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Lutte contre le coronavirus

Covid : l’article du Lancet qui confirme que tout le monde, enfants ou non, contamine tout le monde

Une étude de la revue The Lancet menée à Wuhan révèle une forte infectiosité des enfants et des adolescents. Cette étude est-elle fiable ? Quelles données peut-on en retirer ?

Michaël Rochoy

Michaël Rochoy

Médecin généraliste à Outreau (62), docteur en médecine et en sciences, chargé d’enseignement à la faculté de médecine de Lille, il est co-fondateur du collectif Stop-Postillons.fr dès mars 2020, pour la promotion d’une couverture faciale dans l’espace public pendant la pandémie à COVID-19.

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Atlantico.fr : Une étude de The Lancet menée à Wuhan conclut notamment à une forte infectiosité des enfants et des adolescents. Cette étude est-elle fiable ?

Dr. Michael Rochoy : C'est une belle étude qui étude la transmission au sein d’un foyer, publiée dans Lancet Infectious Diseases, une grosse revue. Je n'aurai pas la prétention de commenter la partie statistique et les modèles utilisés, mais clairement l’étude est solide sur cette partie... 

C'est une étude réalisée à partir de la cohorte rétrospective de Wuhan, qui combine tous les cas confirmés par PCR (symptomatique ou non) ou suspectés cliniquement (28,6 %) entre le 2 décembre 2019 et le 18 avril 2020. 

Première limite à mon sens :
- la clinique est souvent aspécifique
- les enfants sont plus souvent asymptomatiques

Ca n'a donc pas été des PCR réalisés au hasard (en effet cette étude ne vise pas à calculer des prévalences, mais bien la susceptibilité/infectivité).

Deuxième limite, puisqu'on va parler d'enfants, rappelons ici que les écoles ont été fermées fin janvier en Chine pendant environ 3 mois. Avant le 23 février (soit environ 90 % des gens), tous les contacts d'une maison n'étaient pas testés (en particulier pas de test si asymptomatique). Donc vraiment, ça n'est pas pour la prévalence chez les enfants... (même s'ils ont fait de l'imputation pour estimer le statut).

Au total, ils ont étudié 27 101 foyers avec 29 578 cas primaires... qui avaient 57 581 contacts dans le foyer (10 367 seront positifs, 29 658 testés négatifs, et 17 556 non testés). Encore une fois, 30 % des contacts sont non testés, mais le but n'est pas d’étudier la prévalence. 

Sur 29 578 cas primaires :
- 413 avaient < 20 ans (A)
- 16 892 avaient 20-59 ans (B)
- 12 273 avaient > 60 ans (C)

Sur 10 367 contacts positifs (peu importe s’ils sont symptomatiques ou non) :
- 495 avaient < 20 ans (= 1,2 A)
- 5750 avaient 20-59 ans (= 0,3 B)
- 4122 avaient > 60 ans (= 0,3 C)

On rate donc beaucoup de A. Donc une dernière fois, le fait qu'il y ait peu d'infectés doit être pris avec de grosses pincettes : les écoles étaient fermées, les enfants ne prenaient pas le métro pour aller travailler ou faire les courses...

Ne faisons pas d'extrapolation simpliste à partir de cette période ! 

Une fois ces biais pris en compte, quelles données peut-on en retirer ?

Dans les données intéressantes, il y a les estimations des taux d'attaques secondaires observés dans les ménages avec un seul cas primaire.

1 - Parmi les 264 contacts < 1 an (quelque soit l'âge de "l'infecteur"), 16 étaient positifs (6,1 %). (c’est la susceptibilité)

2 - Les 327 cas primaires + de moins de 20 ans avaient 793 contacts dont 46 ont été positifs (5,8 %). (c’est l’infectivité)

Voilà pour moi les données les plus intéressantes.

Pour les enfants, en situation réelle avant avril :
- les moins de 20 ans infectaient 6 % de leurs contacts.
- les moins de 20 ans qui étaient contact étaient contaminés dans 5 % des cas. 

Les auteurs utilisent pas mal les « odds-ratio » par rapport au groupe des plus de 60 ans.

Pour faire simple, on va dire que c'est la probabilité d'être susceptible ou infectieux.

Lorsqu'ils ajustent sur le sexe, le nombre de personnes dans le foyer, la phase de l'épidémie et le diagnostic (PCR ou clinique), les odds-ratios s'inversent : les jeunes deviennent plus contagieux.

En pratique ce n'est pas si utile de savoir quel groupe fait pire que l'autre...

D'autres résultats me semblent intéressants, bien que connus, par exemple ce tableau en annexe (thelancet.com/cms/10.1016/S1…).

La période la plus à risque est la période d'incubation, avant l'apparition des symptômes. Et donc tout le monde contamine tout le monde...

Pour mémoire, on avait à peu près la même idée dans l'étude indienne : tout le monde contamine tout le monde. 

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