoritairement vaccinée, donc de double immunité. C'est l'immunité vaccinale qui permet dans les meilleures conditions d’acquérir une immunité naturelle en limitant le risque de forme grave. Quand on parle d'immunité collective, le terme est imparfait car au même titre que la vaccination a une "date de péremption » de dix semaines après la dernière dose avec le vaccin actuel. Il n'est pas exclu que l'immunité naturelle face à Omicron soit également provisoire.

Indépendamment du fait que l'on puisse penser qu'Omicron serait le dernier variant, on sait que la plupart des personnes ayant contractées Delta sont tout à fait sensibles à Omicron (cas de l’Inde) et on voit ici que ce n'est pas qu’une histoire d'immunité naturelle. Il s’agit plutôt d’une atténuation virale au sein d’une population déjà infectée qui représentent actuellement dix millions de français depuis le début de la vague Omicron. Le deuxième élément qui persiste est le point d'interrogation des variants BA2 et BA3. En réalité, nous allons nous retrouver avec des éléments qui ne signifient pas une immunité collective et une fin du Covid, mais une réduction de l'incidence des formes graves dans une population générale, et une saisonnalité du virus. Ces mots ont beaucoup d'importance, lorsqu'on parle de durée limitée de l’immunité c’est un concept qui peut sembler nouveau hors cela nous rappelle fortement l'histoire des maladies infectieuses comme la grippe russe ou espagnole avec des virus qui sévissent encore en 2022 !

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Quel est l'argument des pays qui lèvent leurs restrictions ?

Le scénario le plus probable est que le virus se « saisonnalise », et qu'il revienne en octobre comme la grippe. Omicron est un grand imitateur de la grippe tant sur le plan clinique que sur le plan de la chronologie. Face à la grippe : on se vaccine en octobre, et il sévit caricaturalement dans la première quinzaine de janvier et s'arrête début mars. Il sera très intéressant de voir si Omicron remplit ces conditions. Si on a assez de preuves, que la population ait été contaminée à 90%, et que l’on sait qu'il n'y aura plus de formes graves, ne serait-il pas temps de reprendre la vie d'avant, et de s'attendre à voir revenir cette infection saisonnière comme une grippe, tous les ans ? En Angleterre, le pic a été largement atteint, et comme le pic de la grippe, une fois qu'il est atteint, quoi qu'il se passe dans la société, elle reviendra mais quand ? espérons l'année d'après.

Cependant, nous ne sommes pas à l'abri de nouveaux variants. Si on considère que 10% de la population ne croise pas le virus, nous pouvons nous retrouver avec des bouffées épidémiques, dans ce scénario, nous aurions des malades à soigner, mais moins car 90% de la population sera protégé en grand partie du risque de forme grave. Les risques quotidiens du Covid doivent se mesurer face à la saturation des hôpitaux et non à l'existence de cas. On sait pertinemment que la vague n'est toujours pas derrière nous (même l'Inde ayant obtenu l'immunité collective face à Delta, replonge avec Omicron). Il faudra une piqûre de rappel pour l'immunité collective : et de préférence vaccinale pour les individus fragiles.

Nos méthodes de calcul devront changer, de la même façon qu’avec la grippe, et s'adapter à la virulence du variant. Dans un certain nombre de ces pays, la situation hospitalière se retrouve à des niveaux comparables à ceux de mars 2020, la différence, c'est que nous avions 30 000 cas répartis entre l'Alsace et l’Île de France. Aujourd'hui c'est 31 000 hospitalisations dans toute la France, notre gestion a changé. De fait, au-delà du chiffre, c'est la capacité de la maladie à saturer la réanimation qui a changé. Le vrai chiffre qu'il faudra voir à la fin de cette vague Omicron, c'est le nombre d'hospitalisations avérées par cas de grippe, par an, qui en moyenne se situe autour de 25 000 cas. Nous n'en sommes donc pas très loin.

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Nous avons beaucoup d'éléments qui nous font dire qu'il faut changer de stratégie et de doctrine médicale. Et si avec ces outils, on peut appliquer une gestion de la grippe à cette maladie, on pourra retrouver notre quotidien. Avec le Covid, nous sommes dans une vision binaire, il s’agit de la stratégie du tout ou rien, il faudrait pourtant procéder par étapes et paliers.

La question importante à laquelle il faudra répondre, ce sera de savoir combien de morts seront nous capables d’accepter tous les ans.

Sommes-nous dans la même situation que les pays qui ont décidé de plus appliquer de mesures de freinage de l’épidémie et devons-nous les suivre ?

Nous ne sommes pas exactement dans la même situation qu'eux, nous oublions souvent que l'Angleterre et le Danemark ont été atteints par Omicron 1 mois avant nous. Il faut les suivre avec la même temporalité. L’Angleterre a atteint son pic il y a 15 jours, le nôtre est très récent. Actuellement, on observe un plateau en Angleterre, mais nous n'observons pas la même courbe en France et dans d’autres pays car la circulation du virus a été différente en tous points. Le Danemark n'a d'ailleurs toujours pas atteint son pic possiblement à cause de BA2, et leur épidémie a également commencé bien avant. La temporalité est le paramètre important pour déterminer l'évolution des courbes. Nous prendrions un risque important dans un pays où nous n'avons pas confiné. C'est notre différence à côté des autres pays européens.

Nous devons attendre le pic de contaminations, et là nous pourrons les suivre. Rappelez-vous l’Angleterre qui a fait marche arrière quand elle a voulu se lancer dans l’aventure de l’immunité collective. Pour le cas de l’Espagne, le taux de vaccination triple doses est très haut, et ils ont atteint leur pic depuis le 17 janvier. Ils sont aussi devant nous, et c'est normal qu’ils prennent des mesures avant nous. Vous pourrez noter que les pays en avance sont les pays qui ont les plus hauts taux de triple doses en Europe, il n'y a aucun hasard. Ils ont minimisé arithmétiquement les risques.

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Dans quelle mesure, les Français sont-ils de moins en moins tolérants aux mesures sanitaires ? Comment cela s'articule-t-il avec la perspective d'une immunité collective ? Les mesures du type du pass vaccinal ont elles encore un sens ?

Les Français sont très disciplinés mais il est vrai que la moindre gravité de Omicron et le décalage entre 500,000 cas quotidiens et 300 morts contre 30,000 contaminations quotidiennes à Delta, les poussent à aller de l'avant et reprendre la vie d'avant. C'est normal après 2 ans de pandémie et une population protégée et vaccinée qu'elle s'émancipe. On ne peut que le comprendre d'autant que cela va s'articuler avec l'immunité collective et naturelle possiblement qui sera conférée à l'issue de cette vague Omicron. Si c'est bien le cas, comme nous l'avons mesuré dans une modélisation mathématique (voir article J Travel Med du 27/01/22) alors le pass vaccinal n'aura plus de sens en avril prochain.

Dans la mesure où l'on ne semble plus en capacité de contrôler l’épidémie, faut-il se résigner à l'immunité collective comme stratégie, en essayant de limiter la casse par ailleurs ?

J'ai envie de vous répondre il ne faut jamais être résigné en médecine, il faut limiter le risque en ciblant les plus vulnérables. Lorsque vous avez 90% de votre population vaccinée et donc largement protégé du risque de forme grave mais si un vaccin n'est jamais 100% efficace, vous pouvez considérer qu'il faudrait vraissemblablement faire peser le poids de la vaccination sur les personnes les plus vulnérables comme nous le faisons pour la grippe tout en ayant au sein du reste de la population une "pseudo" immunité collective conférée par chaque vague annuelle (qui ne porte pas de numéro depuis 1918...)

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