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Huis clos

Coronavirus : À quoi ressemblera le sport sans spectateurs ?

La Bundesliga, le championnat de football allemand, reprend officiellement ce samedi à huis clos. La saison 2019-2020 a été interrompue en France face au coronavirus. Les grandes compétitions sportives vont-elles perdre de l'intérêt auprès des téléspectateurs ? Le sport peut-il survivre à la pandémie de Covid-19 sans spectateurs ?

Isabelle Queval

Isabelle Queval

Isabelle Queval est Professeure des universités. Directrice du Grhapes. INSHEA - Université Paris Lumières. Groupe de recherche sur le handicap, l’accessibilité et les pratiques éducatives et scolaires (EA 7287).

 

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Atlantico.fr : La ligue Allemande de football reprend ce samedi mais à huis clos alors que d'autres comme la Ligue 1 restent à l'arrêt. Les grandes compétitions sportives vont-elles perdre de l'intérêt auprès des téléspectateurs ? 

Isabelle Queval : De toute évidence, les choses ne peuvent plus, dans l’immédiat être « comme avant ». Les grandes organisations sportives, les fédérations, les sports professionnels en particulier, sont donc en tension entre le vide abyssal qui a progressivement fait suite au confinement et les impératifs de marchandisation qui conduisent aujourd’hui les sports les plus médiatiques. On serait tenté de dire : du sport à huis clos, c’est mieux que pas de sport du tout, cette dernière option signifiant aussi plus du tout de diffusion, de rentrées économiques, de marketing, etc.. C’est toute la dimension du sport comme activité économique mondialisée qui est ici remise en question, tout ce qui a conduit le sport de haut niveau à devenir en un siècle un « sport spectacle » occupant une grande part des loisirs et des médias dans le monde entier. Mais la question n’est pas tant celle des téléspectateurs pour qui l’industrie du sport réfléchit déjà au type de spectacle qu’elle va pouvoir leur proposer, même sous des formes inédites, que la question des spectateurs et des sportifs eux-mêmes qui, sur le terrain, dans les stades, dans des arènes parfois immenses, ne peuvent plus s’attendre à retrouver les ambiances qui sont celles des grands événements. Enfin, le dernier aspect que soulève votre question, c’est celui de compétitions devenues tellement sporadiques qu’elles finiraient par désintéresser le téléspectateur, mais ça je ne le crois pas.

Pour Pep Guardiola, entraîneur de Manchester City, jouer sans spectateurs n'a aucun sens. Les sportifs vont-ils éprouver un plaisir moindre à jouer dans un stade vide ? 

Cette épreuve du confinement est en effet l’occasion de s’interroger profondément sur le sens du sport. Certains sportifs eux-mêmes, à l’arrêt, se sont interrogés sur le sens de leur activité/métier au regard du désastre du monde. Quand un Jean-Michel Aulas s’accroche à l’idée de reprise de la Ligue 1 à l’envers de la décisions prise, le tennisman Rafael Nadal se demande si le tennis reprendra avant 2021 et conclut qu’il y a des choses beaucoup plus graves actuellement que l’arrêt des compétitions sportives. Certes, tous les sportifs ayant fait l’expérience d’une compétition à huis clos témoignent de leur impression étrange, voire de leur manque d’allant et de plaisir dans cette situation. Mais s’ils n’avaient désormais plus que cette alternative ? Où se situe exactement l’essence du plaisir à pratiquer le sport de haut niveau ? Dans une communion sociale ? Dans une attente de reconnaissance publique ? Dans le plaisir d’un accomplissement/dépassement personnel ? N’oublions pas qu’aux origines, Coubertin préconisait de grandes compétitions sans trop de spectateurs, essentiellement des pratiquants sportifs, pour ne pas dénaturer à ses yeux l’élévation humaine et les valeurs procurées par la compétition. Il y a aussi beaucoup de sports, bien plus confidentiels que le football, dans lesquels les sportifs ne sont pas du tout habitués à la foule des supporters. Cet aspect est réservé à quelques sports.

Par ailleurs, ce début de prise de conscience, imposée par les événements, amènera peut-être une redéfinition du spectacle sportif. On a vu apparaître quelques compétitions d’un nouveau genre crées pour combler le vide. Aux États-Unis, une compétition à huis clos entre quatre champions de tennis a été organisée par une entreprise qui produit de la data. Il y a eu aussi ce duel à distance, chacun sur son sautoir, entre Renaud Lavillenie, l’Américain Sam Kendricks et le nouveau recordman du monde du saut à la perche, le Suédois Armand Duplantis. Mais il n’est pas sûr que le football, par exemple, puisse changer son mode de fonctionnement.

Quel impact économique cela représente-t-il pour le sport professionnel ? 

Cela représente un impact énorme qu’il est aujourd’hui difficile de chiffrer, d’autant que les assises économiques des différents sports professionnels sont différentes, de même que leurs capacités d’adaptation à la crise. Ce qui paraît inévitable c’est la révision à la baisse notamment des masses salariales parfois extravagantes que connaît par exemple le football, de même que les volumes financiers liés aux droits de retransmission. Mais je ne doute pas que le marketing sportif va aussi s’adapter, en renouvelant les modes de compétition, les modes de diffusion, en impliquant les communautés de pratiquants et de passionnés dans des formes de défis collectifs. Ce qui semble très loin aujourd’hui c’est l’aspect charnel du sport, les classiques « troisièmes mi-temps », les embrassades des célébrations, sans compter tous les contacts physiques nécessités par certains sports. N’oublions pas toutefois qu’il y a des dizaines de sports référencés, des quantités de manières de faire du sport, un besoin d’activité physique qui se révèle aujourd’hui dans la population et que tous ces aspects devraient pouvoir permettre au(x) sport(s) de se réinventer, y compris les sports professionnels.

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